Page:Nietzsche - Le Crépuscule des idoles.djvu/47

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profond dans le fait que l’avènement de Wagner soit contemporain de l’avènement de l’ « Empire » : ces deux faits n’indiquent qu’une seule et même chose — obéissance et longues jambes. — Jamais on n’a mieux obéi, jamais on n’a mieux commandé. Les chefs d’orchestre wagnériens en particulier sont dignes d’un siècle que la postérité appellera un jour avec piété le siècle classique de la guerre. Wagner s’entendait à commander ; en cela aussi il a été un grand maître. Il commandait par son implacable volonté de soi, par une perpétuelle discipline, dont il était la réelle incarnation : Wagner fournit peut-être, dans l’histoire de l’art, le plus grand exemple de l’empire sur soi-même (— Alfieri, lui-même, son proche parent quant au reste, est encore dépassé. Remarque d’un Turinois.)


12.

De cette constatation que nos comédiens sont plus respectés que jamais, n’allons pas conclure qu’ils sont moins dangereux… Mais qui donc aurait encore des doutes sur ce que je veux, — sur les trois revendications en vue desquelles ma fureur, mon inquiétude, mon amour pour l’art m’ont ouvert la bouche ?


Que le théâtre ne soit plus le maître des arts.
Que le comédien ne soit plus le séducteur des artistes authentiques.
Que la musique ne soit plus un art du mensonge.


Frédéric Nietzsche