Page:Gaboriau - Le Dossier n°113, 1867.djvu/301

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Quoi ! ce n’était pas Gaston qui lui avait écrit, ce n’était pas Gaston qui se tenait là, debout, devant elle !

Un frisson d’épouvante la secouait de la nuque aux talons ; elle était prise de ces éblouissements qui saisissent au bord de l’abîme.

Ce n’était pas lui ! Et son accent seul, en balbutiant ce nom, Gaston, était le plus explicite des aveux.

Que pouvait-il donc vouloir, cet autre, ce frère en qui Gaston, autrefois, n’avait pas eu, elle le savait, assez de confiance pour lui livrer leur secret ?

Mille probabilités plus terrifiantes les unes que les autres se présentaient en même temps à sa pensée.

Pourtant elle réussit à dompter si promptement ses défaillances que Louis les aperçut à peine. L’affreuse étrangeté de sa situation, l’imminence même du péril donnaient à son esprit une lucidité supérieure.

D’un geste nonchalant elle montra un fauteuil à Louis, en face d’elle, et du ton le plus calme, elle dit :

— Alors, monsieur, veuillez m’expliquer le but d’une visite, à laquelle j’étais loin de m’attendre.

Le marquis ne voulut pas remarquer ce changement subit. Sans cesser de tenir ses yeux obstinément fixés sur les yeux de Mme Fauvel, il s’assit.

Avant tout, madame, commença-t-il, je dois vous demander si nul ne peut m’écouter ce que nous disons ici.

— Pourquoi cette question ?… Je ne crois pas que vous ayez à me dire rien que ne puissent entendre mon mari et mes enfants.

Louis haussa les épaules avec une affectation visible, à peu près comme un homme sensé aux divagations d’un fou.

— Permettez-moi d’insister, madame, fit-il, non pour moi mais pour vous.

— Parlez, monsieur, parlez sans crainte, nous sommes ici à l’abri de toute indiscrétion.

En dépit de cette assurance, le marquis approcha son fauteuil auprès de la causeuse de Mme Fauvel, afin de pouvoir parler bas, tout bas, comme s’il eût été effrayé de ce qu’il avait à dire.