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SUR LES DIEUX DE LA GRÈCE,

ces circonstances nous apprenons que Sîva passe pour avoir trois yeux, d’où il est aussi nommé Trilôtchan, et lorsque nous savons de Pausanias, non-seulement que Triophthalmos étoit une épithète de Zeus, mais encore qu’on avoit trouvé une de ses statues, dès l’époque de la prise de Troie, avec un troisième œil au front, comme nous le voyons représenté par les Hindous, nous sommes forcés d’en conclure que l’identité de ces dieux est à-peu-près démontrée.

Sous le rapport de destructeur, le dieu indien répond également au Jupiter stygien, ou Pluton ; d’autant mieux que Calï, ou le Temps, au féminin, est un des noms de son épouse, en qui l’on reconnoîtra bientôt Proserpine. Dans le fait, si l’on peut s’en rapporter à une traduction persane du Bhagavat (car l’original n’est pas encore en ma possession), le souverain de Patala, ou des régions infernales, est le roi des serpens, nommé Sêchanâga ; car il y est dit que Crichna (85) descendit, avec son favori Ardjoun (86), dans le séjour de cette divinité formidable, et en obtint sur-le-champ la faveur qu’il sollicitoit ; savoir, que les âmes des six fils de Brâhmah, qui avoient péri dans une bataille, pussent rentrer dans leurs corps respectifs. Voici la description de Séchanâga : « Il avoit un air majestueux avec mille tètes, et sur chacune d’elles une couronne garnie » de pierreries éclatantes, dont une étoit plus grosse et plus brillante que les autres. Ses yeux étinceloient comme des torches enflammées ; mais son cou, ses langues et son corps étoient noirs ; » les franges de son vêtement étoient jaunes ; et un joyau radieux » pendoit à chacune de ses oreilles. Il avoit les bras étendus et ornés » de riches bracelets. Ses mains portoient la sainte coquille, la flèche » radiée, la masse d’armes et le lotus. » C’est ainsi qu’on peignoit souvent Pluton avec un diadème et un sceptre ; mais lui et son attirail étoient du noir le plus sombre.

Mahâdêva est encore distingué par un autre attribut dans les dessins et dans les temples du Bengale. Selon les Vêdântis de l’Inde, les Ssoùfys (87) de la Perse, et plusieurs philosophes de l’école européenne, détruire n’est qu’engendrer et reproduire sous une autre