Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/218

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L’ORIENT.
ce cœur qui se croyait mort. — Tout heureux de cette rénovation intérieure, Gérard s’écrie :

« En quittant la maison de madame Carlès, j’ai emporté mon amour comme une proie dans la solitude. Oh ! que j’étais heureux de me voir une idée, un but, une volonté, quelque chose à rêver, à tâcher d’atteindre ! Ce pays, qui a ranimé toutes les forces et les inspirations de ma jeunesse, ne me devait pas moins sans doute ; j’avais bien senti déjà qu’en mettant le pied sur cette terre maternelle, en me replongeant aux sources vénérées de notre histoire et de nos croyances, j’allais arrêter le cours de mes ans, que je me refesais enfant au berceau du monde, jeune encore au sein de cette jeunesse éternelle ! »

Et plein d’un ravissement lyrique, notre voyageur sort de Beyrouth et se promène au bord de la mer, le long des jardins et des pentes couronnées de pins-parasols. — Cette fois, il n’agite plus, comme à son ordinaire, quelque obscur problème de théogonie ou de philosophie ; il voit rayonner dans la flamme du couchant la femme idéale que chacun