Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/774

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riété d’objets qui donnent du relâche à son application trop continue dans le cabinet, et qui soutiennent ainsi sa frêle santé.

Je ne suis pas plus dissipée qu’autrefois, mais plus de choses, très diverses, sont entrées dans le cercle qu’il me faut parcourir ; l’ordre de mes affections n’est pas chané, mais j’ai moins le choix de mes distractions ; le recueillement m’est aussi cher, mais je n’ai plus si souvent le temps de le partager avec mes amis.

J’ai eu mes deux beaux-frères[1] durant quelques jours ; l’un d’eux est allé faire une assez longue tournée qu’il doit terminer par une seconde visite chez nous ; mon bon ami, dont l’estomac, la bile et le travail lui causaient du malaise, est allé avec l’autre faire une promenade en Dauphiné, d’où ils reviennent à la campagne que mes affaires ne me permettent point de quitter avant quinze jours ou trois semaines.

Il fait un temps maussade depuis plus d’un mois, et la pluie me désole pour mes voyageurs ; on croit toujours qu’en telle saison les beaux jours vont arriver, et toujours la pluie revient avec opiniâtreté.

Adieu, je viens d’écrire à Lanthenas par occasion ; je lui faisais passer des paperasses étrangères qui auraient trop grossi votre paquet. Ni vous, ni lui, n’aurez peut-être de mes nouvelles qu’à mon retour en ville.

Dites-lui que j’ai reçu une lettre de la belle amie, qui l’accuse d’aimer mieux la fourrure du bonnet doctoral que des comptes de caisse[2].

  1. Les deux bénédictins, le prieur Jacques-Marie et le curé de Longpont. C’est le premier — peut-être en qualité de visiteur de l’ordre ? — qui était allé « faire une tournée », et c’est le curé de Longpont qui était parti avec Roland pour une « promenade en Dauphiné », et qui devait, deux mois après, accompagner Roland en Suisse (Mém., II, 252 ; — Voyage en Suisse, p. 337). — Roland écrira à Bosc, le 28 mai 1787, (collection Morrison) : « Ne pestez pas, comme vous le dites, car je retourne à la Chartreuse vous retenir une place. J’en suis pourtant revenu, écrasé de fatigue, faisant 15, 16, 17 lieues par jour, souvent à pied, en bottes, et une chaleur excessive, etc… »
  2. Nous avons déjà dit que « la belle amie » c’est Mme Chevandier, et que Chevandier était un commerçant de Lyon, que Lanthenas connaisait déjà en 1777 (ms. 6241, fol. 255-257). Nous ne pouvons éclaircir davantage cette allusion aux occupations commerciales ver lesquelles Lan-