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[À ROLAND, À AMIENS[1].]
Mardi, 27 avril 1784, — [de Paris].

Tu n’auras qu’un mot car il est déjà tard ; mais je suis bien aise de te donner des nouvelles de mon rhume. Le séjourr de la chambre et les autres petits soins l’ont diminué considérablement. J’espère en être bientôt tout à fait débarrassée. Je ne t’apprendrait rien de nouveau d’ailleurs, car le forte-piano ne rend que des sons, et c’est avec lui que je m’entretiens dans tous les moments où je suis seule ; cette ressource ne pouvait m’être procurée plus à propos. J’ai reçu hier une lettre de M. Rousseau père, qui m’invite à dîner, s’excusant de n’être pas venu faire son invitation par une affaire survenue, et excusant son fils qui en avait été empêché par des rendez-vous avec le secrétaire du rapporteur de M. de Mt [Montaran]. Le billet est conçu dans les termes les plus honnêtes ; j’ai refusé en donnant la raison de mon rhume. J’avais vu ce père en allant voir la première fois le fils, qui demeure avec lui. Je vais faire une lettre à l’ours pour lui rappeler sa promesse plus vivement, et je prierai le frère de la lui porter à son audience. On a donné hier, à l’Opéra, la première représentation des Danaïdes, de Gluck[2] ; la foule était prodigieuse ; je ne pourrai songer à y aller que la semaine prochaine. On se presse également aujourd’hui aux Français pour le Mariage de Figaro, méchante pièce où il y a beaucoup de polissonneries, dit-on, qui a été jouée à la cour, et que plusieurs fois on a défendu de donner ; enfin elle va paraître au théâtre de la capitale[3]. Si iu vois dans le Journal de Paris une lettre de M. de La Blancherie sur le jeu de Mlle Paradis au concert spirituel, tu sauras que

  1. Ms. 6239, fol. 61-62.
  2. Voir sur cette erreur au sujet de Gluck la lettre du 25 avril, note 7.
  3. La première représentation publique du Mariage de Figaro eût lieu en effet le 27 avril 1784. (Voir Mém. secrets, 27 avril, 1er mai 1784, etc. et Correspondance littéraire, t. XIII, p. 517.)