Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/187

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dans le plus vieux livre du monde, les Vedas sacrés, dont la partie dogmatique, ou pour mieux dire ésotérique[1], se trouve dans les Oupanischads[2]. Là, presque à chaque pas, nous trouvons cette grande pensée ; elle y est répétée sans cesse, reproduite en toute occasion, à grand renfort d’images et de comparaisons. Elle faisait aussi le fond de la sagesse de Pythagore : si faibles que soient les vestiges de sa philosophie, tels qu’ils nous parviennent, la chose toutefois ne fait pas doute. C’est à cela que se réduit, ou peu s’en faut, toute la doctrine de l’École Éléate : le fait est bien connu. Plus tard les néo-platoniciens furent pénétrés de cette même vérité : ils enseignaient « διὰ τὴν ἑνότητα ἁπάντων πάσας ψυχὰς μίαν εἶναι.» (Que « grâce à l’unité de toutes choses, toutes les âmes n’en font qu’une ».) Au neuvième siècle, on la voit à l’improviste reparaître, chez Scot Érigène : inspiré qu’il en est, il s’efforce de la faire passer sous les formes et le langage de la religion chrétienne. Parmi les Musulmans, nous la retrouvons dans la mystique exaltée des Souffis. En Occident, Giordano Bruno, pour n’avoir pu résister au besoin de la déclarer, devait expier sa faute par une mort ignominieuse et cruelle. Et pourtant nous voyons les mystiques

  1. Réservée aux initiés. (TR.)
  2. On a contesté l’authenticité de l’Oupnekhat, en se fondant sur certains passages, qui étaient des gloses marginales ajoutées par les copistes musulmans, puis introduites dans le texte. Mais cette authenticité a été parfaitement établie par les indianistes F. H. H. Windischmann (le fils) dans son Sancara, sive de theologumenis Vedanticorum, 1833, p. XIX, et Bochinger, De la vie contemplative chez les Hindous, 1831, p. 12. — Le lecteur, même qui ne sait pas le sanscrit, pourra comparer les traductions récentes de quelques Oupanishads, par Rammohun Roy, par Poley, celle de Colebrooke aussi, et même la traduction toute récente de Röer ; il se convaincra entièrement d’une chose ; c’est qu’Anquetil, en faisant sa traduction latine, qui est un strict mot à mot, de la traduction persane faite par le martyr de cette doctrine, le sultan Daraschakob, a eu besoin d’une connaissance exacte, parfaite, du sens des mots : les autres au contraire, procèdent par tâtonnements, par conjectures ; aussi il est bien certain qu’ils sont moins exacts. — Ce point est examiné de plus près dans le second volume des Parerga, chap. xvi, §184.