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AUBRY DE LA BOUCHARDERIE (le comte Claude-Charles), brave et habile général d’artillerie, dont le nom est inscrit sur les tables de bronze du musée de Versailles, né à Bourg (Ain) en 1773, mort le 10 novembre 1813 ; fit avec honneur les campagnes de la Révolution ; dirigea, en qualité de capitaine, le transport de l’artillerie au passage du mont Saint-Bernard, 1800 ; prit part à l’expédition de Saint-Domingue, 1802 ; se couvrit de gloire à la bataille d’Essling, 1809 ; fut nommé, en 1812, général de division ; combattit en Russie, et construisit, avec une rapidité qui tient du prodige, le fameux pont de la Bérésina, sur lequel passèrent les débris de notre armée en déroute. Déjà créé baron, sa conduite à Lutzen, 1813, lui valut le titre de comte. Après s’être battu en héros à Leipzig, il fut blessé mortellement par un boulet au moment où il mettait ses pièces en position pour soutenir la retraite.

AUBRY DU BOUCHET, député à l’Assemblée constituante, né à la Ferté-Milon (Aisne) vers 1740. Il vota généralement avec la majorité pour les réformes nouvelles, s’occupa surtout d’objets d’économie et de finances, eut part à la division de la France en départements, et présenta un cadastre pour l’établissement de impôt foncier. Son Cadastre général de la France a été imprimé en 1790 par ordre de l’Assemblée. Son petit-fils, Pierre-François-Joseph, ingénieur distingué, a siégé dans les assemblées de notre seconde république.

AUBRY DE GOUGES (Marie-Olympe). V. Gouges (Olympe de).

AUBRY DE MONTDIDIER, gentilhomme de la cour de Charles V, assassiné en 1371, près de Montargis, par un autre courtisan nommé Richard Macaire, qui était envieux de la faveur dont il jouissait auprès du roi. Le chien de la victime s’acharna depuis cette époque contre la personne du meurtrier. Cette animosité étrange ayant éveillé les soupçons, le roi ordonna une sorte de duel judiciaire entre le chien et le chevalier. Ce combat eut lieu dans l’île de Notre-Dame, en 1371. Macaire était armé d’un bâton énorme, mois il fut vaincu, confessa son crime, et l’expia sur l’échafaud. Telle est du moins la tradition consacrée par une foule d’œuvres littéraires. Mais la légende du chien de Montargis était déjà populaire plus d’un siècle avant cette époque. Elle est rapportée dans la chronique d’Albéric des Troîs-Fontaines, qui s’arrête en 1241.

AUBRY-LECOMTE (Hyacinthe-Louis-Victor-Jean-Baptiste), dessinateur lithographe, né à Nice en 1797, de parents français, mort à Paris 1858. Il entra en 1816 au ministère des finances et y fut employé pendant neuf ans : il suivit néanmoins les cours de Girodet-Trioson et prit part aux concours de l’École des beaux-arts, où il remporta une 2e médaille en 1822 et une 1re médaille en 1823. Il exposa pour la première fois en 1819, mais sa réputation ne date véritablement que du Salon de 1824, où il obtint une médaille de 2e classe. Il produisit un grand nombre d’ouvrages pendant les cinq ou six années qui suivirent et fit des lithographies pour plusieurs recueils importants, entre autres pour la Galerie de la duchesse de Berry et la Galerie du duc d’Orléans. La belle reproduction de l’Amour et Psyché, de Gérard, qu’il exposa en 1831, lui valut une médaille de 1re classe. Aubry-Lecomte fut pendant longtemps le prince des lithographes français ; sa manière moelleuse et extrêmement soignée avait beaucoup d’admirateurs, et l’apparition d’une de ses lithographies causait dans le public autant de sensation que celle d’un tableau de maître. Depuis, le goût s’est bien modifié ; le genre pittoresque, coloré, a prévalu ; les critiques ont reproché à Aubry-Lecomte de manquer de correction et de vigueur, et de lécher ses dessins jusqu’à leur donner une apparence vaporeuse, cotonneuse, qui en affadit l’expression. Il est juste de reconnaître toutefois que ses dessins sont en général fort attrayants, et que le crayon lithographique n’est jamais allé plus loin pour la finesse du grain et le perlé de l’exécution. Aubry-Lecomte a pris part à toutes les expositions qui ont eu lieu depuis 1824 jusqu’à sa mort ; mais il s’est borné assez souvent à envoyer des portraits au crayon, genre dans lequel il a eu beaucoup de succès, surtout auprès des femmes. Voici, d’ailleurs, l’indication des principaux ouvrages qu’il a exposés : en 1827, une Scène du déluge, le Serment des sept chefs devant Thèbes, une Amazone et une Baigneuse, d’après Girodet ; la Vierge de Saint-Sixte et l’Enfant Jésus , d’après Raphaël ; le Fleuve Scamandre, d’après Lancrenon ; Corinne au cap Misène, d’après Gérard ; une Druidesse, d'après H. Vernet ; Escutape enfant, Rémus et Romulus d’après Lethière, en 1831, l’Amour et Psyché, d’après Gérard : le Retour au village, d’après Destouches ; Laurent de Médicis, d'après Mauzaisse ; la Pélerine italienne, d'après Bonnefond ; en 1833, Louis-Philippe à l’Hôtel de » ville, d’après Guillon-Lethière ; la Belle Elisabeth, d’après Girodet ; Child-Harold et Inès, d’après Dejuinne ; portrait de Madame Posta, d’après Gérard ; portrait d’Amélie, impératrice du Brésil ; en 1834, portraits et paysages au crayon ; en 1835, Françoise de Rimini et Paul, groupe tiré du tableau d’Ingres ; en 1836, la Peste de Marseille, d’après Gérard ; en 1837, groupe tiré du tableau précédent ; en 1838, le Roi René, d’après Saint-Evre ; en 1839, 1840, 1841 et 1844, portraits de femmes au crayon ; en 1845, la Famille mal-


heureuse et la Soif de l’or, d’après Prudhon ; en 1846, l’Ode, d’après Galiinard ; en 1847, l’Étude guidant l’essor du génie, et Une pensée, d’après Prudhon ; Hélène, d’après Delorme ; en 184S, la Vierge, figure délicieuse, et les Vendanges, d’après Prudhon ; une Danse d’amours et la Sainte-Famille, d’après Raphaël ; en 1850-51, Eve, d’après Raphaël ; la Paix du ménage, d’après Greuze ; en 1853, la SainteFamille, d’après Poussin ; le Triomphe de Vénus, d’après un dessin de Prudhon (commande du ministère d’État) ; le Jardin, d’après Pauvelet ; en 1855, la Joconde, d’après L. de Vinci, et diverses autres lithographies déjà citées, d’après Gérard, Bonnefond, Prudhon. À l’exposition de 1859, on avait réuni plusieurs dessins laissés par Aubry-Lecointe, entre autres ceux dé Y Assomption de la Vierge et du Naufrage de Virginie, d’après Prudhon. Nous citerons encore les lithographies suivantes qui n’ont pas été exposées : la Vierge, d’après le Corrége ; VAngélus, d’après M. Romain Cazes ; l’Enlèvement de Psyché, d’après Prudhon, une des plus anciennes et une des meilleures productions de l’artiste ; les Saisons, la Maison de Michel-Ange, la Maison du Tasse, d’après Dejuinne ; Dandé, Endymion, Ariane, Engone, la Victoire, les Guerriers, d’après Girodet ; les Petits dévideurs, les Petits fileurs, Y Amour et l’Amitié, d’après Prudhon ; Enée rencontrant Andromaque, d’après Girodet ; la Robe de soie, la Modestie, la Coquetterie, les portraits de Raymond de Sèze, Chateaubriand, Girodet, E.-J. Delécluze, Paillot de Montabert, Lachèze, maire de Montbrison, Larrey, du peintre Granger, du président Demouchy, de M’ie-Darcier, d’après divers ; et enfin quelques paysages médiocres, entre autres cinq vues de Compiègne publiées sous ce titre : Compiègne et ses environs, dessinés d’après nature (1835). Aubry-Lecomte avait été décoré en 1849. M. Aug. Galimard, peintre, lui a consacré une notice (1860), qui tteu plusieurs éditions.

AUBRYET (Xavier), littérateur français, né à Pierry, près Epernay (Marne), en 1823 ; fut élevé à Saint-Quentin (Aisne), et vint terminer ses études à Paris, au lycée Charlemagne. Vers 1S49, il fonda une petite feuille littéraire et artistique aujourd’hui oubliée, et depuis lors publia un assez grand nombre d’articles critiques ou de pure fantaisie, des chroniques, des biographies et quelques nouvelles dans divers magasins ou journaux, parmi lesquels nous citerons particulièrement : l’Artiste, le Corsaire, l’Illustration, l’Evénement, la Presse, le Moniteur universel,.etc. On a de lui deux ouvrages publiés en volumes : la Femme de vingt-cinq ans, recueil de nouvelles et proverbes (1853. in-18 ; 2G édition, 1858, collection Michel Lévy) ; les Jugements nouveaux, études de critiques littéraires et musicales sur plusieurs écrivains et compositeurs (1860, grand in-18, Bibliothèque contemporaine, Michel Lévy). M. X. Aubryet a publié dans le Moniteur universel, octobre et novembre 1861, la Mort qui fait vivre, nouvelle ; la même année il a donné à la Presse une série de feuilletons sous le titre de Lettrés du boulevard des Capucines. Il est aujourd’hui (1865) attaché à la rédaction du Moniteur universel du soir, dans lequel il a donné des comptes rendus de fêtes nationales et des comptes rendus dramatiques. Cet écrivain, qui s’applique surtout dans ses œuvres à fuir les sentiers battus et semble, au risque du paradoxe, dédaigner les opinions toutes faitesd, est petit-fils d'un auteur dramatique qui portait le même prénom, et dont on a remarqué quelques travaux, notamment la Matinée du Comédien de Persépolis, comédie-proverbe en un acte et en prose, représentée à Paris au théâtre de l’Ambigu-Comique, le 14 septembre 1784.

AUBURN, ville des États-Unis, dans l’État de New-York ; 5, 400 hab. Célèbre prison pénitentiaire.

AUBURON s. m. (ô-bu-ron). Bot. Dans le département des Vosges, nom donné à l’agaric poivré.

AUBUSSON, ancienne famille de la Marche, qui a fourni un grand nombre de branches, dont la plus illustre est celle des ducs de La Feuillade, du nom d’un fief que cette famille possédait dès le xivo siècle. Elle avait pour représentant, en 1400, Jean d’Aubusson, mort en 1420, laissant entre autres fils:1° Jean II, dont la postérité finit en la personne de Charles d’Aubusson, qui eut la tête tranchée au pilori, à Paris, en 1533, pour violences commises contre quelques monastères de son voisinage ; 2o Renaud d’Aubusson,’dont la lignée s’éteignit au deuxième degré, après avoir fourni trois évêques, et Pierre d’Aubusson, grandmaître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem et cardinal légat; 3° Guillaume d’Aubusson, et 4" Gm, auteur de la branche des seigneurs de Villac, qui a repris le titre de La Feuillade à l’extinction des ducs de ce nom, au commencement du xviie siècle. Guillaume d’Aubusson, qui reçut en partage la seigneurie de La Feuillade, eut pour successeur son fils aîné, Louis d’Aubusson^ seigneur de La Feuillade, gouverneur de Guise pour le duc de Nemours en 1483. Jean, fils aîné de Louis, mort en 1551, eut pour successeur Jean, père de François, chambellan du duc d’Anjou, depuis Henri III, lequel François laissa pour successeur Georges d’Aubusson, comte de La Feuillade, sénéchal de la haute et basse Marche, — lieutenant des chevau-légers de la reine Marie de Médicis. François d’Aubusson, deuxième du nom,


comte de La Feuillade, fils de Georges, fut premier chambellan du duc d’Orléans, maréchal de camp, et fut tué ; ni combat de Castelnaudari, en 1632, laissant, entre autres enfants: Léon d’Aubusson, comte de La Feuillade, lieutenant général, tué à la bataille de Lens, en 1647 ; Georges d’Aubusson, évêquede Metz ; Gabriel d’Aubusson, marquis de Montagu, mort au siège de Saint-Omer, en 1638 ; Paul d’Aubusson, chevalier de Malte, tué au siège de Mardick, en 1646, et François, qui a continué la ligne. Celui-ci, maréchal de France, fut fait duc et pair par le roi Louis XIV, et mourut en 1691, laissant pour successeur son fils Louis d’Aubusson, duc de La Feuillade, La Feuillade s’est ainsi trouvée éteinte > et la branche de Villac, qui a hérité de celle de La Feuillade, a porté le titre de comtes de La Feuillade.

AUBUSSON (Jean d’.), troubadour du xmsiècle, était attaché à Frédéric II, empereur d’Allemagne, et le célébra dans ses poésies. On connaît de lui une allégorie dialoguée sur les luttes de ce prince contre la ligue lombarde. Millot l’a insérée dans son Histoire littéraire des troubadours.

AUBUSSON (Pierre d’), grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, né dans la Marche, en 1423. Dès l’âge de treize ans, il entra au service de l’empereur Sigismond, en guerre avec le sultan Amurat II, et fit ses premières armes sous les ordres du fameux Huniade. À son retour de Hongrie, il accompagna le dauphin (depuis Louis XI) au siège de Montereau, puis dans son expédition contre les Suisses ; entra dans l’ordre des chevaliers de Rhodes ; se signala contre les pirates de l’Archipel, et fut élevé à la maîtrise en 1470. Cependant Mahomet II, après avoir renversé l’empire d’Orient, ne cessait de menacer la ville de Rhodes, qui faisait ombrage à sa puissance, et en 1480, une immense flotte turque, portant cent mille soldats, parut devant l’île et opéra son débarquement. Alors commença un des sièges les plus mémorables dont l’histoire fasse mention. Le grand maître y reçut cinq blessures, en combattant avec une héroïque intrépidité. La valeur des chevaliers lassa enfin le fanatisme des Turcs, qui furent contraints de se retirer après des pertes énormes. Mahomet jura de venger 1 année suivante, à la tête d’une armée de trois cent mille hommes, l’affront que venaient de subir ses armes ; mais la mort l’arrêta au milieu de ses préparatifs. Deux ans après Zizim, frère de Bajazet II, vint demander un asile au grand maître de Rhodes, qui le traita en prisonnier, et finit par le livrer au pape Innocent VIII. Le pape, qui avait déjà décerné à d’Aubusson les titres de défenseur de la chrétienté et de bouclier de l’Église, le revêtit de la pourpre romaine en considération de ses services. D’Aubusson mourut en 1503, à l’âge de quatre-vingts ans, avec la réputation d’un des plus grands hommes de son siècle. Le P. Bouhours a écrit son histoire.

AUBUSSON (François d’), duc de La Feuillade. V. Feuillade.

AUBUSSON, ville de France (Creuse), ch. lieu d’arrond., à 38 kilom. S.-E. de Guéret, et, à 685 kilom. S.-O. de Paris ; pop. aggl. 5, 475 hab. ; — pop. tôt. 6, 003 hab. L’arrondissement a 10 cantons, 99 communes et 99, 413 hab. Célèbre manufacture de tapis ras et veloutés; teintureries, tanneries, commerce et entrepôt de sel. Aubusson, situé sur la Creuse, dans une gorge entourée de montagnes et de rochers, au milieu d’une contrée aride et inculte, doit son origine à un parti d’infidèles, qui, échappés au carnage après la victoire de Charles-Martel sur les Sarrasins, et séduits par la beauté du site et l’excellence des eaux pour la préparation des cuirs et la teinture des laines, se fixèrent près d’un château fort dont on voit encore les ruines. Patrie de Pierre d’Aubusson, grand maître des chevaliers de Rhodes.

A. U. C. Archéol. Abréviation des mots latins ab urbe condita, qui se voit sur dos monuments et des médailles, et qui signifie après la fondation de la ville (de Rome).

AUCAS, nom d’une tribu des Araucans, qui émigra du Chili sur le versant oriental des Andes.

Aucassin et Nicolette, opéra-comique en trois actes, paroles de Sedaine, musique de Grétry, représenté à Versailles le 30 décembre 1779, et à Paris le 3 janvier 1780. Le véritable titre de cet ouvrage est celui-ci : les Mœurs antiques ou les Amours d’Aucassin et Nicnlette. Le sujet est tiré d’un charmant fabliau du xiiie siècle, qui, de nos jours, a été publié en manuscrit avec des miniatures admirables sur vélin, au nombre de quatre-vingts environ, par Charles Leblanc. Cette série de compositions charmantes, et d’une exécution merveilleuse, ferait la fortune d’un artiste chromolithographe, si l’amateur éclairé qui s’en est rendu l’acquéreur consentait à la livrer au public. Pour revenir à la musique de Grétry, nous dirons que le compositeur a cru devoir employer dans la partition des modulations de plain-chant, et les a appropriées aux paroles gothiques qui se trouvent dans le poëme, particulièrement sur cette cantilène : Nicolette, ma douce amie. Mais on goûte peu cet effort plus ou moins archéologique. Lorsque cet ou


vrage fut représenté à la cour, on rit aux éclats, dans les endroits que Sedaine et Grétry avaient crus les plus touchants. Ne sachant à quoi attribuer cette déconvenue, l’illustre compositeur formule dans ses Essais l’opinion singulière que voici : « Soyons de bonne foi ; nos tragédies en musique n’ont-elles pas produit presque tout leur effet musical après le premier acte ? et si l’action du drame ne nous attachait aux actes suivants, peut-être le dégoût s’emparerait-il des auditeurs au point qu’ils désireraient ne plus rien entendre. » Cette « bonne foi » qu’invoque Grétry n’est-elle pas plutôt un manque de foi dans l’art et dans les effets qui lui sont propres ? À ce compte, pourquoi ne rémplacerait-on pas le dernier acte d’Orphée, le troisième de Guillaume Tell, le quatrième des Huguenots ou de la Juive par un dialogue vif et animé ?

Cette pièce médiocre peut servir à expliquer dans quel sens il faut entendre ce qu’on a dit de l’opéra-comique : que la musique était presque tout dans le succès de ces sortes d’ouvrages, rarement faits pour être lus. C’est peut-être ce que l’auteur a fait de plus mauvais ; le fond est d’une absurdité qui révolta dans la nouveauté : quelques changements, beaucoup de spectacle, et surtout le jeu de Mme Dugazon firent supporter une reprise de la pièce. Le père d’Aucassin est un imbécile odieux, le fils est un fou non moins odieux, et le père de Nicolette un niais. Ce ne sont pas là des caractères de chevalerie, bien que l’auteur ait eu la prétention de peindre les mœurs du bon vieux temps.

Du reste, Sedaine s’est inspiré du vieux roman d’amour, qui est une des plus charmantes productions littéraires du moyen âge. Nous allons en donner une analyse succincte :

Garin, père d’Aucassin et comte de Beaucaire, avait acheté aux Sarrasins une jeune fille nommée Nicolette, dont Aucassin est amoureux et qu’il voudrait épouser. Garin les fait enfermer l’un et l’autre ; mais Nicolette parvient à s’échapper et se réfugie dans une forêt voisine. Dans sa fuite, elle reconnaît la voix d’Aucassin, qui se plaignait dans son cachot, et pour le consoler elle lui jette une mèche de ses cheveux. Bientôt Aucassin parvient lui-même à sortir de sa prison ; il rejoint Nicolette et s’éloigne avec elle de Beaucaire. La barque qui les emporte est assaillie par une tempête ; ils abordent sur un rivage, où ils tombent entre les mains des Sarrasins, venus pour combattre le roi du pays. Ceux-ci, après avoir lié les bras et les mains d’Aucassin, l’abandonnent dans une barque, que les flots ramènent à Beaucaire juste au moment où Garin vient de mourir : le jeune homme est reconnu par les vassaux de son père, qui le proclament seigneur de Beaucaire. Cependant Nicolette, transportée à Carthage, y retrouve son père, qui est précisément le roi de cette ville ; mais on veut lui faire épouser un roi païen ; tous ses sentiments se révoltent contre cette indigne alliance et elle se voit encore obligée de prendre la fuite. Elle revient à Beaucaire, y retrouve son fidèle amant, et l’épouse. On ne connaît point l’auteur de ce roman, où des couplets monorimes en vers de sept ou de huit syllabes sont entremêlés à des récits en prose. Tout y est naïf, tendre et gracieux. La Bibliothèque impériale en possède un exemplaire manuscrit. Méou l’a publié dans son Recueil de fabliaux.

AUCEPS s. m. (Ô-sèpss — mot lat. qui signif. oiseleur). Zool. Division du genre mygale, formée de^grosses araignées dont les toiles sont assez fortes pour prendre de petits oiseaux. Elle ne renferme qu’une seule espèce.

AUCH (en lat. Augusta Auscorum), ville de France, ch.-lieu du départ, du Gers, h 667 kilom. S.-O. de Paris ; pop. aggl. 8, 041 hab. ; — pop. tôt. 11, 899 hab. L’arrond. a 6 cantons, 85 communes et 60, 050 hab. Siège d’un archevêché, tribunaux de première instance et de commerce, grand et petit séminaire, lycée impérial, cabinet d’histoire naturelle, bibliothèque publique, école normale. Fabrique d’étoffes de fil et de coton, cadis et chapeaux ; commerce de vins, laines, eaux-de-vie dites d’Armagnac.

La ville d’Auch, bâtie en amphithéâtre sur le penchant d’une colline et divisée par le Gers en haute et basse ville, était habitée avant l’invasion romaine par les Ausci et portait le nom d’Elemberis, qu’elle échangea plus tard contre celui à’Augusta Auscorum. Après le passage des Visigoths, occupée par les Vascons. elle devint la capitale de la Gascogne jusqu’à l'époque où cette province fut divisée en plusieurs comtés. Alors elle fut le siège des comtes d’Armagnac, suivit le sort de ce comté, qui, devenu patrimoine de Henri IV, fut réuni à la couronne en 1589. Patrie du maréchal Montesquiou d’Artagnan, du duc de Roquelaure, du poste du Bartas, de l’amiral Villaret-Joyeuse, et des généraux marquis Dessoties et comte de Lagrange.

Parmi les monuments que renferme la ville nous mentionnerons : la cathédrale (Sainte-Marie), un des plus beaux monuments qu’ait produits l’architecture religieuse dans le midi de la France ; il couronne le bord oriental d’une sorte de plateau à l’extrémité duquel la ville d’Auch fut reconstruite vers le milieu du xe siècle. Trois églises, élevées sur le même emplacement, avaient été successivement détruites. Le nouvel édifice fut commencé en 1489. Les travaux, poussés avec activité par