Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 12, trad Golbéry, 1827.djvu/7

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qui soit avec eux en relations d’amitié, et qui puisse, en cas de besoin, procurer à ses compatriotes leur protection ou des vivres. Nul doute que, si ce système était suivi avec plus de constance, il ne contribuât beaucoup à déterminer les Indiens à se réunir librement en aldéas.

Il est encore plus difficile d’indiquer avec précision quel est le lien qui réunit diverses hordes, et quelle est leur composition, qu’il ne l’est de déterminer l’autorité exercée par le Capitao. Ces hordes sont au surplus la seule espèce de réunion connue des Indiens : celles qui appartiennent à une même nation ne sont obligées par aucune espèce de devoir à prendre part à une action commune. Toutefois nous trouvons dans l’histoire primitive de ces peuples des exemples de mouvemens généraux, qui permettent de conclure qu’il existait un degré de civilisation plus élevé, telles sont les migrations des Aymores vers la côte, et celles des Tupinambas de la côte vers l’intérieur.

Déjà nous avons fait remarquer qu’avant la découverte les hordes étaient plus nombreuses, que leurs demeures étaient plus fixes, et que par cela même la puissance et la considération des chefs étaient plus étendues et mieux déterminées. Si, sur ce point, l’état actuel des Indiens ne nous présente que les débris de leur ancien ordre social, on en peut dire autant à l’égard de leurs usages religieux et de leurs prêtres. Il n’est pas douteux qu’au temps de la découverte les prêtres ou magiciens n’aient exercé une grande influence sur les tribus indiennes, qu’ils n’aient formé une sorte de corporation, dans laquelle on n’était reçu qu’après de nombreuses et dures épreuves. On redoutait les malédictions des prêtres, on recherchait leurs bénédictions. Au milieu d’une multitude de cérémonies, les guerriers se faisaient inspirer le courage par eux. Les magiciens et les médecins actuels des Indiens ne sont, à ce qu’il paraît, que les misérables successeurs de cette caste ; ils semblent avoir partagé le sort de la maraca, qui jadis était le signe révéré de leur puissance, et qui s’est conservée à la postérité, sans qu’on y attache d’idée précise ; car on s’en sert aujourd’hui dans les danses et dans les fêtes comme d’un instrument de musique, et cependant on l’emploie aussi dans les conjurations et dans les cures comme un appareil magique.

Les différentes tribus n’ont pour l’ordinaire entre elles que des rapports d’inimitié. Toutefois on peut facilement distinguer les hostilités nées d’une offense quelconque de tribu à tribu, de celles qui se sont perpétuées depuis plusieurs siècles. Les premières peuvent avoir lieu entre deux hordes de différentes tribus pour une pièce de gibier ou pour d’autres sujets de ce genre, sans que pour cela les hordes