Page:Gaboriau - Le Dossier n°113, 1867.djvu/303

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vous évoquez, j’en ai depuis vingt ans perdu le souvenir.

— Ainsi, vous avez oublié ?

— Tout, absolument.

— Même votre enfant, madame ?

Cette phrase, lancée avec un de ces regards qui plongent jusqu’au fond de l’âme, atteignit Mme Fauvel comme un coup de massue. Elle se laissa retomber sur la causeuse, en se disant :

— Quoi ! il sait ! Comment a-t-il pu savoir ?

S’il ne se fût agi que d’elle, certes elle n’eut point liitté, elle se serait rendue à discrétion. Mais elle avait le bonheur des siens à garder et à défendre, et dans le sentiment de ce devoir sacré, elle puisait une énergie dont jamais on ne l’eût crue capable.

— Je crois que vous m’insultez, monsieur ! dit-elle.

— Ainsi, c’est bien vrai, vous ne vous souvenez plus de Valentin-Raoul ?

— Mais c’est donc une gageure !…

Elle voyait bien maintenant que cet homme savait tout, en effet. D’où ? Peu lui importait. Il savait… Mais elle était décidée, bien résolue à nier quand même, obstinément, à nier devant les preuves"les plus irrécusables, les plus évidentes.

Un instant elle eut la pensée de chasser honteusement le marquis de Clameran. La prudence l’arrêta. Elle se dit qu’il fallait au moins connaître quelque chose de ses projets.

— Enfin ! reprit-elle avec un rire forcé, où voulez-vous en venir.

— Voici, madame. Il y a deux ans les hasards de l’exil conduisirent mon frère à Londres. Là, dans une famille, il rencontra un tout jeune homme du nom de Raoul. La physionomie, l’intelligence de cet adolescent frappèrent à ce point Gaston qu’il voulut savoir qui il était. C’était un pauvre enfant abandonné, et, tous les renseignements pris, mon frère acquit la certitude que ce Raoul était son fils, le vôtre, madame ?