Page:Nietzsche - Le Crépuscule des idoles.djvu/77

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UNE MUSIQUE SANS AVENIR



De tous les arts qui réussissent à croître sur le sol d’une culture déterminée, la musique fait son apparition comme plante dernière, peut-être parce qu’elle est un art intérieur, dernier venu, par conséquent — au moment où la culture dont elle dépend approche de l’automne et commence à se flétrir. C’est seulement dans l’art des maîtres hollandais que l’âme du moyen âge chrétien a trouvé son expression —, son architecture musicale est la sœur aînée, mais légi­time et authentique du gothique. C'est seulement dans la musique de Haendel qu’on reconnaît un écho de l’âme de Luther et de ses semblables, le caractère judéo-héroïque qui donna à la Réforme un trait de grandeur — l’Ancien Testament devenu musique, et on pas le Nouveau. C’est seulement Mozart qui rendit l’époque de Louis XIV, l’art de Racine et de Claude Lorrain en or sonnant. C’est seulement dans la musique de Beethoven et de Rossini que se répercuta le XVIIIe siècle, ce siècle d’exaltation, d’idéal brisé et de bonheur fugitif. Toute musique vraie, toute musique originale est un chant du cygne. —