Page:Nietzsche - Le Crépuscule des idoles.djvu/74

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WAGNER CONSIDÉRÉ COMME UN DANGER



1.

Le but que poursuit la musique moderne dans ce que l’on appelle aujourd’hui, avec un terme très fort, mais obscur, la « mélodie infinie » peut s’ex­primer ainsi : on entre dans la mer, on perd pied peu à peu jusqu’à ce que l’on s’abandonne à la merci de l’élément : il faut nager. Dans la cadence légère, solennelle et ardente de la musique ancienne, dans son mouvement tour à tour vif et lent, il fallait chercher tout autre chose — il fallait danser. La mesure qui y était nécessaire, le fait d’observer certains degrés de temps et de force, strictement détermi­nés, contraignaient l’âme de l’auditeur à une réflexion continue, — c'est sur les jeux opposés de ces cou­rants rafraîchissants, provenant de la réflexion et du souffle surchauffé de l’enthousiasme que reposait le charme de toute bonne musique, — Richard Wagner voulut créer une autre sorte de mouvement, — il renversa les conditions physiologiques de la musique telle qu’elle existait. Nager, planer, — ne plus marcher ni danser… Peut-être par cela le mot