Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/20

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tives par essence, et qui tirent toute leur signification de la menace d’un châtiment ou de la promesse d’une récompense. Cette récompense, on finit par la postuler au profit de la vertu, qui se trouve ainsi avoir simplement fait semblant de travailler sans espoir de salaire : mais, par convenance, elle est cachée, comme sous un voile, sous ce nom, du souverain bien, de ce bien qui consiste dans la réunion de la vertu avec le bonheur. Au fond, toute cette morale n’aboutit qu’à la recherche du bonheur : elle se fonde sur l’intérêt ; elle est cet Eudémonisme même, que d’abord Kant, le trouvant hétéronome, a éconduit solennellement, par la grande porte, hors de son système ; maintenant, caché sous le nom du souverain bien, par la petite porte, il s’y glisse de nouveau. C’est la vengeance de la logique contre cette notion qui se contredit elle-même, et que l’auteur avait admise, d’une nécessité morale inconditionnelle, absolue. Or, certes, de son coté, la nécessité morale conditionnelle ne saurait être une notion digne qu’on y assoie la morale, car tout ce qui se fait par égard pour une récompense ou pour une peine, est de toute évidence un acte égoïste, et sans nulle valeur morale. — D’où il suit clairement, que l’éthique a besoin d’être comprise avec plus de grandeur et d’indépendance, si l’on veut sérieusement expliquer d’une manière solide la valeur de l’activité humaine, valeur qui dépasse le monde des phénomènes, valeur éternelle.

Ainsi toute nécessité morale est soumise inévitablement à une condition : il en est de même de tout devoir. Les deux notions d’ailleurs sont fort proches parentes, et quasi identiques. L’unique différence viendrait peut-être de ce que la nécessité morale en général pourrait s’appuyer sur la simple force, tandis que le | devoir suppose l’obligation, c’est-à-dire l’acceptation du devoir : | c’est là le rapport qui existe entre le maître et le serviteur, le supérieur et le subordonné, le gouvernement et les sujets. Comme nul n’accepte un devoir sans salaire, tout devoir crée un droit. L’esclave n’a pas de devoir, parce qu’il n’a pas de droit ; mais il y a pour lui une nécessité morale, qui a pour principe la force