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AUB AUB AUB AUB

AUBEK (Théophile - Charles - EmmanuelÉdouard), médecin, né vers 1805. Reçu docteur en 1831, il s’est exclusivement consacré à la littérature scientifique. Ses principaux ouvrages sont les suivants : Coup â’csil sur la médecine (1835) ; Traité de philosophie médicale (1839) ; Traité de la science médicale Î1853) ; Esprit du vitalisme et de l’organisme 1855), etc.

AUBER (Daniel-François-Esprit), célèbre compositeur français, membre de l’Institut, directeur du Conservatoire, né à Caen, le 29 janvier 17S2, pendant un voyage de sa mère en Cette ville. Son père, marchand d’estampes à Paris, avait le goût des arts, et réunissait chez lui des musiciens et des artistes distingués. Cette circonstance ne fut sans doute pas étrangère à la vocation musicale du futur auteur de la Muette, qui, tout en cultivant plusieurs instruments, entre autres le piano, sous le compositeur tyrolien Ladurner, et en s’essayant à la composition par quelques romances, étudiait les affaires. Destiné au commerce, il fut envoyé à Londres pour achever de se former à la pratique des transactions industrielles. La rupture de la paix d’Amiens le ramena dans sa famille ; il rapportait à Paris des quatuors et divers essais lyriques qui, exécutés sur des scènes de société, lui méritèrent des encouragements. 11 écrivit, à cette époque, les concertos pour basse, publiés sous le nom et dans la manière du violoncelliste Lamare.’ Enfin, il parvint à faire exécuter, cette fois sous son, nom, au Conservatoire, un concerto de violon qui eut du retentissement dans les régions artistiques. Cherubini le remarqua, et c’est sous la direction de ce maître sévère que le jeune compositeur acheva, ou plutôt refit ses études musicales. L’élégance et le bon goût furent assurément les plus précieuses qualités que développèrent en lui les conseils de Cherubini, qualités qui sont un des plus grands charmes de son faeije talent. Les débuts de M. Auber au théâtre, par un opéra en un acte, de Bouilly, le Séjour militaire (salle Reydeau, 1813), furent signalés par une chute éclatante, qui eut pour résultat d’arrêter plusieurs années ses tentatives de composition lyrique. Il avait précédemment refait la musique d’un vieil opéra-comique intitulé Julie, écrit celle d’un autre libretto dont le titre est oublié, et ces deux essais avaient été joués chez le prince de Chimay et applaudis par un public bienveillant. On lui devait, en outre, divers mor. Ceaux de musique religieuse, parmi lesquels fut remarquée une messe à quatre voix, dont VAgnws Dei devint plus tard la prière de la Muette. La ruine et la mort de son père le forcèrent à demander à son art des moyens d’existence. Iltentade nouveau les hasards 8e lascènu, en 1819, en donnant à l’Opéra-Ûomique le Testament et les Billets doux, un acte qui ne fut pas mieux accueilli que son aîné. Ses meilleurs amis désespéraient alors de son ave gère châtelaine, qui ouvrit l’éblouissante série de ses succès. Bientôt se succédèrent : Emma ou la Promesse imprudente, en trois actes, 1821 ; Lcicester, en trois actes, 1823, qui marque le commencement de cette longue association des deux noms de Scribe et d’Auber ; la Neige, en quatre actes, 1824, souvent reprise avec bonheur ; le Concert à la cour, en un acte ; Léocadie, en trois actes, 1824 ; le Maçon, en trois actes, 1825, qui jouit d’une si grande popularité ; le Timide, en un acte, et Fiorella, en trois actes, 1825. Ces œuvres, rapidement écloses, avaient enfin placé M. Auber au premier rang des fournisseurs aimés de l’Opéra-Comique. On y remarquait déjà cette légèreté, cette grâce, cette allure pétulante et vive qui distinguent le représentant le plus complet de l’école française en musique. C’est déjà cette petite phrase leste, aimable, spirituelle, qu’on retient sans effort, et qui, depuis la Bergère châtelaine jusqu’à la Fiancée du roi de Oarbe, sa dernière œuvre, se reproduit sans cesse, changeant d’air et de ton selon les exigences du goût dominant, éveillant parfois les réminiscences, donnant volontiers asile à des redites, comme si ces motifs charmants, jetés à profusion aux échos de l’Opéra-Comique, revenaient involontairement sous la plume élégante, facile et distinguée de celui qui les a fredonnés. « Fredonnés » est le mot juste, lorsqu’on parle de M.1 Auber, qui a trouvé dans son cerveau encore plus que dans son cœur les mille trésors dont il dispose. Rossini chante, Auber fredonne. Il fredonne des choses ailées, des chansons aimables, et siffle de jolis airs au clair de lune. Ce n’est peut-être pas un cygne, c’est un rossignol ; mais un rossignol dont la verve et l’esprit sont inépuisables. Ne lui demandez pas cet accent ineffable de mélancolie et d’amour, cette note divine, qui est la grande voix de l’âme et de la nature ; ne lui demandez pas de prêter l’oreille aux frémissements prophétiques des forêts, de se recueillir lorsque gronde la tempête, ni de se mêler a l’orchestre immense qui accompagne les plaintes de la nuit. Non ; la •phrase mélancolique qui s’exhale des lèvres amoureuses de Cimarosa, l’ins|iiration aérienne de Weber, le sentiment de l’infini, l’émotion, la grandeur, le sublime, ce qui élève l’homme et Te fait penser, ce qui l’enlève de terre et lui donne le ciel, tout cela lui est inconnu ou b peu près. Ce n’est pas un ange, comme Mo AUB

zart, ni un roi, comme Rossini ; ce n’est ni Beethoven, ni Psiisiello, et ce serait vraiment fâcheux qu’il fût quelque chose de cela. Il n’est ni Allemand ni Italien ; il s’appelle Auber et il est Français ; le sollégerdesapatrieavu naître cette musique ingénieuse dont la gaieté ne va jamais au delà du sourire, et qui est charmante jusque dans les.larmes. Oui, c’est là sa gloire d’être un génie national, d’être resté de son pays au lieu de cherchera parodier l’étranger, d’avoir chanté à sa fantaisie, selon son inspiration, sans s’occuper de l’invasion italienne.ou allemande. C’était là, sans doute, chez lui, tout simplement une affaire de tempérament et do . goût naturel. Mais fût-ce parti pris d’agir de la sorte, qu’il faudrait encore lui en savoir gré. Pourquoi, après tout, serait-il allé chereh-sraudelà de son talent les notes inconnues

du rêve ? Avec son grand tact, il a compris qu’il fallait laisser à d autres la poésie de l’imagination, et se contenter d’être le poète de l’esprit. Aussi, avec quel plaisir a-t-on accueilli, dans le pays de Beaumarchais, ces fines mélodies qui échappent au temps par leur légèreté, et que l’orgue de Barbarie, en les popularisant, n’a pu vulgariser, tant elles sont élégantes de forme. La vilaine cage n’a pu même enrouer ces oiseaux brillants, éveillés et gracieux. « M. Auber, dit M. Blaze de Bury (Lettre d’un Viennois), appartient à cette école française qui, pour servir de risée, par intervalles, à certains esprits turbulents que leur impuissance dévore, n’en est pas moins fort bien prise au sérieux partout ; car elle a, elle aussi, nous pouvons le dire, son caractère distinctif,

■ son individualité propre, peu tranchée sans nul doute, plutôt nuance que couleur, mais qu’on ne peut méconnaître à moins d’être aveuglé par l’ivresse d’un enthousiasme de novice ou les préventions d’un envieux... M.Auber appartient’à l’école française, il ne le cache pas : ses opéras le disent assez haut à qui veut 1 entendre, et là, peut-être, est tout le secret de leur adoption unanime... De nos jours, l’école française a trois noms illustres

■ qu’elle peut mettre en avant avec orgueil : Boïeldieu, Hérold, M. Auber. Cependant, de ces trois hommes éminents, un seul nous semble avoir atteint le but, non que les autres l’aient manqué ; mais si l’on avait à nommer le maître en qui se résume le mieux l’école française, à coup sûr on ne citerait ni Boïeldieu, ni Hérold... M. Auber est le seul représentant légitime de l’école française ; car, outre que son œuvre est achevée et complète, le génie étranger s’y laisse moins sentir que partout ailleurs, et l’on peut dire de lui qu’il tient dû son pays, comme de la nature, ses défauts et ses qualités. Nous ne prétendons pas ici que M. Auber ait trouvé exclusivement dans son cerveau les mille trésors dont il dispose ; l’auteur de la Muette et du Lac des fées a subi, comme tous les maîtres de ce temps, l’irrésistible influence du magnifique et glorieux génie qui a donné le rhythme à notre siècle, mais à un moins haut degré peut-être, et sans négliger de faire ses réserves. Du reste, il faut

est pour rien. » Ecoutons maintenant parler M. Th. Gautier : « M. Àuber ; que l’on a vivement contesté dans ces dernières années, surtout parmi les musiciens, comme manquant de science et de profondeur, est un compositeur d’un mérite hors ligne. Il a un style à lui, ce qui est, à notre avis, la première qualité de tout artiste. Ce style, il est vrai, n’a peut-être pas toute la sévérité désirable ; mais il a un caractère bien tranché, et se fait aisément reconnaître. Une phrase de M. Auber n’est pas la phrase d’un autre, et personne ne s’y trompe ; il a une abondance de motifs et de chants bien rare en ce temps de contre-musique (1839), où chacun s’ingénie à.étonner l’oreille et non à la charmer, où des exécutants prestidigitateurs escamotent des impossibilités charivariques, sans se soucier le moins du monde du sentiment, de la grâce, de la passion, du plaisir enfin, seul et véritable but de l’art..

Ainsi, M. Auber se complaît dans les choses enjouées et faciles ; son inspiration court après —les petits airs, les motifs, les traits d’esprit de la musique. Ce qu’il fait, sans être d’une passion profonde, a de la vie, de la chaleur, un entrain inépuisable ; à force d’esprit, il a presque du génie. Le tumulte lui fait peur et ses notes gazouillent en plein soleil comme une volée de moineaux, sans trop de bruit, sans secousse. Une fois pourtant il est sorti de son cercle, c’a été pour nous donner la Muette de Portici, qui n’est peut-être son chef-d’œuvre que parce que le succès l’a voulu, car rien n’empêcherait Gustave d’être le chef-d’œuvre de M. Auber, ou le Lac des fées, par exemple. La Muette fut donnée à l’Académie-de musique le 29 janvier 1828 (cinq actes, paroles de Scribe et Germain Delavigne), avec Adolphe Nourrit et Mme Damoreau pour principaux interprètes. Cet opéra, qui a pris place à côté des chefs-d’œuvre de Meyerbeer et de Rossini, eut une vogue européenne, et le fameux duo : Amour sacré de la patrie, fut le, signal, à Bruxelles. de la révolution du 25 août 1830. M. Auber avait déjà donné à l’Opéra, en 1323, en société avec Hérold, un acte officiel, Vendôme en Espagne, pour la retour du duc d’Angoulême à Paris. Le Dieu et la Bayadère, opéra-ballet en deux actes, 1830, succéda, sur notre grande scène lyrique, à la Muette, et réunit Nourrit, M"" Damoreau et—MU» Taglioni. Puis vinrent : le

Philtre, en deux actes, 1S31 ; le Serment, en trois’aetes, 1832 ; Gustave III, en cinq actes, 1833 ; le Lac des fées, en cinq actes, 1S3S ; l’Enfant prodigue, en cinq actes, 1850 ; Zerline ou la Corbeille d’oranges, en trois actes, 1851, etc. On lui doit le Prologue d’ouverture de l’Opéra National (salle du Cirque, 1847) ; les Premiers I pas, ou les Deux, génies, avec Halévy, Carafa et Adam. En même temps, au théâtre de l’Opéra-Comique, son véritable terrain, il marchait de succès en succès. Sur cette scène, où son gracieux talent était plus à l’aise, il a donné la Fiancée, en trois actes, 1820 ; Fra Diacolo, en trois actes, 1830 ; la Marquise de Brinvilliers, en société avec Batton, Clîerubini, Paer, Blangini, Hérold, Carafa, etc., en tout neuf compositeurs ; Lestocq, en quatre actes, 1834 ; le Cheval de bronze, 1835, remonté plus tard au grand Opéra ; Actéon, en un acte ; les Chaperons blancs, en trois actes ; l’Ambassadrice, en trois actes, 1S3G, un des plus populaires de ses ouvrages ; le Domino noir, en trois actes, 1837 ; Zanelta, en trois actes, 1840 ; les Diamants de la couronne, en trois actes, 1841 ; le Duc d’Olonne, en trois actes, 1842 ; la l’art du Diable, en trois actes, 1843 ; la Sirène, en trois actes, 1844 ; la Darcarolle, entrais actes, 1&45■ ~/Inydée, en trois actes, 1847 ; Marco Spada ; en trois actes, 1853, pour les débuts de Mlle Duprez ; Jenny Bell, en trois actes, 1S55 ; Manon Lescaut, en trois actes, 1856, une des pièces de l’auteur la moins favorablement accueillie du public et de la critique ; et, enfin, la Fiancée du roi de Garbe, en trois actes, 1804, où l’auteur octogénaire a su montrer toutes les qualités de sa meilleure époque : la clarté parfaite, l’abondance et la limpidité des motifs, un excellent ton de comédie musicale, et cette élégance de forme qui ferait reconnaître entre mille la moindre de ses mélodies. Dans Cette liste des partitions do M. Auber, c’est, à vrai dire, toujours un peu la même pièce et la même’musique ; les procédés et les combinaisons, tant du côté du poète que du côté du maestro, ne changent pas. Scribe et Auber 1 talents faits et bien faits pour s’entendre et exploiter les précieuses ficelles du fonds dramatique. L’un est en musique ce. que l’autre est en littérature, et réci ; proquement ; et pourtant, du premier comme du second, le public ne se lasse jamais. Pendant quarante ans, il lui a fallu chaque année, à ce bon public, son petit Chef-d œuvre de et Auber, et il a été satisfait

e de M.

musique de M. Auber’ veut être entendue

comme veulent être vues les femmes de trente

clarté des lustres et des boumais

après dîner, quand l’actrice est joli pièce amusante, on aurait mauvaise grâce de prétendre faire le difficile. • Et puis, pourrait-on ajouter, elle est si réellement parisienne cette musique ; elle aime tant la danse, les diamants, les perles et les chansons ; enfin, elle a tant d’esprit et s’enivre si doucement de Champagne en coulant à la dérobée son regard lumineux et vif sur l’orchestre et sur le parterre 1 Pourtant on affirme que M. Auber éprouve pour cette musique, qui a fait sa fortune et sa gloire, les mêmes dédains que nous aurons à signaler chez Rossini, Est-ce indifférence réelle ? est-ce affectation ? Quoi qu’il en soit, M. Auber a dû à son art une foule de distinctions et de dignités. Il est entré à l’Institut, dans la section des beaux-arts, en remplaeementde Gossec, en avril 1829. Nommé, dès1830, directeur des concerts de la cour, il a succédé, en 1842, comme directeur du Conservatoire, au savant Cherubini, son ancien maître, celui, peut-être, des musiciens contemporains à qui il ressemble le moins. Il est, de plus, directeur de la musique de la chapelle impériale, emploi que le régime nouveau a restauré, et qui avait disparu en même temps que les Bourbons. Chevalier 9e la Légion d’honneur en mai 1825, officier en 1835, il a été créé commandeur le 29 avril 1847. Il est, en outre, décoré de presque tous les ordres de l’Europe.

Le talent du célèbre auteur de la Muette n ; est pas de ceux qui s’affaiblissent ; sa sève ressemble à celle de ces arbres toujours verts, qui, au fur et à mesure qu’ils vieillissent, donnent des fruits plus savoureux. Espérons donc que cette longue et brillante carrière n’a pas encore été close par le chant du cygne.

Les œuvres de l’illustre compositeur ne figurent ici qu’à titre biographique ; tputes seront analysées dans cet ouvrage à leur ordre alphabétique. Le talent de M. Auber est si éminemment français, qu’un dictionnaire français.ne peut se permettre à son égard aucun

AUBÈRE adj. (ô-bè-re — du lat. albus, blanc). Manég. Se dit d’un cheval dont la ■ robe est couleur de fleur de pêcher, entre le blanc et le bai : Aubère foncé ou vineux. Le cheval aubère est peu estimé ; il est, dit-ont sujet à devenir aveugle. !l On écrit aussi

AUBERT.

— s. m. Couleurde la robe du cheval aubère : Aubère clair. Aubère foncé. Aubère rougeâtre. Aubère brunâtre.

— Homonymes. Obère, obères, obèrent (du verbe obérer.)

AUBERGADE s. f. (ô-bèr-ga-de — rad. auberge). Autref. Droit de gîte. AUBERGE s. f. (ô-bèr-je — allem. herberge,

« même signif. Ce mot est donc d’origine germanique, comme l’indique, du reste, son ancienne forme herberge, et les tenues de la basse latinité heriberga, liereberga, ainsi que l’expression actuelle héberger, if dérive directement d’un mot allemand, composé de hcer. armée, et bergen, protéger, défendre, parce que, primitivement, ce mot a servi à désigner un emplacement ou une armée dresse des tentes pour se loger. Nous nous bornerons à donner quelques formes similaires de heer, . dans certains idiomes germaniques ; pour " bergen, nous renvoyons au mot bourg. Le heer allemand est le heri, herie, her, du tudesque ; har, du gothique ; hère, herig, herg, à& l’anglosaxon ; her, de l’islandais’ ; harr-, du danois ; heir, du hollandais, etc. ; tous ces mots ont le sens d’armée ; c’est cette racine qu’on retrouve encore dans l’expression française, convoquer le ban et Yarrière-ban, où l’on retrouve une corruption de l’ancien allemand heriban (littéralement proclamation de l’armée). Du mot français auberge, ou peut-être directement do la forme germanique, sont

, venus le terme italien albergo, et l’espagnol albergador, aubergiste). Maison où, en payant, on trouve à boire, à manger et à coucher : Excellente auberge, détestable auberge. Tenir auberge. Manger, coucher à J’auberge. J’entrai dans une auberge pour reprendre les forces qui me manquaient. (J.-J. Rouss.) Le maître et les garçons de /’auberge me reçurent tête nue et bras pendants. (Chateaub.) Les riches sont en vénération dans toutes les auberges du monde. (G. Sand.) M’étant remis en marche, et étant arrivé dans une petite ville à six lieues de Lyon, j’entrai dans une auberge, et je demandai à dîner. (Lamart.) Dans la vilte délabrée de Constance, notre auberge était fort gaie. (Chateaub.) £’aubërge du Lion d’or était remplie de soldats. (Mérimée.) /.’auberge, longtemps inconnue, dressa sur la tète du voyageur, de halte en halté, son enseigne marquée d’un écu. (E. Pelletan.) En face était une auberge à l’auvent de laquelle grinçait une enseigne en tôle. (Ad. Paul.)

— Fam. Tenir auberge, Avoir table ouverte, recevoir beaucoup de monde à sa table : Cette place est coûteuse, elle force à tenir auberge. (Acad.) il Prendre la maison de quelqu’un pour une auberge, S’y établir pour longtemps, ou aller y dîner fréquemment sans être invité : Ah çà ! est-ce qu’il prend ma maison pour une auberge ?

On""connaît, au sujet de cette locution, ce motcharmantde Voltaire. Il recevait cordialement et avec courtoisie les étrangers qui allaient le visiter dans son château de Ferney. Un de ces visiteurs, charmé de la réceptioiv fit entendre que son dessein était de passer six semaines dans ce séjour, qu’il trouvait délicieux. ■ Monsieur, lui dit en riant le caustique auteur de Candide, je vois bien quo vous ne voulez pas ressemeler à Don Quichotte : il prenait les auberges pour des ohàteaux : mais vous, vous prenez les châteaux pour des auberges. »

— Hortic. Nom que l’on donne quelquefois à l’ulberge.

— Hist. Dans l’ordre de Malte, nom quo l’on donnait à des hôtels où les chevaliers de chaque langue ou nation étaient tenus de se réunir et de prendre leurs repas. Il y avait autant d’auberges que de langues.

— Syn. Auberge, cabaret, gargote, guinguette, batellerie, taverne. Dans le cabaret, on ne vendait primitivement que du vin. La taverne est un cabaret où l’on ne boit qu’à l’excès. La gargote est un petit cabaret où l’on prend des repas à bas prix, ha guinguette est un cabaret hors de la ville, où le peuple va boire, danser et se divertir les jours de fête. L’auberge donne surtout le vivre. L’hôtellerie fournit également le couvert et le

— Encycl. Il existe dans l’Orient moderne, et particulièrement chez les nations musulmanes, de véritables auberges, appelées par les Arabes manzil (littéralement lieu où l’on descend), et par les Persans khan ou karavan serai (maison des caravanes), mot composé, qu’on écrit ordinairement, par corruption, caravansérail ; le logement est ordinairement accordé sans rétribution aux voyageurs, ainsi qu’à leurs bêtes de somme ; la nourriture se donne moyennant quelque argent. Ces khans ou mansils paraissent répondre exactement aux établissements appelés dans le Nouveau Testament panducheia. Chez les anciens Hébreux, ces auberges étaient inconnues, parce que les voyageurs et les négociants comptaient toujours sur l’hospitalité d’un ami, d’un parent ou d’un associé.

Auberge (l’) des Adrets, mélodrame eu trois actes ; à spectacle, de MM. Benjamin Antier, Saint-Amand et Paulyanthe, représenté pour la première fois à Paris, — sur le théâtre de l’Ambigu-Comique, le 2 juillet 1823 et repris sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 28 janvier 1832.

Frédérick Lemaître, encore inconnu ou mal eonnu au théâtre, avait quitté l’Odéon et la tragédie pour venir remplir un rôle de brigand dans un mélodrame inepte, que ses trois auteurs avaient baptisé l’Auberge des Adrets, mélodrame d’un sombre et d’un terrible niais, écrit avec la plus mauvaise encre des Pixérécourt, des Caignez, des Ducange e tutti quanti. Mais à peine le grand artiste eut-il lu ce rôle qu’il y vit une caricature audacieuse, un type