Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 3, Frit-Gild.djvu/247

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1736. Il professa les humanités an collège du Plessis, à Paris, et mourut a l’hospice de Charenton. Nous citerons, parmi ses ouvrages : Règles de la langue latine el française (Paris, 1716) ; Recueil des pièces de vers les plus belles et les plus faciles, tirées des poètes latins (1722) ; Abrégé de la grammaire française (1722) ; /têt/les poétiques tirées d’Aristote, de Despréaux et d’autres célèbres auteurs (1728) ; des traductions d’auteurs latins, etc.

GAULMIER (Antony-Eugène), poète français, né à Saint-Amand (Cher), le 6 janvier 1795, mort le 25 septembre 1829. Il fut dominé de bonne heure par une mélancolie excessive, et cette disposition d’esprit, jointe à une exquise sensibilité, lui fit abandonner successivement l’étude de la médecine, celle du droit, la vocation sacerdotale ; enfin, il embrassa la carrière universitaire. Il était professeur de rhétorique à Nevers, en 1818, lorsque son ode sur le dévouement de Malesherbes fut couronnée par l’Académie française. De Nevers, il fut envoyé à Reims, et de Reims à Bourges. De nouveaux succès poétiques l'enhardirent, et il eut la satisfaction de voir attribuer quelques-unes de ses productions à Mlle Delphine Gay, plus tard Mme Émile de Girardin. Un travail opiniâtre et sa passion pour la poésie altérèrent sa santé ; il fut tourmenté par une insomnie continuelle, qui lui causait de telles angoisses, qu’il ne pouvait plus voir arriver la nuit sans pleurer. Il crut pouvoir faire diversion à son mal en redoublant ses travaux, et il aggrava de plus en plus son état. Une affection cérébrale l’emporta à trente-quatre ans. On cite particulièrement de ce jeune poète : la Jeune mère mourante, élégie empreinte d’une sensibilité profonde ; la Tempête, le Lendemain d’un jour d’orage, et surtout la Première communion, acte religieux que sa muse chaste et mystique s’est plu à célébrer. C’est le chant d’un croyant qui voit à travers la pureté de son âme. L’auteur des Noviciats littéraires a consacré quelques pages à Gaulmier (Paris, 1847, in -8°). Ses vers ont été recueillis sous le titre d’Œuvres posthumes (Paris, 1830, 3 vol. in-12).

GAULMIN (Gilbert), hellénisteet poète français, né à Moulins en 1585, mort en 1665. Il fut intendant du Nivernais et conseiller d’Etat. Il tint une place distinguée parmi les érudits et les beaux-esprits de son siècle ; l’hébreu, l’arabe et le persan lui étaient familiers, et il composait des poésies en grec. Gui Patin cite de lui des épigrammes très - mordantes. On lui doit les premières éditions, avec traductions latines, des deux romans grecs ciaprès : Amours d’Ismène et d’fsménie, de Eustuthe (1618, in-8°) ; Jlhodante et Dosiclès, de Théodore Prodromus (1625, in-8"). Nous citerons encore : Livre des lumières en la conduite des rois, composé par le sage Pilpay (i, in-S°).

GAULNA ou GÀI.NA, place forte de l’Indoustan anglais, dans la présidence de Bombay, ancienne province de Khandajch, à 130 kilom. S.-E. de Surate, ch.-l. de district. Cette ville est ceinte d’une double muraille et défendue par une citadelle construite sur un rocher escarpé.

GAULODE s. f. (gô-lo-de — du gr. gaulos, vase k traire le lait). Entom. Genre d’insectes coléoptères pentainères, de la famille des clavicornes, dont l’espèce type habite l’Australie.

GAULOIS, OISE adj. (gô-loi, oi-ze —rad. Gaule). Qui a rapport, qui appartient k la Gaule : Les mœurs gauloises. Les cités gau- LoisiiS. Des soldats gaulois. Remontez à nos premiers siècles, vous trouvère ; une confédération a kvloise et point de roi. (Boiste.) La monarchie, dans notre pays, est frauque, elle n’est pas gauloise. (Proudh.)

— Qui a le caractère qu’on attribue aux anciens Gaulois ; gai, franc, loyal : Esprit gaulois. Uumeur gauloise. Dans le style de Bossuet, la franchise et la bonhomie gauloise se font sentir avec grandeur. (Joubert.) La gaminerie est une nuance de l’esprit gaulois. (V. Hugo.)

Tout poème est brillant de sa propre beauté : Le rondeau, né Gaulois, a la naïveté.

Boileau.

Il Inculte, barbare, grossier : Avant moi, tout était grossier, pauvre, ignorant, gaulois. (François Ief, dans Eénelon.) Il Suranné : Une tournure gauloise.

— s. Celui, celle qui est originaire de la Gaule, qui y habite : Un Gaulois. Une Gauloisk. Les Gaulois opposèrent une résistance opiniâtre à la politique envahissante des Romains.

— Par ext. Homme jovial, franc, spirituel avec une teinte de rudesse : Les honneurs de la séance ont été pour M. Viennet, ce vieux Gaulois. (Edm. Texier.)

— s. m. Langue des Gaulois : Le Gaulois est une branche du celtique, il Langage suranné : C’est du gaulois, ce n’est pas du français.

— Loc. adv. À la gauloise, À la manière des Gaulois : On a dit que le français n’est que du latin prononcé k la gauloikk. (Renan.) Courier entrait comme par occasion dans cet essai de style un peu vieilli, À la gauloise, qu’il s’appropriera désormais. (Ste-Beuve.)

vin.

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— Eneycl. Il est, de nos jours, un peuple qui se distingue de tous les autres par l’universalité de son génie et par la merveilleuse variété de ses aptitudes. Agriculteur, industriel, commerçant, artiste et poète ; mobile, impressionnable, tour à tour pieux jusqu’à la superstition et sceptique jusqu’à l’incrédulité ; orave, impétueux, mais sujet aux défaillances ; aussi prompt à abandonner qu’à

concevoir ses entreprises, aimant le bruit pour le bruit, la gloire pour elle-même, et semant ses os par les quatre parties du monde pour une idée et souvent par simple goût des aventures ; au demeurant, sympathique k tout et à tous, et résumant à lui seul toutes les grandeurs comme toutes les faiblesses de l’humanité : ce peuple, c’est le peuple français. Ses qualités spécifiques, il les doit k un mélange harmonieux de races diverses réunies sur un sol privilégié qui occupe, entre deux mers, deux chaînes de montagnes et un grand fleuve, une place unique dans le monde. Mais si, de l’ensemble des éléments qui le constituent, on retranche les faibles contingents que lui ont apportés les invasions successives, Romains, Goths, Germains. Normands et Arabes, races du Nord et du Midi, on trouvera au fond, et pour la meilleure part, une race plus ancienne qui contenait en germe, depuis plus de trente siècles, la France de nos jours, la race gauloise. De celle-ci, en effet, on a pu dire aussi qu’elle était d’une bravoure supérieure, d’une intelligence éminente, mais inconstante, d’une mobilité extrême, vaniteuse, curieuse, indisciplinée, et, par-dessus tout, passionnée pour les aventures. Ouvrez l’histoire de France : vous verrez aussitôt les enfants de ce noble pays combattre à Damiette, k Tunis, à Nicopolis, sur les rives du Gange comme sur les bords du Mississipi et jusqu’en Chine, et mêler leur histoire k l’histoire universelle. Mais déjà les Gaulois avaient suivi Alexandre à Arbelles, Pyrrhus à Arfros. Annibal à Cannes et à Zama ; on les voit fonder des empires en Asie, en Europe, et les perdre, jusqu au moment où ils se voient k bout de résistance, absorbés dans le monde romain. Les Français ne sont donc, en somme, que les vieux Gaulois modifiés, mais non transformés par la civilisation.

Aussi l’histoire des Gaulois n’est-elle pas seulement l’histoire des Gaules. Sans doute, c’est entre- les Alpes et l’Océan, entre le Rhin et les Pyrénées, que cette race avait fondé ses principaux établissements ; mais, outre qu’elle n’était pas originaire de ces contrées, elle avait souvent débordé par-dessus ses barrières et envahi le monde entier. Pour la bien comprendre.il faut la suivre dans ses migrations, et il sera facile d’en reconnaître le caractère distinctif, même dans des éléments tout à fait différents. Transplantés en Grèce ou dans l’Asie Mineure, les Gaulois de Comhutis et d’Ortiagon sont toujours les Gaulois de Sigovèse.de Brennus et de Vercingétorix. Comme ils n’écrivaient pas, nous ne connaissons guère leur histoire que par leurs ennemis, et nous avons à nous tenir en garde contre les exagérations de la haine ou de la jalousie. Nous en ferons la part ; mais, sur le caractère général des Gaulois, il règne parmi les écrivains de l’antiquité une telle concordance, que, même entre des récits contradictoires, il n’est pas difficile de démêler et de saisir la vérité.

Dans l’admirable cadre géographique préparé d’avance par la nature aux destinées d’un grand peuple vivaient, vers le xvc siècle avant l’ère chrétienne, des tribus nombreuses de races diverses, que le temps n’avait pas encore fondues. Sur le flanc septentrional des Pyrénées et dans les vallées qui descendent des cimes de ces montagnes vers la Garonne, c’étaient des hommes de taille moyenne, au teint brun, à l’allure vive, qui parlaient Une langue inconnue au reste du monde ; c’étaient les Aquitains et les Ligures. Leur dialecte, encore en usage, est remarquable par l’originalité de ses radicaux, et puisque la science ne peut le rattacher à aucune langue connue, on est autorisé k le considérer comme primitif. Les Aquitains étaient - ils autochtnones ? Tout porte à le croire. Dans le système historique, qui s’obstine, malgré des faits contraires, à rattacher toutes les branches de l’espèce humaine k un tronc commun, on prétend que ces peuplades étaient venues d’Asie par 1 Égypte, en suivant le littoral de l’Afrique, d où elles se seraient répandues dans l’Ibérie en passant par le détroit de Gadès, qui, dans la haute antiquité, avait formé un isthme. Mais rien n’est moins établi que la base de ce système. Entre les Aquitains, nos Basques d aujourd’hui, et les peuplades de l’Asie centrale, il n’y a conformité ni de race, ni de langue, ni de caractère, ni de culte. Il est plus raisonnable de supposer, dans l’hypothèse d’un déluge universel, que ces tribus s’étaient réfugiées vers les cimes accessibles des Pyrénées, pour en redescendre et se répandre ensuite sur les deux versants. C’était une race à part dont le type n’est pas encore perdu : race industrieuse, active, et qui portait en elle tous les germes de la civilisation.

Quant au territoire continental compris entre les Alpes et l’Océan, la Garonne et le Rhin, il était occupé par d’autres races qui avaient poussé des avant-postes jusqu’à deux lies voisines, l’une appelée AIbion, c’est-à-dire l’Ile blanche, et l’autre Erin, île verte : dénominations qui pouvaient provenir de l’as GAUL

pect des côtes. Ces tribus étalent lei Galls et les Kymris, peuples de chasseurs et de pasteurs, essentiellement nomades, et qui n’étaient pas originaires du sol. Confondus sous le nom générique de Celtes, les Galls et les Kymris se subdivisaient en un grand nombre de tribus souvent confédérées, plus souvent en guerre, soit les unes contre les autres, soit toutes ensemble contre leurs voisins les Aquitains. Parmi ces tribus, on comptait en première ligne les Armoriques, qui occupaient une presqu’île faisant saillie dans l’Océan : les Celtes proprement dits, qui s’étendaient de la mer aux Cévennes ; les Arvernes, qui campaient au sommet de ces montaprnes ; les Allobroges. resserrés entre le Rhône et le versant occidental des Alpes ; les Séquanais, habitants de la haute Seine, de la haute Saône et des rives du Doubs ; les Helvètes, confinés dans les vallées des Alpes rhénanes ; au centre, enfin, les Eduens et les Bituriges. Nous ne nommons ici que les principaux membres de la puissante confédération des Galls, ceux que nous retrouverons plus tard aux prises avec la puissance romaine. À un dénombrement postérieur et plus authentique,

nous verrons que ces tribus confédérées se subdivisaient en fractions imperceptibles r cet éparnillement tenait au caractère particulier d une race indisciplinable, jalouse à l’excès de son indépendance et incapable de s’élever par elle - même à la conception d’un gouvernement unitaire, qui seul eût pu lui donner de la consistance et de la stabilité.

Les Gaulois (nousles nommerons désormais ainsi) étaient des hommes d’une haute stature, mais pins forts en apparence qu’en réalité. Ils avaient le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux roux, et, pour donner àleur luxuriante chevelure, qu’ils ne rasaient jamais, un aspect plus terrible encore, il la teignaient avec des substances bleuâtres. Quelques tribus se tatouaient le corps, usage qui s’est perpétué jusqu’à nos jours (on sait, en effet, que certaines classes.d’ouvriers, surtout dans le compagnonnage, se gravent sur l’avantbras et même sur la poitrine les insignes de leur profession). Les Gaulois, dans ces temps primitifs, menaient la vie de tous les peuples chasseurs et pasteurs. La propriété du sol était collective. L’organisation civile était la tribu, le gouvernement électif. Les richesses mobilières, seules propriétés privées, consistaient, dans le principe, en troupeaux et en armes grossières, des haches et des couteaux en pierre, des flèches garnies d’une pointe de silex, des épieux durcis au feu. Le territoire était riche en mines d’or et d’argent, et surtout en minerais de fer. Mais ces mé taux restaient inconnus, et nous verrons plus tard qu’il était réservé à d’autres qu’à ces hommes simples d’en commencer l’exploitation.

D’où provenaient les anciens Gaulois ? Evidemment des hauts plateaux de l’Asie. Langue et dogmes religieux, tout l’indique et le confirme. Ils avaient suivi, allant et venant, parle Pont-Euxin et le Danube, l’éternel chemin qu’ont parcouru, pendant vingt siècles, les hordes errantes, depuis les premiers Kymris jusqu’aux Huns d’Attila. Les peuples pasteurs se fixent rarement au sol, parce qu’ils en épuisent vite la fécondité. La population venant à croître en même temps que les ressources diminuent, les émigrations deviennent forcées et périodiques, et ce ne sont pas les hommes qui les dirigent, ce sontplutôt les troupeaux. On va du côté ou l’herbe pousse ; on s’arrête où elle est le plus abondante. On repart lorsque tout est dévoré. D’étape en étape, et de siècle en siècle, on finit par faire le tour du monde. Partis, comme Attila, des confins de la Chine, les premiers Gaulois ont probablement mis plusieurs centaines d’années à se répandre, do proche en proche, jusqu’aux rivages de l’Atlantique, ubi défait orbis. Ils auraient sans doute poussé plus loin si la terre n’eût manqué sous leurs pas. Et, comme le mouvement d’Orient en Occident se continuait sans cesse, les tribus nomades se poussant les unes sur les autres, le point d’arrivée, le point extrême devait finir par être le plus peuplé de tous. On ne saurait expliquer autrement l’ubondanoe de la population dans les vieilles Gaules, d’où naquit, dans un temps donné, le besoin d’émigration en sens contraire ; mais, comme

les pèlerins n’auraient pu, sans rencontrer de grands obstacles, remonter le courant par où ils étaient venus, ils débordèrent dans le3 deux péninsules par-dessus les Alpes et les Pyrénées.

Nous venons de voir les Gaulois chez eux, si tant est qu’on puisse appeler un chez soi un sol qu’on ne cultive pas et qu’on ne s’approprie point. Le territoire était couvert de vastes forêts qu’on ne songeait point k défricher, car elles donnaient à profusion des glands et des faînes, qui alimentaient la majeure partie des habitants. Les plus riches ne vivaient que de viande. Nous allons les voir maintenant se répandre au dehors, se heurter k des peuples plus civilisés et commencer cette vie de luttes, de hasards et de guerres terribles qui dura dix siècles et ne se termina que par l’absorption définitive des Gaules dans le monde romain. L’Espagne, l’Italie, la Grèce, l’Asie Mineure furent tour à tour et toutes ensemble leurs champs de bataille ; et, tout en faisant k l’esprit d’indépendance sa juste et noble part, les agressions impétueuses et la défense héroïque de nos ancêtres

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n’étaient an fond, il faut bien le dire, que la lutte de la barbarie contre la civilisation.

Les premiers adversaires que rencontrèrent les Celtes ou Gallo-Kymris, en s’étendant vers le midi, furent les Aquitains, propriétaires des riches vallées de la Garonne, défrichées et livrées à la culture. L’histoire n’a pas enregistré ces luttes et ces chocs, qui durent être formidables. On sait, toutefois, que les envahisseurs dépassèrent la chaîne des Pyrénées et s’établirent dans les vallées de l’Ebre, où, mélangés aux populations indigènes, ils produisirent les Celtibères. Au temps d’Annibal, les Celtibères occupaient une grande partie de l’Espagne centrale. Quant aux côtes, elles avaient été envahies par les Phéniciens, qui y avaient apporté le commerce et la civilisation, en échange des immenses richesses qu’ils surent en extraire. Les Gaulois d’Espagne se trouvèrent ainsi tes premiers en contact avec des peuples policés. Mais ils ne surent pas en profiter. Ils restèrent ce qu’ils avaient été dans la Gaule, sans industrie et sans richesses. Quant aux Aquitains et aux Ligures riverains de la Méditerranée, leurs turbulents voisins ne parvinrent pas à les détruire. Leur résistance, secondée par la nature du sol et par les ressources d’un état social supérieur, se prolongea jusqu’au temps de Clovis, qui, le premier, put établir, dans le midi de la Gaule, d’une manière durable, son autorité et sa domination.

Les irruptions des Gaulois en Espagne paraissent s’être arrêtées vers l’an 1000 avant notre ère. Mais leurs invasions en Italie sei continuèrent sans interruption. À cette époque reculée, la péninsule italique était occupée par les Sicules, peuple industrieux, d’origine phénicienne, navigateur et commerçant, agriculteur, mais peu belliqueux. Dans les premiers chocs, l’avantage est tout entier à la barbarie. Les Sicules furent chassés do l’Italie, leurs 358 villes rasées, et le sol rendu au désert. Les hordes n’aiment pas les cités. Elles s’y sentent trop à l’étroit ; puis, nous l’avons dit, jamais race ne fut, plus que la race gauloise, rebelle à la discipline et à l’existence régulière qu’entraîne l’habitation des villes et des lieux fortifiés. Aussi, et pour ne pas s’être solidement implantés dans le pays, les conquérants no tardèrent-ils pas à être subjugués à leur tour.

On place généralement vers l’an 900 l’invasion de l’Italie par las Rasènes (Etrusques), peuples venus, par l’illyrie, des montagnes de la Grèce. Cette date coïncide, en effet, avec la première irruption des Scythes sur la riva droite du Danube, d’où il est permis de conjecturer que les Etrusques n’ont émigré vers l’Italie que pour fuir le voisinage des barbares. Voici dans quel état ils trouvèrent les contrées qu’ils avaient choisies pour refuge.

Depuis quatre cents ans, les Gaulois d’Italie, connus sous le nom d’Ombres, étaient paisiblement établis depuis l’embouchure du Tibre jusqu’au versant des Alpes. Ils avaient partagé ce beau territoire en trois provinces, dont nous devons faire mention, ici, parce que nous retrouverons dans la suite de l’histoire les conséquences de cette division géographi

?ue et politique. La première, qui était la plus

ertile et la pins importante, comprenait les plaines circumpadanes, jusqu’à l’Adige : elle s’appelait Isombrie ou basse Ombrie. La seconde renfermait les deux versants de l’Apennin ; c’était la haute Ombrie. La troisième enfin, Ombrie maritime, s’étendnit depuis l’Adige jusqu’au littoral de l’Adriatique. Soua l’action incessante du climat, les mœurs farouches de cette branche des Gaulois s’étaient un peu adoucies ; mais ils avaient à peine commencé quelques ébauches d’agriculture. Les Etrusques se précipitèrent en Italie, non comme un torrent dévastateur, mais comme des eaux fécondantes. À la bravoure des Gaulois, ils opposaient la supériorité des lumières, l’art des campements, la science da bâtir des forteresses et de les défendre et enfin des armes plus perfectionnées. Là lutte fut longue et terrible ; mais elle devait se terminer en faveur de la supériorité morale. Les Etrusques s’emparèrent de vive force de la haute Ombrie, qui porte encore le nom de ce peuple justement célèbre, et refoulèrent les Gaulois vers les hautes vallées du Pô ou dans les lagunes de l’Adriatique. Là, entre le Tessin et l’Adda d’une part, et au-dessus de Ravenne de l’autre, réussit à se maintenir une partie des peuplades vaincues qui, regagnant plus tara du terrain k la faveur des guerres suscitées par la Rome naissante à ses plus proches voisins, rentrèrent en scène pour fournir l’exemple d’une lutte plus longue et

fdus opiniâtre. Mais, k l’époque dont nous parons, de l’an 900 à l’an 600, c étaient les Etrusques qui dominaient politiquement et moralement en Italie. Il faut que cette dure et rude race gauloise ait été bien réfractaire à la civilisation pour n’avoir subi que fuiblement l’influence d’un peuple policé, artiste et religieux, aux mœurs douces et faciles, qui s’était montré le plus doux des conquérants. A l’inverse de ce qui se pratiquait alors, les Etrusques n’avaient pas exterminé les populations vaincues. Ils avaient laissé debout les bourgs, grands et petits, les cabanes en chaume comme les tentes, et ne s’étaient approprié du sol que ce qui leur était indispensable pour leur propre subsistance et pour. leur sécurité. Ils y créèrent dos villes et des centres de commerce qui devlurent célèbres ;

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