Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1867, tome 3.djvu/37

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jeté par Jacques ier au parti puritain. Tant qu’il n’avait été que roi d’Écosse, Jacques avait dû se soumettre aux exigences de ce parti qui, fort puissant dans le nord, avait fait prohiber les représentations théâtrales par le synode presbytérien réuni à Édimbourg en 1575. Devenu roi de la Grande-Bretagne, Jacques profitait de son accroissement d’autorité pour se venger de cette secte impérieuse en imposant partout les spectacles prescrits par elle.

Dès lors, par une singulière conséquence, la cause de l’art dramatique en Angleterre fut intimement unie à la cause de la royauté. Le théâtre et le trône, liés ensemble, eurent désormais les mêmes ennemis. Battus en brèche l’un et l’autre par la coalition des haines politiques et des fanatismes religieux, ils durent subir les mêmes secousses et résister aux mêmes assauts, avant d’être précipités dans la même catastrophe.

Le livre de l’avocat Prynne, le fameux Histriomastyx, publié en 1632, fut le premier cri de guerre de la croisade puritaine. Ce livre, que son auteur expia trop cruellement par l’exposition au pilori, par la mutilation de ses oreilles, et par un emprisonnement de plusieurs années, dénonçait à l’animosité publique la prédilection de la dynastie régnante pour les représentations théâtrales, et censurait, au nom de la morale et de la religion, l’auguste faveur accordée à de profanes exhibitions. À entendre Prynne, les salles de spectacles, ouvertes obstinément par une licence royale, n’étaient pas autre chose que les succursales des maisons de prostitution[1], et c’était la monarchie elle-même qui re-

  1. Ne croyez pas que j’exagère. Voici un extrait textuel de l’Histriomastyx : « J’ai ouï dire par des personnes bien informées que nos filles publiques se prostituent souvent à la fin des représentations tout près des salles de spectacle, sinon dedans. Nos théâtres, s’ils ne sont pas des lupanars (comme ils pourraient l’être aisément, la plupart des acteurs n’étant que de vils maquereaux,) en sont les cousins-