Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/246

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
234
L’ORIENT.

On y descend par des écoutilles, et ils appartiennent à des maîtres différents qui y serrent leurs marchandises et leurs vivres.

À la poupe, qui porte sur son couronnement un gigantesque oiseau chimérique de la forme et de la couleur la plus extravagante, se trouve, dans un cabinet de laque, la chapelle de Bouddha ou de Fo, où trois magots dorés représentent la trinité chinoise. Des papiers de couleur et des allumettes aromatiques brûlaient devant les petites idoles au sourire narquois, et témoignaient de la part de l’équipage une piété non attiédie par le contact incrédule des barbares. Quant aux dieux, leur sourcil circonflexe, leur sourire équivoque et leur gros ventre leur donnaient un air sarcastique et peu révérencieux pour leurs adorateurs. La foi ne manquait pas au dévot, mais la conviction semblait manquer au fétiche. Peut-être les religions finiront-elles par l’incrédulité des dieux.

Nous étions en train d’examiner ce sanctuaire portatif, miniature des idoles colossales que nous avions vues autrefois à la collection