Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/179

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et nous offre un problème. Ici aussi, donc, une métaphysique est visiblement nécessaire ; une métaphysique, c’est-à-dire une explication des faits primordiaux en ce qu’ils ont de primordial, et, ces faits s’y trouvant considérés d’ensemble, une explication de l’univers. De là naît pour nous cette question : pourquoi la réalité qui s’offre à nos sens et à notre intelligence, est-elle comme elle est et non pas autrement ? par quelle conséquence, étant donnée l’essence intime des choses, leur phénomène prend-il le caractère qu’on vient de lui voir ? Nulle part plus qu’en morale, la nécessité d’une explication métaphysique n’est pressante : car il est un point sur lequel s’accordent tous les systèmes, philosophiques ou religieux : c’est que la signification morale des actions enveloppe la signification métaphysique, une signification qui dépasse la région du pur phénomène, qui va plus haut que toute expérience possible, et qui touche de plus près à la question de l’existence de l’univers, à celle de la destinée humaine ; car de degré en degré, quand l’esprit cherche la raison de toute existence, il s’élève à ce sommet suprême : le bien moral. C’est ce dont on peut s’assurer encore à l’aide d’un fait indéniable, la tournure que prennent nos pensées à l’approche de la mort : alors, que l’homme soit attaché aux dogmes de quelque religion, ou non, il n’importe ; sa pensée devient toute morale, et s’il veut faire un examen de sa vie entière, c’est au point de vue de la morale qu’il se place. Ici le témoignage des Anciens est d’un poids particulier : eux n’avaient pas subi l’influence du christianisme. Je dirai donc que cette vérité avait été déjà exprimée dans un passage attribué au vieux législateur Zaleukos, mais qui, selon Bentley et Heyne, est de quelque pythagoricien ; c’est Stobée qui nous l’a conservé : « Δεῖ τίθεσθαι πρὸ ὁμμάτων τὸν καιρὸν τοῦτον, ἐν ᾧ γίγνεται τὸ τέλος ἑκάστῳ τῆς ἁππαλαγῆς τοῦ ζῆν. Πᾶσι γάρ ἐμπίπτει μεταμέλεια τοῖς μέλλουσι τελευτᾴν, μεμνημενοις ὧν ἠδικήκασι, και ὁρμὴ τοῦ βούλεσθαι πάντα πεπᾶρχθαι δικαίως αὐτοῖς. » (« Il faut nous mettre devant les yeux cet instant qui pour chacun de nous précède le départ de cette vie. Tous les mourants alors, se souve-