Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/250

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L’ORIENT.

métal, le chanteur prenait une voix de fausset aiguë et chevrotante, et semblait tirer de ses sourcils des notes impossibles à la voix humaine.

Tous paraissaient en proie à un véritable enthousiasme, soit que le morceau exécuté fût d’un grand maître et contînt des beautés inappréciables pour nous, soit que les vers récités appartinssent à un poëte célèbre, ou que tout simplement ces airs nationaux rappelassent la patrie à ces pauvres diables exploités par la curiosité anglaise, et fissent sur eux l’effet du Ranz des vaches sur les soldats suisses.

Le vêtement de ces virtuoses consistait en une espèce de casaque de soie tombant jusqu’aux genoux, de couleur bleu foncé, se rattachant au haut de la poitrine par un bouton unique ; de larges pantalons blancs et des souliers à semelles très-épaisses complétaient ce costume, qui n’est pas sans élégance et doit être très-commode : il nous semble qu’il remplacerait avantageusement dans l’intérieur des maisons européennes la