Paris exposition 1900/Père-Lachaise

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Paris exposition 1900 : guide pratique du visiteur de Paris et de l'exposition
Hachette (p. 150-154).

PÈRE-LACHAISE, CIMETIÈRE DU ou cimetière de l’Est. Par la variété de ses monuments dressés en belles œuvres sculpturales, le Père-Lachaise est une des importantes curiosités de Paris. Les numéros de notre plan indiquent les Divisions et l’emplacement des principales tombes.

Entrée principale : Bd Ménilmontant.

Omnibus : Pl. d’Italie-Charonne. Tramways : Pl. de la République-Romainville || La Villette-Pl. de la Nation. Ouvert toute l’année, à partir de 7 h. du m. Pour annoncer la fermeture, on sonne une cloche, et les gardiens vous avertissent. (Au passage d’un enterrement se découvrir.) On peut visiter le cimetière en voiture si l’on ne suit que les grandes allées. On trouve au Pavillon des Conducteurs (à dr. de l’entrée) des Ciceroni et des Guides (5 fr. pour un touriste, 1 fr. par personne en plus) qui en 1 h. 1/2 font voir les principaux monuments.

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plan du cimetière du père-lachaise

Avec notre Itinéraire, notre Plan, et les indications supplémentaires qu’on pourra demander aux gardiens, on peut se passer d’un cicérone. Il faudrait 4 jours pour visiter entièrement l’immense nécropole.

Dès la porte d’entrée, on aperçoit, au fond de l’Avenue Principale, le Monument aux Morts, de Bartholomé (V. plus loin).

En remontant cette avenue, tourner à dr. dans la première allée (qui conduit au Bureau du Conservateur) et prendre, à dr., le premier chemin, qui conduit au tombeau de Félix Faure. C’est un buisson de couronnes, un amoncellement de perles de verre multicolores, sous lequel disparaît totalement le monument funéraire.

Revenir sur ses pas et suivre le côté gauche de l’Av. principale. Sur une même ligne se succèdent les tombeaux de Visconti (m. 1854), l’architecte du Louvre ; des Dantan, statuaires (dans la décoration de ce tombeau, le lierre sculpté étreint les cariatides ) ; et de Rossini, dont les cendres reposent à Florence (m. 1868) ; d’Alfred de Musset (m. 1857), avec un buste en marbre blanc. Le saule que le poète a voulu sur sa tombe a été déjà remplacé trois fois.

Viennent ensuite : les tombeaux des généraux Clément Thomas et Lecomte, fusillés par la Commune (1871), de Lenoir et Varin (statue de Pleureuse) ; de Paul Baudry, l’auteur des belles décorations de l’Opéra (m. 1886). Son buste est couronné par la Gloire. La Douleur qui se lamente au bas de cette apothéose est une des plus belles œuvres de Mercié.

Le Monument aux Morts. Au bout de l’Avenue principale, la grandiose composition de Bartholomé.

Au milieu du vaste Mausolée, un couple franchit le seuil mystérieux de la Mort. A dr. des figures en haut-relief symbolisent l’épouvante humaine. Même préparé et résigné à sa fin, le Juste ploie les genoux. Vieillie, usée par les labeurs, une mère, le visage voilé par ses cheveux gris, pleure de ne pouvoir être utile encore à ceux qu’elle laisse. Toutes les femmes vont à la mort tremblantes, la face cachée, soutenues par la tendresse des hommes. Les enfants n’ont que la curiosité un peu craintive de ce qui arrivera. Enfin, une jeune fille envoie des baisers à ceux qu’elle regrette, à l’existence qu’elle eût voulu vivre.

Au-dessous, sur le soubassement du mausolée, l’artiste, selon la conception spiritualiste, a exprimé que la lumière de l’Immortalité et de la Consolation triomphe de l’Ombre des tombeaux.

Nous redescendons l’Av. principale en longeant les tombeaux du peintre Couture (m. 1879), sculptures par Barrias ; du philosophe Cousin (m. 1867), buste par Dantan ; de l’astronome Fr. Arago (m. 1853), buste par David.

Par l’Avenue du Puits, nous nous rendons au CIMETIERE ISRAÉLITE.

A dr., tombeau de Rachel, la grande tragédienne (m. 1858). A l’intérieur du monument, deux gigantesques Pensées symboliques. La façade est couverte d’inscriptions laissées par les visiteurs à la louange de l’artiste. — Plus loin, à g., tombeau des Rothschild (belle porte en bronze surtout remarquable par le grand R qui orne seul la façade).

Après avoir suivi jusqu’au bout l’allée du Cimetière Israélite, tourner à g. en longeant le mur pour se trouver devant le tombeau d’Héloïse et Abélard. Les statues des deux amants infortunes proviennent d’une ancienne abbaye fondée par Abélard.

A g., un chemin (Chemin d’Héloïse et d’Abélard) nous conduit à l’Av. Casimir-Périer où nous signalerons à dr. le tom beau de Robertson, physicien et aéronaute (m. 1857), curieux par les scènes de fantasmagorie gravées sur la face droite du monument.

Nous arrivons au GRAND ROND dominé par la statue de Casimir Périer ministre de Louis-Philippe et grand orateur (m. 1832). Près de ce monument officiel, se trouve, à l’Ouest, tout un groupe de tombeaux célèbres. On y arrive par l’Avenue de La Chapelle et le Chemin Méhul. Entre cette dernière voie et le Chemin Denon, reposent les musiciens Chopin (m. 1849), Cherubini (m. 1842), Grétry (m. 1813), Boieldieu (m. 1834), Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de Paul et Virginie (m. 1814), le poète J. Delille (m. 1813). En tournant à g., l’acteur Talma (m. 1826) et Tamberlick, le célèbre ténor (m. 1889).

Mais toutes ces tombes ne sont pas faciles à découvrir, et nous conseillons au touriste de suivre l’Avenue des Acacias après avoir vu derrière le monument Casimir Périer les tombeaux du mathématicien Monge (m. 1820) et de Raspail. Le sculpteur a donné la forme d’une prison au tombeau de celui qui subit si souvent l’incarcération pour cause politique.

L’AVENUE DES ACACIAS : Bordée de monuments somptueux, c’est le * grand boulevard de la Cité des Morts.

A g., Champollion (m. 1836), qui par ses études nous a révélé toute l’ancienne Égypte ; sur le même côté, Kellermann, un des grands généraux de l’Empire (m. 1820). On aperçoit de là à g. la * grande chapelle érigée en l’honneur de la princesse Demidoff, monument curieusement et fastueusement orné dans le goût asiatique. A g., Sieyès, membre du Directoire et auteur de la célèbre brochure sur le « Tiers-État » (m. 1836). — A dr., les Talleyrand de Périgord n’ont qu’une sépulture modeste à peu de distance de fastueuses sépultures appartenant à des familles moins illustres. — A g., Gouvion Saint-Cyr, général du premier Empire (m. 1830), statue par David d’Angers ; tombeau de Macdonald, maréchal de l’Empire (m. 1840) ; de Dupuytren, l’illustre chirurgien (m. 1835) ; puis de l’auteur dramatique Scribe (m. 1830). — Nous quittons l’Allée des Acacias pour suivre LE CHEMIN SUCHET ET MASSÉNA : Nous sommes là dans le cimetière des guerriers. A dr. Suchet, maréchal de l’Empire (m. 1826) ; Masséna, duc de Rivoli (m. 1817) ; Larrey, le chirurgien militaire (m. 1848). A g. encore le général Gobert (m. 1808) dont le * tombeau est orné d’une Statue équestre, un des chefs-d’œuvre de David d’Angers.

A dr. du Chemin Masséna, dans le massif : la chapelle de Lord Seymour et la tombe qui réunit Manuel, représentant du peuple (m. 1827), et Béranger (m. 1857). Bien que située dans un coin du cimetière d’un accès malaisé, la tombe du chansonnier populaire est toujours ornée de quelque modeste bouquet.

A g. du Chemin Masséna, le Monument du Général Foy (m. 1825), statue par David.

Nous suivons le Chemin Saint-Louis jusqu’au Chemin Camille-Jordan pour gagner le Chemin.

Les tombes de Molière et de La Fontaine sont réunies dans une enceinte fleurie par l’administration du cimetière. Il n’y a qu’un nom sur le tombeau de l’auteur du Misanthrope. Sur la pierre du bon La Fontaine triomphe le Renard dont le fabuliste a célébré les malins tours. — Plus loin, à dr., tombeau du sculpteur Pradier (m. 1852).

Par le Chemin du Bassin, nous gagnons L’AVENUE DE LA CHAPELLE, qui, formant terrasse, domine toute la partie Ouest du cimetière. En tournant à dr. dans cette avenue, nous passons à g. devant le tombeau du peintre Géricault (m. 1824), à dr.. devant le Monument de Thiers (m. 1877), dont le tympan est orné d’un haut-relief par Chapu, le Génie du patriotisme. L’intérieur du mausolée, qui renferme des sculptures par Mercié et Chapu, n’est pas visible.

Plus loin, la Chapelle du Cimetière n’offre rien de remarquable.

Sur le même côté : le baron Taylor (m. 1879), auquel les gens de lettres et les artistes doivent la fondation de leurs Sociétés.

Nous quittons l’Avenue de la Chapelle pour prendre à dr. le Chemin de Mont-Louis.

A dr., * monument érigé à Barbedienne, le grand éditeur de bronzes (m. 1892). Le buste est de Chapu, les trois figures de Boucher.

A g., près du rond-point, * tombeau du duc de Morny (m. 1865), ministre de Napoléon III. Heureux emploi d’un motif décoratif emprunté à un arrangement de draperies.

En tournant autour du rond-point à dr., * Michelet (m. 1875). Sur un haut-relief, le grand historien est étendu mort, lassé de la grande œuvre accomplie. Une figure symbolique, l’Histoire, se dresse sur son lit d’éternel repos. Et une inscription rappelle le fameux mot de l’écrivain : « L’histoire est une résurrection. »

Plus haut, toujours à dr., Eug. Delacroix, le grand peintre, mort en 1864.

En revenant sur nos pas : Casimir Delavigne, l’auteur des Enfants d’Edouard (m. 1843), et le sculpteur animalier Barye (m. 1875).

En suivant le Chemin Casimir Delavigne, nous passons devant la tombe de Balzac (m. 1850), l’écrivain qui, le premier, sous la forme du roman, la Comédie humaine, donna une vision complète et puissante des mœurs et des idées de son temps.

Plus haut, à g., le romancier familial Souvestre (m. 1854), et à dr. le doux nouvelliste Ch. Nodier (m. 1844). Dans le même chemin, haute pyramide de Dias Santos, et, derrière, le « pain de sucre » de Félix de Beauséjour (m. 1836), ancien consul.

Ce monument, de 32 m. de haut, que le défunt a édifié lui-même pour sa renommée, n’a que le mérite de signaler au touriste un des points du cimetière, d’où l’on peut apercevoir un Paris lointain estompé de vapeurs ou de fumées.

On peut se rendre de là, en suivant l’Avenue des Thuyas et en tournant à dr. dans l’Avenue Transversale n° 2, au Four crématoire (V. plus loin).

Les visiteurs pressés viendront au Rond-Point, dans l’Avenue Cail, monument de Marie Desclée (m. 1874), la charmante comédienne, la gracieuse créatrice de « Froufrou », et plus loin, à dr., grande et riche Chapelle du constructeur de ; machines Cail (m. 1858). Ici, nous tournons à dr., dans l’Avenue Circulaire, pour nous arrêter devant le Monument des Soldats français tués pendant la guerre de 1870-1871, grande pyramide gardée aux 4 angles par des statues de soldats, œuvres de Schrœder et Lefèvre. A la grille qui protège ce monument commémoratif, les familles ont accroché de petits cadres où sont exposées des photographies de soldats morts récemment dans nos campagnes d’Indo-Chine et d’Afrique.

A g. en descendant l’Avenue, la tombe d’Ajubault, constructeur (m. 1868). Plus bas, même côté : Marie Carvalho (m. 1896), * haut-relief par Mercié. La cantatrice est représentée dans l’une de ses créations. A ses pieds, des roses, un luth et un rossignol.

A g., au coin de l’Av. Circulaire et du Chemin Ornano : Floquet (m. 1896), orateur et homme politique. Buste sur fût de colonne. La République gravit des degrés pour lui offrir une couronne de laurier.

A côté, Anatole de la Forge (m. 1892) qui organisa la défense de Saint-Quentin en 1870. Statue en bronze, par Barrias.

Proche est le monument Cernuschi (m. 1897), qui a légué à la ville de Paris sa Collection d’objets d’Art Sino-Japonais (V. Musées). A côté, le directeur des travaux de la ville de Paris, Alphand (m. 1891), continuateur de Haussmann, n’a qu’une tombe modeste surmontée d’un buste, par Coutant.

De là, suivre l’Av. Circulaire jusqu’à l’Av. Principale pour gagner la Grande Porte du cimetière.

Au cours de notre excursion à travers ces 43 hectares de terrain couvert de monuments, nous avons volontairement négligé de visiter les curiosités trop éloignées de notre itinéraire.

Par ex. : la superbe Chapelle Renaissance de la famille Terri, avec 4 statues de Lenoir ; la tombe de Victor Noir, tué d’un coup de revolver par le prince Bonaparte, le 10 janvier 1870 (statue de Dalou) ; la belle chapelle d’Ycasa, avec groupe de statues de Puech ; la tombe du révolutionnaire Eudes (m. 1888), membre de la Commune.

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LE FOUR CRÉMATOIRE (Av. de la Nouvelle Entrée et Avenue Transversale n° 2), où se trouve le tombeau du caricaturiste André Gill, mort fou).

Le Four crématoire à dr., surmonté de deux hautes cheminées, a été construit en 1887 pour l’incinération des cadavres.

Pour le visiter, adresser une demande quelques jours d’avance (timbre pour la réponse) au Directeur des Affaires municipales, à l’Hôtel de Ville, annexe de la R. Lobau.

Le public qui suit un convoi est introduit dans une salle où l’on n’aperçoit que la bouche du four. Placé sur un chariot roulant sur des rails, le cercueil est introduit dans la Chambre de combustion : le corps est incinéré par réfraction (température de 800 degrés). — L’incinération dure de 26 min. à 1 h., et il ne reste du corps qu’une poudre blanche du poids moyen de 1 kilo. L’incinération, suivant la classe, coûte de 50 à 250 fr. et donne droit à une place dans un columbarium ou monument destiné à recevoir les urnes funéraires.

Non loin du four crématoire se trouve le cimetière musulman.

LE MUR DES FÉDÉRÉS, à dr., au fond (demander au gardien). Tous les ans, le 28 Mai, les révolutionnaires y vont déposer des couronnes rouges.

Le Père-Lachaise fut l’un des derniers refuges des Fédérés de la Commune de 1871.

Dès le jeudi 25 mai, ils avaient installé tout prés du monument du duc de Morny, qui servait d’abri aux munitions, une batterie de 10 pièces de 7 qui tirait sans relâche sur les quartiers de Paris déjà occupés par l’armée régulière.

Le samedi 27 mai, à la tombée de la nuit, un détachement du 47e de ligne fit irruption dans le cimetière, où l’on se battit furieusement. De nombreuses lombes gardent encore les traces des balles.

Le lendemain dimanche 28 mai, aux premières heures du jour, 148 prisonniers furent fusillés ensemble à l’emplacement devenu célèbre sous le nom de Mur des Fédérés.

Les cadavres furent enterrés dans une fosse creusée au pied de ce mur.

Delescluze, le dernier ministre de la Guerre de la Commune, a son tombeau tout près de l’emplacement où étaient installées les batteries d’artillerie fédérées.