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SAINT-JUST

quieu l’a donnée de Sylla dans son fameux dialogue, semblait toute réalisée en cet étonnant jeune homme, sans qu’on démêlât bien encore ce qui était du fanatisme, de la tyrannie de principes et de celle du caractère. Un homme tellement au-dessus des autres n’eût pas été souffert deux jours dans les cités antiques. Athènes l’eût couronné et l’eut chassé de ses murs.

De semblables définitions ne s’oublient guère et, toujours le plus sensitif, Michelet a des mots qui feraient protester. Retombant à chaque pas dans la nostalgie de cet avenir, il rencontre une fois la carrière qui allait tout gravir et tout faire oublier : « On se demande ce qui serait advenu ; lui seul était assez fort pour faire trembler le glaive devant la loi.» Il en dit plus encore ; en celui qui fut son chef hiérarchique, il va jusqu’à prophétiser un maître au général Bonaparte. Un mot du 24 février parut fort sinistre à tous : « La République, dit Saint-Just à la Convention, ce n’est point un Sénat, c’est la vertu. » Dès lors pourquoi un Sénat ? Cette morale inattendue fit passer aux yeux éblouis je ne sais quelle lueur lointaine du 18 brumaire. Il faut en prévenir : pas un historien qui ne cède à la tentation. Chez les plus instruits et les moins légendaires, chez M. Aulard, par exemple, le nom de Bona-