Page:Gaboriau - Le Dossier n°113, 1867.djvu/302

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— Je vous l’ai dit, madame, reprit-il, Gaston est mort. Ainsi que cela devait être, c’est moi qui ai recueilli ses dernières pensées, c’est moi qu’il a choisi pour être l’exécuteur de ses suprêmes volontés. Comprenez-vous, maintenant ?…

Elle me comprenait que trop, la pauvre femme, mais c’est en vain qu’elle s’efforçait de pénétrer les desseins de ce visiteur fatal. Peut-être venait-il simplement réclamer le précieux dépôt de Gaston.

— Je ne vous rappellerai pas, poursuivait Louis, les funestes circonstances qui ont brisé la vie de mon frère et perdu son avenir. Si heureuse qu’ait été votre vie, vous ne pouvez pas avoir oublié cet ami de votre jeunesse qui, sans hésiter, sans réfléchir, a donné sa vie quand votre honneur était menacé.

Pas un des muscles du visage de Mme Fauvel ne bougea. Elle paraissait chercher dans sa mémoire, à quelle circonstance Louis faisait-allusion.

— Vous avez oublié, madame ? reprit-il d’un ton amer, je vais essayer de m’expliquer plus clairement. Il y a longtemps, oh ! bien longtemps de cela, vous avez aimé mon malheureux frère…

— Monsieur !…

— Oh ! il est inutile de nier, madame ; Gaston, faut-il que je vous le répète, m’a tout confié, tout, ajouta-t-il en soulignant le mot.

Mais Mme Fauvel ne devait pas s’effrayer de cette révélation. Que pouvait être ce tout ? Rien, puisque Gaston était parti sans la savoir enceinte.

Elle se leva, et avec une assurance qui était bien loin de son cœur :

— Vous oubliez, ce me semble, monsieur, prononça-t-elle, que vous parlez à une femme vieille maintenant, mariée et mère de famille. Il se peut que votre frère m’ait aimée, c’est son secret et non le vôtre. Si, jeune et inexpérimentée, je n’ai pas été parfaitement prudente, ce n’est pas à vous de me le l’appeler. Il ne me le rappellerait pas, lui !… Enfin, quel qu’ait été ce passé que