Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/617

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specteur regrette que vous ne lui ayez pas envoyé les feuilles imprimées que vous avez retirées de chez Panckoucke, par la voie indiquée de M. Rousseau, chez M. de Montaran. Et la grande expédition, que devient-elle ? Savez-vous qu’au fond de la province, où le nouveau est bien rare et l’ordinaire bien petit, on a grand faim des bonnes choses qui empêchent qu’on ne se rouille. Vous ne savez pas non plus qu’il y a dans notre cabinet une cheminée, son vis-à-vis et deux panneaux entre des fenêtres qui sont d’une nudité choquante, en attendant les gravures de Raphaël[1] ; dépêchez donc de les envoyer ; je crois que vous les apporteriez vous-même, si vous vous imaginiez combien j’ai besoin de faire distraction à l’ennui que me donnent de vieilles crèches que je vois régulièrement tous les jours. Si vous ignorez ce qu’on appelle crèche, vous le demanderez aux Picards ; c’est un mot de leur pays. Ci-joint une feuille qui intéresse un brave homme d’Amiens ; vous voudrez bien la lui faire passer ou à M. d’Eu, qui la lui remettrait et à qui ce serait une occasion de nous rappeler. Vous ne nous avez rien dit de ses gravures à lui ; Le Monnier les a-t-il, les avez-vous, ou si elles lui sont envoyées ? Je crois qu’il en a autant d’envie que nous. J’attendais de vos nouvelles hier vous mériteriez bien la férule pour avoir ainsi fait quiesbet.

Mille choses à Mme d’Eu, M. de Vin, si vous les avez encore dans votre ville de boue. Il fait-beau ici, mais point chaud ; tout enchérit excepté le vin, parce que les vignes s’avisent de promettre, au grand détriment de notre cave et de notre bourse. Adieu, maussade. Mon Eudora mange comme un diable, crie comme quatre et ne reprend pas sa bonne mine. Le bon ami ressent son mal d’yeux toutes les fois qu’il s’assied à son bureau ; aussi va-t-il décamper la semaine prochaine. Cependant il faut faire un discours oratoire, car plusieurs membres de l’Académie de Lyon ont fait obligeamment des démarches à son insu et l’ont fait nommer titulaire[2].

Il est bien étrange que Dezach[3] ne donne pas signe de vie depuis le temps

  1. Ces gravures étaient encore au Clos en 1880. C’est Lemonier, comme on le verra plus loin, qui les avait rapportées ou les faisait venir de Rome pour ses amis, les Roland, les d’Eu, etc.
  2. La lettre de remerciements de Roland au secrétaire perpétuel, M. de la Tourrette, est du 5 mai 1785 (ms. 6243, fol. 103).
  3. Il y a Descet dans le texte publié par M. Dauban. Ce nom nous est inconnu. Nous croyons qu’il faut lire Dezach. — Voir au ms. 6243, fol. 104, une lettre de Roland, du 6 janvier 1785, à M. Maret, secrétaire perpétuel de l’Académie de Dijon, pour les remercier de l’élection de son ami de Zach, à titre d’associé.