Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 12, trad Golbéry, 1827.djvu/5

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sures sont plus fréquentes, et surtout celles des yeux, qui sont atteints par des branches d’arbres ou des épines. La médecine des sauvages, ainsi qu’on peut le penser, est entièrement simple. Leur remède ordinaire est de se coucher dans leur hamac et de demeurer quelques jours tranquilles et sans prendre de nourriture. Quand cela ne les guérit point, ils s’adressent aux Pajas, qui sont à la fois médecins et conjurateurs ou magiciens. Les véritables moyens curatifs pratiqués par eux, consistent en fumigations, en, frictions, en saignées, en ventouses. On suspend dans un hamac et sur un brasier de charbon ceux qui ont la fièvre, et pour faire transpirer le malade par la fumée, on jette sur ce brasier des herbes fraîches et des branches de diverses espèces. On couche dans la cendre chaude celui qui est affligé de rhumatismes ; on lui masse et on lui frotte tout le corps, tandis qu’en même temps on lui souffle de l’haleine dans la bouche et dans le nez ; parfois aussi on le frotte de salive. On se sert, pour les saignées, d’un petit arc et d’une flèche à pointe de verre ou de cristal, et cette pointe n’a que la longueur nécessaire pour atteindre le but qu’on se propose. Il est rare que l’on manque la veine. La ventouse se fait au moyen d’un couteau ou d’une pierre aiguisée, après que l’on a fouetté avec des orties la partie où on veut l’opérer. Les sauvages connaissent peu, ou même pas du tout, les remèdes intérieurs. Quand les moyens curatifs ordinaires ne réussissent pas, ils ont recours aux conjurations.

On trouve chez la plupart des Indiens la croyance en de méchans esprits qui apparaissent sous diverses formes ; ils ont aussi l’opinion que les morts reviennent : mais ces superstitions sont plus fréquentes chez ceux qui sont en relation avec les colons ; c’est pourquoi il est vraisemblable qu’ils doivent à leurs voisins civilisés ces idées, qui, dans la réalité, constituent tout ce que l’on pourrait en eux qualifier de croyance en des êtres d’un ordre supérieur. Les Pajas, au surplus, ne jouissent pas parmi les Indiens d’une grande considération, et il n’est pas rare de voir des parens se venger sur le malheureux médecin quand une cure ou une conjuration ne lui réussit pas et que le patient succombe. On consulte aussi les auteurs de ces conjurations sur le succès d’une chasse, d’une opération guerrière, sur le choix d’un lieu pour y séjourner, sur le nombre des ennemis et sur le but qu’ils se proposent. Pour répondre à ces questions, les Pajas citent les esprits de leurs ennemis, et ceux-ci apparaissent et s’évanouissent sans être vus que de l’auteur de la conjuration ; leur voix alors fait entendre différens sons, elle imite parfois le cri des animaux : caché derrière un buisson, le Paja les interroge à haute voix, et reçoit leur réponse.