Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/217

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SYRIE.

souvenir. À travers cette jeune fille, ressuscité et rajeuni, apparaissait un ancien amour, dont il était allé chercher l’oubli en Orient. Ces cheveux blonds, cette blancheur lactée, ce type aquilin d’une fierté presque royale, ce sourire tendre et sérieux, il les avait déjà vus ailleurs ; et devant cette beauté connue, son cœur à peine cicatrisé se rouvrait et versait des larmes rouges. — Le hasard ou la fatalité, pour nous servir d’une expression plus turque, le ramenait vers ce qu’il fuyait. Celle qu’il n’a jamais nommée de son vrai nom, il l’avait rencontrée, comme dit le poëte,

Dans un lieu rayonnant qui rayonnait moins qu’elle,
transfigurée par ces mirages de la scène qui avaient tant de puissance sur notre rêveur plus amoureux de chimères que de réalités. Salèma se présentait à lui avec l’attrait romanesque et l’entourage de circonstances poétiques nécessaires pour éveiller une imagination qui ne demandait qu’à ouvrir les ailes, et c’était comme une sœur de l’ombre adorée. — Un amour nouveau était né dans