Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/432

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ce Tlz. [Tolozan], je le laisserai là, comme si de rien n’était, et j’irai aux autres sans conséquence, puisque enfin ils sont les principaux. S’ils sont tous intraitables, je hasarderai de faire parler et de parler moi-même au contrôleur général, quitte à faire arrêter les mémoires au bureau des dépêches, s’il voulait encore les renvoyer.

S’ils s’adoucissent, j’irai en avant, je ferai pleuvoir des lettres de recommandation pour les attirer. Je n’imagine rien de mieux à faire ; je sens que me voilà prise encore pour bien longtemps par les absences et les retards que cause cette quinzaine : mais il en faut passer par là ou tout abandonner.

Je ne négligerai pas la connaissance et les moyens de d’Hauvillez[1] ; mais j’irai doucement, parce que je n’ai qu’une demi-confiance dans son crédit et dans celui de M. de Villedeuil[2] ; s’il n’était bon qu’à me faire avoir une audience, ce ne serait pas la peine de l’employer, car je pourrais l’avoir sans lui ; mais, s’il m’était plus commode de l’avoir par lui, je m’en servirais. M. de Villedeuil et tous ceux de sa classe attendent, désirent et cherchent trop pour eux-mêmes, pour être bien utiles à d’autres. On m’avait parlé de l’abbé d’Espagnac[3], qui a beaucoup d’accès près de M. de Calonne, et que j’aurais pu intéresser ; mais cet abbé sollicite avec chaleur pour son frère, et j’eusse perdu

  1. D’Hauvillez (lire,d’Hauvillé). — Roland avait écrit à sa femme, le 11 avril (ms. 6240, fol. 187-188) : « M. de Vray sort d’ici ; il ùe conseille de m’adresser ) Dovillé, intime avec M. de Villedeuil, et celui-ci bien avec le contrôleur général. Va voir Dovillé, place Royale, chez M. de Villedeuil. » — Voir, sur ce personnage, riche bourgeois ou demi-noble de Picardie, cousin des demoiselles Cannet. L’Appendice E.
  2. Laurent de Villedeuil, maître des Requêtes, intendant de Rouen en 1785 (Almanach royal de 1786, p. 242 et 262), contrôleur général du 6 mai au 28 août 1787, puis secrétaire d’État, ministre de la maison du Roi, de 1788 à 1789. — En 1784, il habitait à Paris, place Royale, hôtel de Montboissier. Il était neveu du célèbre Laurent, premier ingénieur du canal de Picardie, et frère de Laurent de Lyonne, qui le continua. De là, sans doute, sa liaison avec d’Hauvillé.
  3. L’abbé Marie-René Sahuguet d’Espagnac, fils du baron d’Espagnac, gouverneur des Invalides ; il commençait à faire parler de lui (voir Mémoires secrets, 10 avril 1780, 31 décembre 1782) : agioteur et fournisseur des armées pendant la Révolution, il fut guillotiné le 5 avril 1794.