Page:Sapho - Le tutu, mœurs fin de siècle, 1891.djvu/175

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LE TUTU


reuse avait raison, il était injuste de la blâmer. Et toutes trois finirent par s’apitoyer. La pluie tambourinait contre les vitres, d’un ciel de suie tombait une lumière diffuse qui pénombrait le grossier ameublement du salon et les bipèdes humains qui s’y mouvaient. Mina crachait le sang, l’autre souffrait du bas-ventre ; et elles ne pouvaient plus se tenir debout, la montée de l’escalier les avait anéanties. Affalées sur un canapé, elles se lamentaient convulsivement, leurs huit membres s’entremêlant comme les tentacules d’une pieuvre.

— Pauvre petite sœur, disait Mina, c’est moi qui t’oblige à mourir. Ce qui me déchire le cœur, c’est que je ne puis t’embrasser en implorant ton pardon.

Leurs têtes ne pouvaient, en effet, se rapprocher, l’épine dorsale demeurait inflexible.

— Enfin, continua Mina, nous en avons encore pour trois semaines. Nous prierons