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[À BOSC, À PARIS[1].]
22 août 1785, — de Villefranche.

J’ai attendu le courrier, espérant avoir à vous répondre ; mais vous ne nous donnez pas de vos nouvelles, l’heure s’est avancée et vous n’en aurez pas long des nôtres.

Voici un paquet pour votre académicien, puis une lettre pour M. d’Eu. Faites prompte expédition de chacune, afin qu’on puisse terminer enfin les comptes des affaires de Rome.

Je vous envoie une plante aquatique, extrêmement commune en ce pays, et que je vois souvent sans que je l’aie encore pu saisir en sa fleur. Supposez, si vous voulez, encore une dizaine de degrés d’ignorance ; mais je vous en crois cinq, si vous ne me nommez cette plante que j’ai quelque soupçon de vous avoir déjà envoyée sans que vous m ayez donné satisfaction.

Adieu. La pauvre Eudora est plus maigre que jamais. Imaginez donc, vous autres savants de Paris, ce que peut être l’état d’un enfant autrefois robuste et florissant, qui perd son embonpoint, sa fraîcheur, en conservant l’appétit, le sommeil, paraissant faire de bonnes digestions et ayant encore sa gaieté. Des yeux battus, quelquefois éteints ; une peau sèche et brûlante, une pâleur extrême, des chairs molles, une maigreur qui ne fait qu’augmenter, moins d’élasticité dans ses mouvements et parfois de la lassitude. Notez que souvent on lui a donné des contre-vers parce qu’on se persuade généralement qu’il n’y a que des vers qui puissent causer cet état ; mais, quoique plusieurs de ces vermifuges l’aient quelquefois purgée violemment, jamais elle n’a rendu l’apparence d’un seul ver. Que faut-il faire ? Le docteur de ce pays veut purger, émétiser, etc… Mais c’est un purgeur impi-

  1. Collection Étienne Charavay.