Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, II.djvu/57

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
47
voyage en france par un français

gallicanisme, par une hypocrisie et une effronterie de plus — et ce, de telle sorte que dans les campagnes la foi, effarouchée par d’absurdes austérités, privée presqu’en totalité du premier et du plus persuasif des sacrements, en vertu de lamentables scrupules, en était arrivée à ne plus consoler la résignation des pauvres gens. Dans les villes, bourgeois et artisans, las de ternes et froids sermons où ne brûlait plus la flamme évangélique, indécis entre le roi qui disait non et le parlement qui disait oui — (tous deux d’ailleurs décidant en matière dogmatique avec un aplomb tout anglican) — s’en allaient des églises et couraient aux journaux naissants, aux éditions hollandaises et à l’Encyclopédie, y puiser, à défaut d’un christianisme pharisaïque qui se figeait ésotériquement dans une dure littéralité, des doctrines quelconques et une règle de conduite à tout hasard, puisque la lumière était sous le boisseau et que le sel de la terre allait s’affadissant de jour en jour, cum privilegio. Les couvents eux-mêmes se laissaient envahir par la « communion non fréquente » et, naturellement, voyaient les vocations abandonnées à la raison, c’est-à-dire à l’infirmité humaine, s’alanguir et mourir de leur mort naturelle, — c’est bien le mot, — l’aliment surnaturel n’étant plus là pour leur redonner force et vaillance aux heures dé-