Paroisse de Charlesbourg/01

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Imprimerie générale A. Côté et Cie (p. 1-58).

PAROISSE
DE
CHARLESBOURG
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I

Les temps primitifs

Depuis son origine jusqu’à l’année 1700


La paroisse de Charlesbourg est une des plus anciennes du pays, et on peut dire aussi, sans crainte d’être contredit, que cette paroisse, dont le site enchanteur se développe en amphithéâtre au pied des Laurentides et en regard de Québec, est une des plus belles paroisses de nos campagnes. Ceux qui, dans les jours de la belle saison, se donnent le plaisir de la visiter, reviennent de leur excursion pleins d’une admiration enthousiaste pour les magnifiques points de vue qu’elle offre de tout côté au regard étonné ; ceux aussi qui s’arrêtent à la contempler des hauteurs de la vieille cité de Champlain, ne peuvent s’empêcher de donner libre cours à la même admiration pour le splendide tableau qu’ils ont devant les yeux.

On dit : « Voir Naples et mourir. » Eh ! bien, nous avons vu Naples et du haut du fort Saint-Elme nous avons contemplé avec bonheur le magnifique panorama qui se présente alors au regard, et cependant, après avoir admiré ce que la nature, embellie par l’art, offre de plus charmant, au dire des voyageurs, nous n’avons pas voulu mourir sans revoir Québec et, dans les environs de cette ville, la paroisse de Charlesbourg, la petite patrie de notre joyeuse enfance[1].

Les premiers temps de cette paroisse, cependant, comme les commencements de beaucoup d’autres places devenues importantes, ont été bien humbles et bien pénibles. Malheureusement les détails sur ces commencements font souvent défaut, ou ne peuvent tout au plus que se déduire de ce qui est connu et s’est passé ailleurs dans ces temps primitifs de la colonie.

C’est ce qui arrive presque toujours à la fondation d’une nouvelle place ou d’une nouvelle institution ; on ne prend point note des premiers faits qui s’y passent parce que ces faits semblent n’avoir aucune importance, et cependant « ce qui se fait pour la première fois dans une place, avons nous dit dans des notes sur la Baie Saint-Paul, les plus petits détails des actions de ses premiers habitants intéressent toujours et cet intérêt croît avec le temps et l’importance des lieux. » Si, à l’exemple des premiers missionnaires du pays, aux observations desquels rien n’échappait, on avait dans chaque paroisse recueilli religieusement tous les souvenirs, si l’on avait noté tous les faits les plus remarquables, quelle précieuse collection de mémoires n’aurait-on pas formé pour la brillante histoire de notre belle patrie !

Mieux vaut tard que jamais, cependant, et l’on ne doit point oublier que, si nous aimons à connaître ce qui s’est passé avant nous dans les lieux où la Providence nous appelle à jouer le petit rôle de notre vie, ceux qui nous remplaceront auront le même désir. C’est ce que comprennent aujourd’hui la plus grande partie des curés de la province, et c’est ce que comprend aussi ce nombre toujours croissant d’hommes instruits qui, avec une persévérance Bénédictine, digne de tout éloge, s’occupent de l’histoire du Canada qu’ils enrichissent de nouveaux et précieux écrits.

Les premiers colons qui se décidèrent à s’éloigner du fort de Québec, qui les protégeait contre les incursions des sauvages, suivirent naturellement le fleuve Saint-Laurent sur les bords duquel ils se fixaient et où furent aussi bâties les premières chapelles que les missionnaires allaient desservir en canot. La paroisse de Beauport, à raison de sa proximité de la ville, fut la place où d’abord durent se fixer les premiers habitants de la campagne venus du Perche, et surtout de Mortagne, avec Sieur Robert Griffard qui arriva à Québec, le 14 juin 1634, et auquel la seigneurie de Beauport avait été concédée, le 15 janvier précédent. On peut donc regarder cette paroisse comme la plus ancienne après celle de Québec.

Mais il est probable que les excellentes terres de Charlesbourg, en vue et près de la petite ville qui venait de prendre naissance sur le Cap Diamant, attirèrent tout d’abord l’attention des premiers Français qui venaient en Canada avec le dessein de s’y établir, et que, peu de temps après les premiers établissements faits sur les bords du fleuve, à Beauport et à la Côte de Beaupré, des colons se décidèrent à s’y fixer. Mais il n’est guère possible de constater en quelle année se fit la première habitation et par qui elle fut faite ; cependant, d’après le Dictionnaire Généalogique de l’Abbé Tanguay, on pourrait croire que Paul Chalifou (ou Chalifour), marié à Québec, le 28 septembre 1648, à Jacquette Archambault, et qui alla s’établir à Charlesbourg après son mariage, fut, si non le premier, au moins un des premiers habitants de cette paroisse[2].

Le recensement de la colonie que l’Intendant Talon fit faire en 1666, fait connaître qu’il y avait alors à Charlesbourg, y compris l’habitation de Notre-Dame des Anges, 24 habitants mariés, 10 habitants non mariés et 6 volontaires, donnant, avec les femmes et les enfants, un total de 100 âmes seulement pour tout le territoire qui forme aujourd’hui les deux paroisses de Charlesbourg et de Saint-Ambroise ; car il faut bien remarquer dès à présent que la paroisse de Saint-Ambroise toute entière, qui n’a commencé à être habitée qu’après celle de Charlesbourg, a longtemps fait partie de cette dernière paroisse comme nous le verrons.

De tous les habitants qu’il y avait à Charlesbourg, lors de ce recensement de 1666, huit chefs de familles seulement ont laissé des descendants dans la paroisse : ce sont Isaac Bedard, marié à Marie Girard ; Jacques Duhault, marié à Marie Lemoyne[3], Mathurin Roy dit Audy, marié à Marguerite Bire ; Jacques Galarneau, marié à Jacqueline Héron ; Jacques Renaud, marié à Marie Charié ; Paul Chalifour, marié à Jacquette Archambault ; Étienne Pasquier, ou Paquet, marié à Henriette Rousseau et Thomas Touchet, marié à Suzanne Ferrier.

Ce même recensement de 1666 fait connaître de plus que, parmi les premiers habitants de Charlesbourg qu’il mentionne et dont plusieurs, soldats licenciés du régiment de Carignan, n’étaient pas mariés, il y avait 5 charpentiers, 2 menuisiers, 2 maçons, 2 cordonniers, 2 tailleurs d’habits, 1 jardinier, 1 tisserand, 1 chapelier, 1 pâtissier cuisinier ; c’est-à-dire qu’ils exerçaient ces métiers avant de venir en Canada[4].

Quoiqu’il en soit du temps où les premiers habitants de la paroisse vinrent s’y fixer, il est certain au moins qu’ils allèrent placer leurs demeures non loin de la ligne actuelle de séparation entre la paroisse de Charlesbourg et celle de Beauport, dans un lieu peu éloigné de l’endroit où plus tard fut construite une demeure devenue célèbre sous les noms de Château-Bigot, de l’Hermitage ou de Maison de la Montagne. Ils donnèrent au lieu qu’ils avaient choisi le nom de Bourg-Royal qu’il porte encore aujourd’hui. Ce fut près de là, dans un lieu qu’ils appelèrent Bourg-la-Reine, que ces premiers habitants bâtirent la première petite chapelle de la paroisse.

Mais à quelle époque remonte la fondation de cette première chapelle ? quand et par qui y fut dite la première messe ? combien d’année elle a servi au culte ? quand fut-elle abandonnée pour être remplacée par la chapelle bâtie au village de Charlesbourg, c’est-à-dire, à l’endroit où est l’église actuelle… ? Voilà autant de questions auxquelles il n’est pas possible de répondre. Mais la tradition de son existence n’a jamais été interrompue et ne souffre aucun doute, On montre encore aujourd’hui (1887) la place de cette petite chapelle de Bourg-Royal, près de la demeure actuelle des Demoiselles Déry et sur un terrain appartenant maintenant à M. Xavier Griroux. On conserve avec un soin religieux dans la demeure de M. Xavier Paradis, un des voisins du lieu où était cette première chapelle, des petits chandeliers et deux ornements en noyer noir, et peinturés, qui ont servi à cette petite chapelle de Bourg-Royal. Il y a aussi dans cette maison un vieux buffet en noyer noir, et peinturé à l’extérieur, qui date des premières années de l’établissement de la paroisse. Ces ouvrages, vieilles reliques du temps passé, que nous avons visités dernièrement avec grand intérêt, ne semblent avoir été travaillés qu’avec un couteau.

On conserve aussi, dans la demeure de M. Napoléon Bedard, une petite statue que la tradition donne comme ayant appartenu à cette petite chapelle.

Pour mieux se protéger contre les attaques des sauvages, auxquelles nos pères étaient si souvent exposés, ils avaient fait tracer en triangles les terres qui leur avaient été concédées et avaient placé leurs demeures au sommet de ces triangles. Par cette sage disposition, réglée par les Jésuites, Seigneurs de ce domaine, ces demeures se trouvaient toutes rapprochées les unes des autres.

Le nombre des nouveaux colons arrivés de France et qui voulaient s’établir sur ces belles terres de Charlesbourg, augmentant chaque année, on ne fut pas longtemps sans penser à former un nouveau village, plus complet que celui de Bourg-Royal, et on choisit pour cela une des plus charmantes et des plus avantageuses situations qu’il fut possible de trouver.

Les Jésuites, auxquels les terres de Bourg-Royal et celles où est actuellement située l’église, avaient été données en fief par le Duc de Ventadour, Vice-Roi de la Nouvelle-France, le 10 mars 1626[5], et qui par conséquent, en étaient les Seigneurs, concédèrent ces terres et les firent tracer, comme à Bourg-Royal, en triangles dont le sommet allait aboutir au lieu où est l’église aujourd’hui et où fut bâtie une petite chapelle qui remplaça pour le service divin la chapelle de Bourg-Royal qui fut alors abandonnée. Cette nouvelle chapelle fut dédiée à Saint-Charles par les Jésuites qui furent les premiers missionnaires de la paroisse.

On tira à une petite distance du sommet de tous ces triangles un trait-carré sur lequel on fit un chemin qui porte encore aujourd’hui le nom de Trait-Carré, qui s’applique aussi à tout le village qui environne l’église. Les nouveaux habitants placèrent leurs demeures en dedans ou en dehors de ce Trait-Carré et formèrent le village de Charlesbourg dont le nom s’étendit dès lors à toute la paroisse.

C’est peut-être ici le temps de faire quelques réflexions sur le sort des premiers colons du pays en général et des premiers habitants de Charlesbourg en particulier.

On dit quelquefois que les premiers habitants du pays ont été heureux de pouvoir s’établir sur les bords du fleuve, ou sur de bonnes et belles terres, voisines de la ville, comme celles de Charlesbourg ; de ne pas être obligés d’ouvrir des terres éloignées et sans voies de communication, comme au Saguenay et dans les Cantons de l’Est. Cela est vrai sous certains rapports, mais cependant il ne faut pas leur envier cet avantage, car il a été amplement compensé par des difficultés bien plus grandes que celles qu’ont à rencontrer les nouveaux colons d’aujourd’hui, et il leur fallut, pour les surmonter, un courage que l’intérêt et l’espérance d’un meilleur avenir pouvaient sans doute alimenter et soutenir, mais que la religion seule pouvait donner.

Il leur fallait d’abord dire adieu à une patrie chérie, à ce beau pays de France, « le plus beau royaume après celui du ciel, » comme on aimait à le dire dans le temps où la religion y fleurissait avec les lis ; il leur fallait traverser l’océan et s’exposer à tous les inconvénients et à tous les dangers d’une longue et périlleuse navigation, dans des vaisseaux voiliers, à la course longue et pleine d’ennuis, pour aller passer leur vie dans un pays sauvage où les choses les plus utiles, et souvent les plus nécessaires, manquaient et qu’il était impossible de se procurer dans ce nouveau pays ; pour aller dans une contrée où ils avaient à affronter les froids excessifs de nos hivers, aux rigueurs desquels ils n’étaient ni habitués ni préparés. Car, il faut bien le remarquer, dans ces premiers temps nos pères n’avaient pas même de poêles, cet ustensile si nécessaire du ménage. Il leur fallait se contenter d’un feu de cheminée[6].

Ils n’avaient point pour l’habillement, comme pour les voitures et les demeures, toutes ces améliorations que l’aisance, l’industrie, le luxe et l’amour du confortable, comme disent les Anglais et les Américains, ont mis en usage aujourd’hui, même chez les cultivateurs. Dans les nouveaux établissements qui se font à présent, au contraire, plusieurs de ces améliorations y sont tout d’abord transportées, et puis on a les magasins des villes où on trouve facilement le nécessaire et l’utile.

Nos pères devaient surtout se condamner à vivre dans un pays couvert de forêts parcourues par des nations sauvages et plus redoutables par leur cruauté que les bêtes féroces qui les habitaient. Ils avaient continuellement à craindre de tomber entre leurs mains, et de devenir le jouet de leurs amusements barbares dans une dure captivité, ou d’être mis à mort au milieu des plus affreux supplices. Il fallait donc un grand courage, et les premiers habitants de Charlesbourg eurent ce grand courage en allant ainsi s’établir au milieu de la forêt et loin du fort de Québec. La tradition cependant ne nous apprend pas qu’ils furent troublés et molestés par les indigènes. Ils durent sans doute cette protection spéciale du ciel à leurs ferventes prières et à la messe fondée par les Jésuites pour la conversion des sauvages, qu’on appelait la messe du vœu, et qui a toujours été célébrée jusqu’à présent dans l’octave de la fête de Saint Charles, comme nous l’avons mentionné précédemment dans une note.

Quel ennui aussi de vivre dans des privations continuelles et de tout genre, au milieu des souches et des chicots noircis par le feu ! de vivre en compagnie des moustiques et des maringouins dans l’été, dans de petites chaumières de bois rond ou grossièrement équarri, souvent couvertes en paille, mal éclairées pendant le jour par quelques petites fenêtres, et le soir par la lumière terne et blafarde d’une lampe à bec remplie de mauvaise huile, ou par la pâle lumière d’une chandelle de suif au lumignon fumant ! On ne pensait pas alors à l’huile de pétrole, ni au gaz et encore moins à la lumière électrique.

Quel ennui encore, les dimanches et fêtes, de ne pouvoir se réunir que dans une petite chapelle couverte en paille « bâtie de pieux et prête à tomber » dit un mémoire de 1683 que nous allons bientôt citer.

Point de poêle dans cette chapelle, cela va sans dire, car le luxe des poêles dans les églises n’a été introduit, comme on le sait, que depuis 1840 environ[7].

Et pour se rendre à cette chapelle, de même que pour aller à Québec, que de fatigues en été et de misères en hiver ! D’abord les chemins, à peine ouverts, étaient loin d’être macadamisés et dans des terres fortes et basses, comme au Gros Pin, quelle triste suite de cahots et de bourbiers il fallait traverser !

Il faut bien remarquer encore que dans les premiers temps, avant 1665 au moins, et même plusieurs années après cette date, il n’y avait pas un seul cheval à Charlesbourg, puisque, d’après le Journal

des Jésuites, le premier cheval amené en

Canada est arrivé à Québec, en 1647, et fut mis à l’usage de Montmagny, second gouverneur du pays ; et que le second envoi de ces animaux, si utiles ou plutôt si nécessaires, surtout aux agriculteurs, n’arriva que dans l’été de 1665. C’était toujours grande réjouissance à l’arrivée des vaisseaux venant de France, mais cette année là, « ce qui causa une grande joie parmi les habitants et un vif étonnement aux aborigènes, dit l’abbé Ferland, fut le débarquement de douze chevaux que le roi envoyait au Canada. À l’exception d’un cheval donné près de vingt ans auparavant à M. de Montmagny, c’étaient les premiers qu’on y voyait. Aussi les sauvages examinèrent attentivement et s’étonnaient que les orignaux de France fussent si traitables et si soumis aux volontés de l’homme. »

Il fallait donc aller à pied, ou dans de misérables voitures traînées par des bœufs. Triste et ennuyante manière de voyager, surtout dans les tempêtes et les grands froids de l’hiver, et d’autant plus pénible qu’il faut se rappeler qu’on était loin alors d’avoir ce luxe d’habits à fourrures dont on se couvre aujourd’hui, et de voyager dans de belles carrioles couvertes, pourvues de bonnes peaux de buffles ou d’autres animaux. Nos bonnes grand’mères allaient ainsi à l’église, à la ville… n’ayant sur leurs genoux que des couvertes de droguet ou des catalogues ; sur la tête une câline comme en France, mais que la nécessité apprit bientôt à doubler et à redoubler de manière à former une coiffure chaude, connue sous le nom de Grosse-Tête ou de Thérèse, et dont l’usage s’est longtemps conservé ; et sur les épaules un simple châle ou une mente d’indienne redoublée.

Mais ne nous arrêtons pas plus longtemps à considérer le sombre tableau des misères qu’eurent à endurer nos pères, et entrons dans le récit des évènements qui ont été accomplis pour fonder cette belle et riche paroisse de Charlesbourg, si légitimement fière aujourd’hui de ses terres améliorées, de ses routes macadamisées, de ses jardins et de ses vergers, de ses résidences toujours propres et souvent du meilleur goût, de ses nombreuses écoles, de ses deux couvents, de sa chapelle de Notre-Dame des Laurentides, de son église si richement et si convenablement décorée à l’intérieur, et dans laquelle les sons d’un orgue puissant et harmonieux réjouissent les oreilles des heureux paroissiens du temps présent, et guident les voix bien exercées d’un chœur de chantres auxquels le zèle et le bon goût ont attiré une réputation flatteuse, depuis longtemps bien connue et justement méritée.

Le plus ancien document des archives de la fabrique de Charlesbourg est le premier cahier des « Comptes et Délibération » qui remonte au 25 mars 1678 (les 2 premières pages manquant).[8] Ce cahier nous apprend que le dernier Père Jésuite qui desservit la paroisse, avant que les prêtres du Séminaire de Québec fussent chargés de cette desserte, et aussi le premier prêtre connu comme desservant fut

LE PÈRE GUILLAUME MATHIEU
1er Desservant connu.

Il faisait les fonctions de curé à Charlesbourg avant la reddition des comptes du premier marguillier connu, Jacques Bedard, le 7 juillet 1675. L’abbé Tanguay, dans son « Répertoire du Clergé Canadien » que nous aurons occasion de citer plusieurs fois, dit que le Père Guillaume Mathieu, « Jésuite, arrivé le 5 août 1667, fut employé, en 1670, à Sillery, et à Charlesbourg, en 1674. Il partit pour retourner en France, le 6 octobre 1684. »

Le Père Mathieu avait pu se procurer pour la paroisse de Charlesbourg deux reliques qui, malheureusement, n’existent plus ; c’était une partie de la robe de Saint Charles et sa propre signature, renfermées dans un buste de ce Saint. Il avait obtenu ces reliques, le 27 mars 1674, du Père Paul Oliva, général des Jésuites, par l’entremise du Père Calvé, alors procureur de la province de France à Rome. M. de Bernières, Vicaire-Général, avait permis, le 20 octobre suivant, au Père Mathieu, d’exposer ces reliques. C’est tout ce que l’on sait de l’administration de ce premier prêtre connu qui a desservi la paroisse. Le mémoire du Frère Joseph, de la Compagnie de Jésus, dont on va parler et qui fut présenté en ce temps pour le règlement des comptes des Jésuites avec le Séminaire de Québec, fait connaître, de plus, que les Jésuites voulaient charger 30 livres au Séminaire pour la nourriture du Père Mathieu pendant qu’il desservit la paroisse ; mais, en fin de compte, cette demande fut abandonnée.

À cette époque donc, c’est-à-dire vers le 7 juillet 1676, les Jésuites abandonnèrent la desserte de la paroisse dont le Séminaire de Québec se chargea, conformément à la volonté de Mgr de Laval, premier Évêque du pays. Par un mandement du 26 mars 1663, sanctionné par le roi de France, au mois d’avril suivant, il avait affecté toutes les dîmes des paroisses au Séminaire de Québec qu’il venait de fonder et qu’il voulait mettre en état de subvenir à ses dépenses, tant pour l’éducation que pour la desserte des cures qu’il voulait lui annexer et dont il voulait le charger. Ce règlement ne fut en vigueur que jusqu’en 1692, où il fut aboli par son successeur, Mgr de St. Vallier[9].

Ce changement dans la desserte de la paroisse nécessita un règlement des comptes, des recettes et des dépenses faites par les Jésuites, le Séminaire de Québec et les marguilliers. Le Frère Joseph, agissant comme procureur des Jésuites, présenta un mémoire, [10] le Séminaire en fit autant relativement à ce qu’il avait reçu pour l’église ; les marguillers Pierre Cicateau, Olivier Le Roy, Pierre Lefebvre et Pierre Grolleau, successivement marguilliers, depuis 1675 à 1680, présentèrent aussi leurs comptes et tout fut réglé dans une assemblée des marguilliers, le 24 juin 1680 présidée par

MONSIEUR CHARLES GLANDELET,
2ème Desservant,

Monsieur Glandelet était prêtre du Séminaire de Québec et il est le premier prêtre séculier qui a desservi la paroisse après les Jésuites. Arrivé en Canada au mois d’août 1675 il avait été aussitôt chargé de la desserte de Charlesbourg. Tous les comptes et notes du premier cahier de la fabrique ont été écrits et signés par lui, depuis l’acte de l’élection comme marguillier de Pierre Martel, le 25 mars 1678, jusqu’au 18 mai 1681 où ce même Pierre Martel, du village de Saint Joseph, fut réélu de nouveau, parce qu’étant parti pour la France la même année de sa première élection, « sans laisser espérance de retour, » dit l’acte, il avait été remplacé l’année suivante.

Par les comptes du Frère Joseph on voit qu’avant le 16 avril 1675 les Jésuites avaient acheté une cloche, (la première de la paroisse,) qu’ils avaient payée 61 livres (environ $10.20). Elle devait avoir la voix bien faible, cette petite cloche de dix piastres comparée aux riches accords des carillons de plusieurs mille livres qu’il est de mode aujourd’hui d’installer dans les tours, aux flèches élancées, de nos magnifiques églises.

Dès les premiers temps de la paroisse l’usage de rendre le pain bénit, selon l’expression reçue, était établi, et on rendait au moins ce qu’on appelait des pains bénits de dévotion aux grandes fêtes, car en 1675, le Frère Joseph avait donné 3 livres de vingt sous « pour payer Cicateau de deux pains bénits offerts l’un à la Saint-Charles et l’autre à Pâques. » Cet usage de rendre le pain bénit, si respectable par son antiquité et par le souvenir des Agapes des premiers chrétiens qu’il rappelait, a été conservé jusqu’à ces derniers temps, et n’a été abandonné qu’à raison des inconvénients et des abus qui s’étaient introduits et dont on parlera plus tard.

M. Glandelet acheta, en 1679, le premier calice d’argent que la fabrique a possédé ; jusque là on s’était servi d’un calice que les Jésuites apportaient avec eux dans leurs missions.

C’est pendant que M. Glandelet desservait la paroisse qu’il est fait mention pour la première fois d’un bedeau, personnage important dans l’église puisque, suivant la réponse d’un enfant un jour au catéchisme, c’est lui qui l’éclaire et la gouverne.

On voit, en effet, par les comptes de Pierre Lefebvre, marguillier, rendant ses comptes du 25 mars 1678 au 3 avril 1679, que le premier bedeau connu de la paroisse fut Jean Boismay ou Boismé[11], auquel les marguilliers n’avaient alloué pour gages que 20 francs par année. C’était peu, mais aussi cette charge n’avait pas alors l’importance qu’elle a aujourd’hui. Le bedeau, dans ce temps, ne portait pas même l’habit de cérémonie, au collet et aux manchettes rouges, car on voit par les comptes de la fabrique que ce fut bien plus tard qu’on lui acheta un habit, et il est bien probable aussi qu’il n’avait pas non plus le bâton de Jacob, surmonté de la fleur de lis, (souvenir de la France d’autrefois) dont il doit se servir lorsqu’il marche en sa qualité officielle de bedeau.

Monsieur Glandelet était un homme distingué et de grands talents. Il travailla pendant 50 ans à l’œuvre du Séminaire de Québec, qui était en même temps chargé alors de la desserte de plusieurs cures et missions. « Il fut, dit l’abbé Tanguay, le premier Théologal du Chapitre, Doyen de ce corps à la mort de M. de Dernières, le 4 décembre 1700 ; supérieur et confesseur des Ursulines, le premier desservant de l’église succursale de la Basse-Ville et supérieur du Séminaire, et longtemps vicaire-général… M. Glandelet mourut aux Trois-Rivières, en juin 1725, âgé de près de 80 ans. » Il fut remplacé dans la desserte de Charlesbourg par

MONSIEUR LOUIS PIERRE THURY,
3ème Desservant.

M. Thury était natif de Notre-Dame de Breuil, évêché de Bayeux. « Venu de France, en 1676, il fut ordonné le 21 décembre 1677, et mourut le 20 novembre 1705, âgé de 53 ans. Il était missionnaire au Cap de la Madeleine, en 1683, et se rendit ensuite à l’Acadie, où il était en 1689. Charlevoix parle de lui avec beaucoup d’éloges. » C’était, dit Charlevoix, « un bon ouvrier et homme de tête, » et Mgr de St-Vallier l’avait nommé son « Vicaire-Général dans toute l’étendue de l’Acadie et Grande Baie Saint-Laurent, » et il parle assez longuement de lui et de ses travaux auprès des Cruciantaux, dans une lettre qui vient d’être publiée dans le premier volume des Mandements des Évêques de Québec (page 203).

L’abbé Tanguay semble ignorer que M. Thury a desservi Charlesbourg, où cependant il faisait les fonctions de curé, en 1683, car il présida, le 4 janvier de cette année, l’élection du marguillier Michel Boutet dit l’Épine, du Bourg Royal, et reçut les comptes du marguillier Étienne Boy, pour 1681 et 1682. De plus, la partie du mémoire de Mgr de Laval de cette année 1683, qui regarde cette paroisse et que nous allons reproduire, nous fait connaître qu’il était alors desservant de Charlesbourg.

En 1683 donc, Mgr de Laval fit faire un « Plan général de l’estât présent des missions du Canada », qui servit de base à un mémoire sur la fixation d’un certain nombre de cures en Canada, qu’il présenta au roi en 1684. Voici ce qu’on y trouve sur la paroisse :

« Monsieur Thury, prêtre, agé de 31 ans, venu de France l’année 1675, (l’Abbé Tanguay dit 1676), dessert la paroisse de Charlesbourg qui est dans les terres à une lieue et demie de Québec du costé du nord-ouest. Cette paroisse est composée de 7 villages, savoir : la petite Auvergne, Saint-Claude, le Bourg-Royal, Saint-Joseph, Saint-Bernard, le petit Saint-Antoine, autrement dit St-Romain. »

« Charlesbourg tient le milieu de tous ces villages qui n’en sont éloignez que d’une lieue au plus ; il y a 77 familles et 397 âmes ; il y a une petite chapelle dans Charlesbourg dédiée à St Charles, qui n’est bastie que de pieux et prête à tomber, sans presbitaire. »

Il n’est pas question dans ce mémoire des villages de Saint-Pierre, de Saint-Bonaventure, du Petit-Village, de la Commune et du Gros-Pin que renferme de plus la paroisse telle qu’elle est aujourd’hui. Ces villages n’étaient probablement pas encore ouverts alors à la culture ou du moins n’étaient pas habités. Il est bien probable aussi qu’il n’y avait pas encore alors un seul habitant résidant dans la partie qui a été séparée de Charlesbourg, le 6 octobre 1796, pour former la paroisse actuelle de Saint-Ambroise, comme on le verra plus tard. D’ailleurs, le recensement de 1666, ne mentionne aucun habitant établi sur tout le territoire de la paroisse de Saint-Ambroise ; tout y était en bois debout[12].

C’est le temps et l’à-propos de donner ici des détails sur cette petite chapelle dont parle le mémoire que nous venons de citer.

De même que nous n’avons pu constater quand fut bâtie la petite chapelle de Bourg-Royal, ni quand elle fut remplacée par celle du Trait-Carré de Charlesbourg, dont parle le mémoire, de même nous n’avons pu rien trouver qui put faire connaître quand cette chapelle du Trait-Carré de Charlesbourg, qu’on peut appeler la première chapelle de la paroisse, fut construite et quand la messe y fut dite pour la première fois.

Ce qu’il y a de certain c’est que la petite chapelle de Bourg-Royal n’était pas construite en 1650, d’après les notes de l’abbé Ferland sur les registres de Québec où il est dit que « dans les environs immédiats de la ville étaient les chapelles de Sillery, de Beauport, de Notre-Dame des Anges et de Saint-Jean sur le coteau Sainte-Geneviève, outre celles de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières, c’étaient les seules qu’il y eût dans la colonie. » Ce qu’il y a de certain encore, c’est qu’en 1675, la chapelle de Charlesbourg était construite au lieu où est l’église actuelle, et elle y était depuis plusieurs années, puisqu’on voit par les comptes de l’année suivante, 1676, que le Frère Joseph avait payé, le 25 avril, pour l’agrandir, la couvrir et la lambrisser. La chapelle de Bourg Royal n’a donc pu exister que peu d’années, tout au plus 20 ans entre 1650 et 1670.

La chapelle de Charlesbourg fut construite sur un terrain appartenant aux Jésuites et qu’ils donnèrent plus tard à la fabrique, le 24 juin 1686[13], par un acte passé devant le notaire François Grenaple, entre le Père Thierry Beschefer, Recteur du Collège de Québec, au nom de la Compagnie de Jésus, et les marguilliers de l’Œuvre, Michel Boutet, Charles Gautreau et Guillaume Regnault, au nom de la fabrique. Ce terrain, que la fabrique possède encore aujourd’hui, après plus de 200 ans, consistait en cinq arpents de terre que les Jésuites avaient fait défricher, et dont trois arpents pour le presbytère et le jardin, puis ce qui sera nécessaire pour l’église et le cimetière, et le reste au profit de la fabrique. Ce don fut fait à la charge par la fabrique d’une messe à perpétuité « pour la conversion des sauvages de ce pays et pour le repos de l’âme de ceux qui sont décédés, » et à la condition aussi que si l’église était transférée ailleurs, ce terrain retournerait aux Jésuites.

Cette première chapelle du Trait-Carré de Charlesbourg a dû être bien petite d’abord puisque, malgré qu’on l’eût déjà agrandie, le mémoire de 1683 de Mgr de Laval dit : « une petite chapelle. » Elle était bâtie en pieux ou en pièces équarries[14] et placées perpendiculairement ; elle était lambrissée et couverte en paille. Ceci peut paraître un peu extraordinaire aujourd’hui, cependant rien de mieux constaté et pour preuve, entre autres, voici deux entrées des comptes antérieurs à 1680 : « Guillaume Picquefeu, pour dixme de 1674, 2 boisseaux payés en paille pour couvrir la chapelle. » « Charles Goutherot, pour dixme de 1674, 1 minot payé en paille pour couvrir l’église. » On voit aussi par les comptes du temps qu’on donnait quelquefois de la paille longue. (On appelle ainsi la paille préparée pour couvrir.) Les Jésuites avant de laisser la desserte de la paroisse avaient abandonné à la chapelle les dîmes des années 1673 et 1674 qui leur étaient dues et que les habitants alors devaient payer au marguillier en charge[15]. On peut donc à bon droit regarder les Jésuites comme les premiers bienfaiteurs de la fabrique.

Cette première petite chapelle de Charlesbourg a existé ainsi couverte en paille[16] pendant plus de 22 ans, jusqu’en 1697, époque où elle fut remplacée par l’église en pierre qui a précédé l’église actuelle et où les anciens de la paroisse ont pu entendre la messe avant le 29 juin 1830, et qu’un plus grand nombre ont pu voir, puisqu’elle n’a été détruite qu’en 1835.

L’extrémité du comble en arrière était coupée en sifflet et on le couvrait aussi en paille. Il va sans dire qu’on n’avait pas donné à cette chapelle le luxe d’une sacristie, mais elle avait un petit clocher, au moins en 1694, car cette année là on paya 15 livres « pour la façon du clocher. » Ce devait être un clocher bien proportionné à la grandeur et à la richesse de la chapelle, à en juger par le prix qu’on paya pour la main-d’œuvre, et on avait cru probablement devoir faire cette grande dépense de 15 livres de vingt sols pour un clocher, afin d’y installer le bourdon de $10 dont on a parlé et de le mettre en branle pour la réception de Mgr de Saint-Vallier qui fit sa seconde visite épiscopale à Charlesbourg, le 2 juillet de cette même année.

Il est probable que dans ces premiers temps du pays beaucoup de maisons, non-seulement à Charlesbourg, mais dans tous les nouveaux établissements de la colonie, étaient couvertes en paille. Nos pères, élevés la plupart sous le chaume en France, ne devaient pas avoir de répugnance à inaugurer en Canada un usage qui, comme bien d’autres usages apportés de la mère patrie, était pour eux au contraire un touchant souvenir de la maison paternelle et de la paroisse qu’ils avaient laissées. Pour la même raison ils aimaient à donner aux lieux où ils se fixaient des noms chers à leur souvenir, comme celui de petite Auvergne donné à ce village par les premiers concessionnaires venus de l’Auvergne L’usage de couvrir en paille s’est conservé jusqu’à présent pour les granges et les étables bien que, depuis plusieurs années, il tende peu à peu à disparaître, surtout dans le district de Québec.

La première chapelle du Trait-Carré de Charlesbourg avait déjà plusieurs années d’existence, en 1683, puisque, d’après le mémoire de cette année que nous avons cité, elle était prête à tomber alors. Cependant, à force de radoubs, on put la maintenir debout et la faire servir au culte jusqu’en 1697, en attendant l’église en pierre à la construction de laquelle on se préparait à travailler. Tous les ans on y faisait des travaux pour l’empêcher de se détériorer, et les détails de ces travaux font connaître le triste état dans lequel elle était et le peu de luxe avec lequel on vivait dans ce bon vieux temps. Ainsi, en 1693, on donne 6 livres « pour bousiller l’église. » Ce n’était pas un riche enduit.

L’histoire ne nous dit pas de quel style d’architecture elle était, ni quelle était la décoration de l’intérieur ; mais il n’est pas difficile de supposer que tout devait être d’une grande simplicité. Cependant cette petite chapelle, si peu ornée et si délabrée, était assez bien pourvue de ce qui est nécessaire et convenable pour le culte, à en juger par l’inventaire fait, le 19 août 1686, par M. Du Bos, alors desservant de la paroisse. Les détails de cet inventaire[17] portent à croire même que les offices devaient s’y faire avec une certaine apparence de richesse, car il y avait calice et ciboire d’argent, ornements et parements d’autel de toutes les couleurs, tapis, rideaux, crédences… un camail noir, trois bonnets carrés rouges et trois robes rouges pour les petits servants au chœur.


MONSIEUR PIERRE-PAUL GAGNON
4ème Desservant.

Après M. Thury, qui ne desservit la paroisse qu’environ sept mois, en 1688, on peut compter comme quatrième desservant M. Pierre-Paul Gagnon, depuis le commencement de novembre 1683 au mois d’octobre 1684, c’est-à-dire pendant près d’un an. M. Gagnon était né à Québec, le 5 septembre 1649, de Pierre Gagnon et de Vincente Desvarieux. Il fut ordonné prêtre par Mgr de Laval, le 21 décembre 1677. Il fit des missions en plusieurs endroits de la côte du nord en bas de Québec et desservit quelque temps, après Charlesbourg, Sainte-Anne de Beaupré, en 1685 ; il fut ensuite nommé premier curé résidant de la Baie Saint-Paul, où il demeura depuis l’automne de 1685 jusqu’au 1er novembre 1701. Il mourut le 6 avril, âgé de 61 ans et 7 mois. Il signait Gaignon.


MONSIEUR NICOLAS DU BOS
5ème Desservant.

Monsieur Nicolas Du Bos, fils de Nicolas Du Bos et d’Antoinette Caron, de la paroisse de Saint-Éloi, évêché d’Amiens, ordonné prêtre le 12 novembre 1684, fut aussitôt chargé de la paroisse de Charlesbourg, qu’il desservit jusqu’au mois d’octobre 1690.

Dans la première année que M. Du Bos desservait la paroisse, M. Ango Des Maizerets, alors Vicaire-Général de Mgr de Laval, et qui reçut les comptes des années 1683, 1684 et 1685, avait fait une ordonnance, le 12 avril 1685, concernant les bancs de la chapelle placés dans l’allonge qu’on avait faite. Ces bancs, au nombre de 18, furent vendus par M. Du Bos, le 30 juin 1685. Ils avaient été faits par chaque propriétaire, et il est facile de comprendre que ce système, économique pour la fabrique, et qui se pratiqua encore plus tard, dut faire produire une curieuse collection de petits chefs-d’œuvre[18].

Le 5 mars 1690, l’année même du siège de Québec par Phips, M. Du Bos et ses paroissiens eurent l’honneur et le bonheur de recevoir la première visite de Mgr de Saint-Vallier qui approuva les comptes et ne fit aucune ordonnance. C’était la première visite pastorale que recevait la paroisse, car on ne voit pas que Mgr de Laval y soit allé.

M. Du Bos fut créé Chanoine et Grand Pénitencier par Mgr de Saint-Vallier, le 14 août 1698, et il était confesseur des Ursulines à sa mort arrivée le 3 mai 1699. Il fut remplacé par

MONSIEUR ALEXANDRE DOUCET
6ème Desservant et 1er Curé résidant.

Monsieur Alexandre Doucet a desservi la paroisse depuis le commencement de novembre 1690 jusqu’au milieu de janvier 1700. Il était né à Paris, et était fils de Jacques Doucet et de Marie Pinet ; il fut ordonné le 5 mars, 1689, à l’Hôtel-Dieu de Québec, par Mgr de Saint-Vallier, qui lui confia, l’année suivante, la desserte de Charlesbourg qu’il garda jusqu’à son départ définitif de la paroisse, en janvier 1700[19].

C’est M. Doucet qui a fait bâtir le premier presbytère de la paroisse et il est aussi le premier prêtre qui a résidé à Charlesbourg, de même qu’il est le premier prêtre qui a été nommé curé et qui en a pris le titre. Avant lui les religieux et les prêtres du Séminaire de Québec qui desservirent la paroisse signaient les actes qu’ils faisaient non pas comme curés mais comme faisant les fonctions curiales.

On ne voit pas par les comptes de détails propres à faire connaître le temps précis où fut bâti ce premier presbytère, ni le mode d’action qu’on employa pour faire cette bâtisse, ce qui porte à croire qu’il fut construit par les paroissiens seuls sans l’aide de la fabrique. Ce qu’il y a de certain c’est que ce presbytère était bâti le 30 décembre 1691, car ce fut là que se fit ce jour même l’assemblée pour l’élection d’un nouveau marguillier. Il est certain aussi qu’avant 1690 il n’y avait pas de presbytère (ni de sacristie, comme on le sait), car jusqu’à cette époque on faisaient les assemblées dans la chapelle, après dîner ou après vêpres.

Nous avons vu que Mgr de Laval avait réglé par son mandement du 26 mars 1663 que les dîmes seraient payées au Séminaire de Québec. Ce règlement, qui pouvait avoir sa raison d’être lorsqu’il n’y avait encore qu’un petit nombre de cures, devenait de plus en plus impossible avec le nombre toujours croissant des nouvelles paroisses érigées ; aussi fut-il abrogé par Mgr de Saint-Vallier, son successeur.

Ce prélat avait proposé, en 1692, plusieurs articles relativement à l’administration de son diocèse entre lesquels était le suivant : « Qu’il n’y aura plus des cures unies au Séminaire, à la campagne, et qu’aucun curé ne soit amovible ad nutum superioris. » (c’est-à-dire à la volonté du Supérieur). Cet article, comme les autres articles, fut soumis d’abord à l’opinion de l’archevêque de Paris et du Père de la Chaise qui donnèrent l’opinion suivante : « On ne pourra unir aucunes cures de la campagne au Séminaire que de l’autorité de Monsieur l’évêque et des lettres patentes du roi ; et sur l’amovibilité des curés on se conformera en Canada à la dernière déclaration du roi donnée pour tout le royaume et expliqué en conséquence par les arrêts de Sa Majesté. » Le tout fut sanctionné par le roi, le 11 février 1692.

Conformément à ces disposition, la paroisse fut érigée canoniquement et M. Doucet fut nommé curé inamovible, le 26 septembre 1693. Le 9 octobre suivant, Mgr de Saint-Vallier chargea M. Du Bos, son prédécesseur dans la desserte de la paroisse, de l’installer en cette qualité de curé, comme en fait foi le document suivant ; « Nous Jean, Évêque de Québec ayant jugé à propos d’éstablir la mission de Charlesbourg en véritable paroisse et luy donner un curé fixe et ayant jetté les yeux sur M. Doucet pour l’en pourvoir, le jugeant propre pour remplir cette place, Nous avons cru nécessaire de donner commission à M. Du-Bos, prestre et autre ecclésiastique sur ce requis de l’en mettre en possession sans faire la moindre difficulté. » « Fait à Québec ce 9 octobre 1693. »

M. Doucet prit solennellement possession de cette nouvelle cure, le 11 octobre, en présence de M. Du Bos et de plusieurs paroissiens et on en dressa un acte bien détaillé.[20]

La fabrique possédait au Gros Pin, depuis plusieurs années, une terre qui fut vendue, en 1693. Le fermier de cette terre, ou de cette habitation, comme on disait dans le temps, Jean Omier ou Aumier dit Poitier, venu du Bourg de Cojeux, Évéché de Xaintes, et premier habitant du Gros Pin, n’était pas, paraît-il, d’un caractère accommodant, car la fabrique eut avec lui plusieurs difficultés qui furent réglées par l’Intendant Demeules auquel on en appela. Ce Jean Aumier, né en 1650, épousa, le 19 février 1680, à Charlesbour, Anne Guévin. C’est le premier mariage mentionné dans les registres de la paroisse.

La fabrique possédait aussi, vers le même temps, le Trait-Carré de l’Auvergne, ou du moins en avait l’usufruit, car en 1692 elle paie 9 livres « pour ramasser le blé de l’Auvergne. »

Pendant que M. Doucet était curé, le 2 juillet 1694, Mgr de Saint-Vallier fit sa seconde visite pastorale à Charlesbourg. Il alloua les comptes, mais il ordonna d’y entrer plus de détails. Ce prélat fit donc deux visites pastorales dans la petite chapelle couverte en paille.

C’est M. Doucet qui a présidé à la construction de l’église en pierre que l’église actuelle a remplacée. Dès l’année 1688 on s’occupait de la construction de cette église et une requête, signée par M. Du Bos, alors missionnaire de la paroisse, et par les paroissiens, fut présentée à Mgr de Saint-Valier afin d’obtenir l’autorisation nécessaire. Mgr de Saint-Vallier donna bien volontiers cette autorisation ; mais les malheurs des temps, et surtout le siège de Québec par Phips, en 1690, avait fait retarder ces travaux qui ne purent commencer qu’en 1695. C’est dans cette année, en effet, qu’on se mit à tirer de la pierre et qu’on engagea un maçon auquel on donna 60 livres en à-compte en passant le marché. L’année suivante, 1696, (en même temps qu’on couvrait encore la chapelle en paille) on fit faire de la chaux et on commença la maçonnerie. Les murs et la couverture furent faits pendant les deux années 1696 et 1697. Les bancs furent vendus dans le printemps de 1697, et la première messe a dû y être célébrée dans le cours de l’été de cette même année 1697.

On voit par les comptes que pour donner de l’encouragement et ranimer le cœur de ceux qui aidaient aux travaux de l’église, on leur donnait de l’eau de vie. C’était l’usage du bon vieux temps apporté, avec les chansons joyeuses qui l’accompagnaient, de la vieille France où « le bon vin qui bannit le chagrin » est encore regardé comme nécessaire en tout temps et en tout lieu. Mais ici dans la Nouvelle-France il n’y avait point de vin et on le remplaçait par la petite lame d’eau-de-vie et par le petit coup d’appétit de la « liqueur qui réjouit le cœur. » Point de mal à cela, et vraiment on peut être mécontent contre l’abus qu’on a fait de la boisson, car c’est cet abus qui a nécessité l’établissement de la tempérance.

Avant d’entrer dans la nouvelle église M. Doucet avait passé un règlement pour la vente des bancs, le 21 avril 1697, après vêpres dans le presbytère, et peu de temps après on les vendit conformément à ce règlement dont les principaux articles étaient que ceux qui occupaient des bancs dans la chapelle continueraient à les occuper, et après eux leurs enfants, dans la nouvelle église ; que la rente serait payée tous les ans à la Saint Pierre, dans la quinzaine ; que l’église rentrerait en possession des bancs non payés, six mois après le terme échu, et enfin que tous seraient tenus de fermer leurs bancs dans l’année, c’est-à-dire, d’y mettre des portes. Puis on régla les dimensions de ces bancs qui devaient avoir 5½ pieds de dehors en dehors.[21]

Cette vente des bancs, qui se fit au mois d’avril 1697, porte à croire avec assurance qu’on ne retarda pas à entrer dans la nouvelle église quoiqu’elle ne fut pas terminée à l’intérieur et que le clocher ne fut pas encore fait.

C’est M. Doucet qui a acheté, ou du moins qui a payé, en 1700, le tableau de saint Charles qui est audessus du maître-autel de l’église actuelle et pour lequel il donna 380 livres. Ce tableau passe pour une bien bonne copie du tableau original qui est regardé comme un chef-d’œuvre. C’est une belle relique du temps passé, vieille aujourd’hui (1887) de 187 ans et qui mérite d’être conservée avec soin. Plusieurs générations dans la paroisse se sont agenouillées devant ce tableau et ont aimé à le contempler.

M. Doucet, toujours malade et souffrant depuis quelques années, laissa la paroisse au mois de décembre 1700[22] et alla demander la santé à un autre climat. Il se rendit à Port-Royal, où il mourut le 26 mars suivant (1701), à l’âge seulement de 44 ans. Il ne put donc jouir longtemps du fruit de ses travaux et de la satisfaction qu’il dut éprouver en laissant la petite chapelle couverte en chaume pour faire les offices dans la nouvelle église qu’il venait de bâtir, et il a pu répéter ce vers de Virgile : Sic vos non vobis nidificalis, ares. C’est ainsi, petits oiseaux, que vous ne construisez pas vos nids pour vous-mêmes.

LES HURONS DE LA JEUNE LORETTE.

Comme la mission des Hurons qui vinrent se fixer à la Jeune Lorette, en 1699, a été près de cent ans dans la partie de la paroisse de Charlesbourg qui en a été détachée, en septembre 1794, pour former la paroisse de Saint-Ambroise, il ne devra pas paraître hors de propos de voir placé ici un récit abrégé de l’origine de cette mission et des différentes migrations de cette nation puissante aux premiers temps de la colonie et persécutée avec tant d’atrocité par les Iroquois ses irréconciliables ennemis.

Après la destruction des différentes bourgades de Hurons par les Iroquois, au printemps de 1649, pendant laquelle les Pères De Brébœuf, Gabriel Lalemant, Daniel, Garnier et Chabanel remportèrent la palme du martyre, la plus grande partie des restes désolés de cette nation malheureuse se retira, le 15 mai de la même année, sous la conduite de quelques Pères Jésuites, et en particulier du Père Ragueneau, Supérieur de la mission, dans l’Île Ahoendoe, qu’ils appelèrent Île Saint-Joseph[23], et où ils éprouvèrent toutes les horreurs de la plus affreuse famine qui en fit périr un grand nombre.

Au printemps suivant, 1650, deux chefs de ce petit peuple exilé allèrent trouver le Père Ragueneau et lui demandèrent avec instance de les conduire, malgré tous les dangers à courir dans ce voyage, à l’abri du fort de Québec, comme étant leur seul et dernier moyen de salut. Le Père Ragueneau se rendit à leur demande et le convoi, composé, dit le Père Martin, « de 60 français, dont 13 missionnaires, 4 frères, 22 donnés, 11 autres domestiques, 6 soldats et 4 enfants, et de près de quatre cent quarante Hurons, montés dans de légers canots, se mit en route le 10 juin, et ne fit aucune mauvaise rencontre et arriva heureusement à Québec, après 50 jours de navigation, le 28 juillet 1650. »

« Lorsque nous fûmes rendus à Québec, dit le Père Chaumonot, on m’y donna le soin de tous ces pauvres étrangers et je les y gouvernai tout un hiver. Le printemps (29 mars 1651), je les conduisis à l’Île d’Orléans, à une lieue et demie au-dessous de Québec, sur les terres que nous y avions. » Ce lieu était situé sur la rive sud de l’Île, dans la paroisse actuelle de Sainte-Pétronille, au fond d’une petite anse à laquelle on donna le nom de l’Anse du Fort, qu’elle porte encore aujourd’hui.

« Les exilés, dit l’abbé Ferland, y trouvèrent une nouvelle patrie à laquelle ils donnèrent le nom de Sainte-Marie, en souvenir des lieux qu’ils avaient été forcés d’abandonner. Le site était admirablement choisi, près d’une anse du Saint-Laurent, où les canots pouvaient aborder en sûreté. Le village fut bientôt formé ; autour d’une humble chapelle, la première qui ait été bâti dans l’Île d’Orléans, s’élevèrent les cabanes faites sur le modèle des anciennes demeures huronnes. » Quelques petites bandes qui s’étaient arrêtées aux Trois-Rivières, à Québec et à Beauport vinrent bientôt rejoindre cette nouvelle petite colonie, qui vit de plus grossir ses rangs de près de deux cents qui vinrent de l’Île Manitolin, où ils s’étaient réfugiés.

Cependant, ils ne furent pas longtemps en repos dans la retraite de l’Île d’Orléans, où leurs implacables ennemis les Iroquois vinrent les surprendre au temps des semailles de 1656. « Après avoir entendu la messe suivant leur coutume, dit l’abbé Ferland, les Hurons s’étaient dispersés dans leurs champs ; tout-à-coup les Agniers qui, pendant la nuit, s’étaient cachés dans la forêt voisine, fondirent sur les travailleurs épars et sans armes ; ils en massacrèrent plusieurs sur la place et emmenèrent plus de soixante prisonniers. » Après ce terrible échec, les Hurons découragés abandonnèrent l’Île d’Orléans et vinrent se réfugier à Québec, au-dessous du Fort. Ce fut là que le Père Chaumonot les trouva, le 23 avril 1658, à son retour d’une longue mission au pays des Iroquois.

Ils demeurèrent quelques années à Québec, puis allèrent « en deçà de Beauport, dit le Père Chaumonot, sur nos terres de Notre-Dame des Neiges, à une petite lieue de Québec. Mais il fallut bientôt les replacer ailleurs, ajoute-t-il, où ils fussent encore plus commodément. On leur fit donc faire de grands et beaux champs à la côte de Saint-Michel (près de Sillery), les Français abattant les arbres, dont ils vendaient le bois à Québec, qui n’en est qu’à cinq quarts de lieue, et les Sauvages nettoyaient la terre qui leur a, sept années durant, rapporté d’excellent blé d’inde. »

« D’abord, nous n’eûmes là pour chapelle qu’une cabane d’écorce… » « Le Père de Vérencourt, Jésuite, m’ayant envoyé d’Europe, en 1669, une vierge faite du bois même du chêne où l’on avait trouvé la miraculeuse Notre-Dame de Foy, près de Dinan, en Belgique, je formai le dessein de bâtir sous le même nom de Notre-Dame de Foy, une chapelle à la Sainte Vierge. » Les Français aidant, on prépara et on apporta le bois de la charpente pendant l’hiver, et on travailla avec tant de diligence qu’en peu de mois, en 1670, on put y dire la messe. Le Père Chaumonot installa ses néophytes Hurons au nouveau bourg, qui prit le nom de Notre-Dame de Foy[24] qui s’applique aujourd’hui à toute la paroisse.

« Six années après que nos néophytes Hurons, dit le Père Chaumonot, eurent été établis à Notre-Dame de Foy, le bois et la terre commençant à leur manquer, il fallut penser à transporter leur village plus loin de Québec et plus avant dans les forêts. Eux-mêmes en choisirent le lieu sur notre seigneurie de Saint-Gabriel. » Il fut décidé qu’on bâtirait en ce lieu (celui même où est l’église actuelle de l’Ancienne-Lorette), une chapelle sur le modèle de la Sainte-Maison de Lorette. « On travailla avec tant de diligence, dit encore le Père Chaumonot, à bâtir cette chapelle de Lorette, que n’ayant été commencée que vers la Saint-Jean, en 1674, elle fut ouverte et bénite la même année, le 4 novembre… La cérémonie s’en fit avec un grand concours de Français et de Sauvages, tant Hurons qu’Abénaquis, après une procession qui alla jusqu’à un quart de lieue, prendre l’image de la sainte Vierge, faite sur celle de la vraie Lorette, d’où on nous l’a envoyée. »

« Nous y avons observé, dit le Père Claude Dablon, Supérieur des missions du Canada, (Relation 1673-9) très-exactement toutes les mesures, soit pour les dimensions, pour la situation et pour toutes les autres circonstances qui peuvent rendre notre chapelle parfaitement contretirée sur celle de Lorette. »

« Elle est donc bâtie de briques, qu’il a fallu transporter de bien loin. Elle a 40 pieds de long et 20 de large et est percée de 3 portes. »

« Cette mission de Lorette, dit le Père Martin, ne fut pas la dernière station des Hurons chrétiens. Par une impérieuse nécessité qu’ils étaient habitués à subir dans leur pays, il leur fallait, après quelques années de séjour dans un lieu, changer de place et se rapprocher de la forêt pour deux raisons. La première, c’est que, comme ils n’amendaient jamais leurs terres, le sol qui leur fournissait le blé d’inde, leur principale et souvent leur unique nourriture, s’épuisait bientôt et ne pouvait plus répondre à leurs besoins. La seconde, c’est que, comme ils consumaient dans leurs cabanes une grande quantité de bois de chauffage, et qu’ils n’avaient pas encore d’autre moyen de transport que leurs bras, il fallait des corvées fréquentes et pénibles lorsque la forêt était éloignée. Ils trouvaient plus simple de transporter leurs cabanes. »

« Six années après la mort du Père Chaumonot, en 1699, les Hurons quittérent ce poste de Lorette et allèrent fonder un nouveau village, à une lieue plus loin. En souvenir d’un titre qui leur était cher, ils nommèrent celui-ci la Jeune-Lorette. L’autre, qui est devenu une paroisse canadienne, a conservé jusqu’à nos jours le nom d’Ancienne Lorette, seul souvenir de sa première destination. »

« La chapelle élevée à la Jeune-Lorette ne portait plus le caractère historique et si vénérable qu’avait l’ancienne. Cependant pour perpétuer ce souvenir, on suspendit au-dessus de l’autel, près de la voûte, une représentation en relief de la Santa Casa qu’on y voit encore aujourd’hui. »

« C’est dans ce poste que de nos jours le touriste peut trouver les débris de cette nation justement célèbre en Canada, mais qui perd peu à peu les traces de son origine. Depuis longtemps elle n’émigre plus, son contact avec la civilisation et l’influence de l’élément français qui l’entoure et l’enrichît, l’ont affranchie de cette dure nécessité. »

« La chapelle de la Jeune-Lorette a déjà été reconstruite plusieurs fois. Celle que l’on y voit aujourd’hui date de 1830. »

Les Hurons se sont donc fixés d’une manière permanente, en 1699, à la Jeune-Lorette où ils sont encore aujourd’hui, en nombre plus petit, il est vrai, et bien changés sous le rapport des mœurs, des usages, de la langue et même, on peut le dire, de la nationalité car il n’y a plus parmi eux des Hurons pur sang. Mais cependant ils conservent avec un soin religieux les traditions de leur tribu et le souvenir bénit des Jésuites qui ont converti et instruit leurs ancêtres. On aime à entendre dans leur pieuse chapelle le chant des offices en langue huronne, on aime à les voir dans leurs jours de réjouissance donner le spectacle de la manière dont leurs ancêtres s’amusaient et festoyaient, surtout à la fête de saint Louis, patron du Grand Onontio de leurs aïeux ; on aime aussi à voir figurer dans la procession de notre fête nationale à Québec, ces descendants de la seule tribu des aborigènes qui fut constamment fidèle à l’alliance contractée avec le fondateur de la colonie.

Les Hurons ont toujours été desservis à la Jeune-Lorette par les Pères Jésuites jusqu’à l’arrivée de M. Paquet comme curé de la nouvelle paroisse de Saint-Ambroise, en octobre 1795. Le dernier Père Jésuite résidant au village des Hurons de la Jeune-Lorette, fut le Père Girault de Villeneuve.

La population du village des Hurons n’a jamais augmenté et, suivant une tradition, elle ne doit pas augmenter, parce qu’une sainte femme Huronne avait autrefois demandé cela en grâce au bon Dieu, de peur que sa tribu, devenant nombreuse et puissante, ne fût un jour un danger pour les Français qui s’établissaient autour d’elle.

Le départ et la mort du premier curé en titre de Charlesbourg, M. Doucet, concourant avec la fin du 17ème siècle, nous mettons ici fin à l’époque de l’histoire de cette paroisse que nous avons appelée « Les temps primitifs. »

  1. « Le village de Charlesbourg, disait Bouchette, en 1815, est agréablement situé sur une éminence d’une hauteur considérable, à environ une lieue au nord de Québec et est composé d’environ quarante maisons bien bâties, qui la plupart ont une apparence respectable, et d’une belle église et d’un presbytère. On y tient toujours les élections des membres du parlement pour le comté. »
  2. L’extrait suivant du journal des Jésuites, à la date, du 6 janvier 1660, donnerait à entendre que plusieurs habitants allèrent s’établir à Charlesbourg vers ce temps là : « Environ ce temps se fit consulte extraordinaire pour adviser si on donnerait des concessions au-dessus des terres de notre ferme de Beauport, c’est-à-dire par delà 20 arpents de profondeur sur 7 de largeur ; 7 personnes se présentèrent pour y habiter, et omnibus expensis, la plupart conclut, à leur accorder ; toutefois on se contenta d’en accorder au-dessus des concessions voisines et non pas au-dessus de notre ferme, d’autant que depuis notre désert jusqu’à la sapinière il n’y restait plus que 6 arpents de bois qu’il fallait conserver pour les fermiers. »
  3. Nous croyons que c’est par erreur qu’on a donné le nom de Duhault à la famille actuelle de Louis Jacques, descendant de Louis Jacques, premier de ce nom établi à Charlesbourg et marié à Antoinette LeRoux dit Cardinal, car Jacques Duhault n’a pas laissé de descendants dans la paroisse.
  4. Jean Bergevin dit Langevin, souche des familles de ce nom, s’est d’abord établi à Bourg-Royal, de sorte que la paroisse de Charlesbourg peut réclamer l’honneur d’avoir été le berceau d’une famille qui a donné à l’Église le premier évêque de Rimouski, Mgr Langevin et son frère le Grand-Vicaire Edmond Langevin, et à l’état un ministre distingué, Sir Hector Langevin.
  5. Le 12 mai 1678 le roi de France donna des lettres d’amortissement de tous les biens des Jésuites et en particulier « en quatre lieues d’étendue, proche Québec, tirant vers les montagnes de l’ouest, partie sur la rivière Saint Charles et partie sur le grand fleuve Saint Laurent ; une pointe de terre avec les bois et prairies y contenus, située proche la petite rivière Layret, à eux concédée par lettres de notre très-cher et très-aimé cousin le Duc de Ventadour, Vice-Roi du dit pays, du dix mars mil six cent vingt six, confirmé le quinze janvier mil six cent trente sept par la compagnie de la Nouvelle France. »
    — Édits et Ord. 1er vol., p. 103.

    La rivière Lairet tire son nom de François Lairet, un des premiers habitants de Charlesbourg qui demeurait près de la petite rivière.

  6. Les premiers poêles étaient loin d’avoir l’élégance et la variété de formes des poêles d’aujourd’hui qui sont un véritable ornement, même pour les salons, quand toutefois ils ne sont pas remplacés par le luxe des fournaises. C’était de grosses masses de fonte, aux quatre faces presque sans ornements, au dessus uni, n’ayant qu’un seul ponton qu’un seul étage et le tout supporté par quatre grosses pattes de chien. Les poêles à deux ponts ne remontent pas à plus de 60 ans dans les campagnes. Comme accompagnement obligé il y avait un fourgon en fer, et souvent aussi un fourgon en bois, pour attiser le feu, et puis une casserole de tôle dans laquelle étaient ordinairement les petites pincettes pour prendre le charbon dont on se servait pour allumer la pipe ; car les allumettes simplement souffrées, qu’on regardait alors comme une grande amélioration, ne sont venues que vers 1835 et les allumettes chimiques plus tard.
  7. Monsieur le Grand-Vicaire Deschenaux, mort, curé de l’Ancienne Lorette, le 9 juillet 1832, est le premier qui ait introduit l’usage des poêles, d’abord dans la chapelle de la Sainte Vierge annexée à l’église de cette paroisse et ensuite dans l’église même, et à ses frais. On en parlait comme d’une chose bien extraordinaire. Il faut bien remarquer aussi, qu’autrefois la messe sur semaine ne se disait que dans l’église et sans feu. Nos pères qui voulaient vivre en Canada comme ils vivaient en France, c’est-à-dire, sans poêle dans les églises, n’avaient pas même souvent des poêles dans les sacristies, ces petites sacristies qui ne consistaient quelquefois que dans l’espace compris entre le retable de l’autel et le rond point du mur. Chose singulière et qui peut faire comprendre la difficulté qu’on a de rompre avec une vieille habitude : malgré les souffrances que le froid faisait endurer, lorsqu’il s’agit de placer des poêles dans les églises, un grand nombre de paroissiens s’y opposèrent longtemps sous le prétexte surtout que la fumée de ces poêles gâterait l’intérieur des églises. Souvent dans les plus grands froids on était obligé de placer un réchaud sur l’autel pour le célébrant qui, sans cela, aurait éprouvé une bonne onglée aux doigts.

    Le 24 octobre 1796, Mgr Hubert écrivait à M. Deschenaux : « Il vous est permis par ces présentes de bénir la sacristie et d’y dire la messe les jours qui ne sont point chômés seulement et encore dans les froids où votre santé pourrait en être diminuée. Si cette réponse vous paraît stricte c’est afin de ne pas donner occasion à d’autres prêtres de demander pareille dispense, ce qui me paraît être contre les règles, à moins d’une grande utilité pour la santé. »

    Cette permission de dire la messe dans les sacristies s’accorde facilement aujourd’hui, d’autant plus que la plupart des sacristies que l’on construit à présent sont de véritables chapelles.

  8. Les registres remontent au 21 juillet 1679, et s’ouvrent par l’acte de sépulture de François Vivier, enfant âgé de 2½ ans. Le 1er baptême dont l’acte a été inscrit dans les régistres est celui de Thomas Morin, le 6 août 1679.
  9. Le roi, en approuvant, en avril 1663, le mandement de Mgr de Laval, qui établissait le Séminaire de Québec, régla « que toutes les dîmes, de quelque nature qu’elles puissent être, tant de ce qui naît par le travail des hommes que de ce que la terre produit d’elle-même, se payeront seulement de treize une… » qu’elles seraient payées Séminaire qui, de son côté, serait obligé d’entretenir tous les ouvriers évangéliques, de payer leurs voyages de France, aller et retour, et quand le Séminaire aura fourni toutes les dépenses annuelles, et qui pourra rester de son revenu sera employé à la construction des églises, en aumônes et en autres bonnes œuvres.
  10. Il est probable que les Récolets qui avaient laissé le pays après la prise de Québec par les Kertk, en 1629, et qui ne revinrent en Canada que le 18 août 1670, desservirent quelquefois la paroisse après leur retour, ou au moins qu’ils y eurent des affaires, car on voit par les comptes du Frère Joseph qu’il leur avait payé, le 22 oct. 1678 « pour tous les meubles, ustensiles, ornements qui sont restés à l’église et généralement toutes autres choses qui pourraient appartenir aux RR. PP. Récolets, quatre vingts livres. »

    Le mémoire du Frère Joseph était ainsi terminé : « toutes choses donc ainsi arrestées le dit Frère Joseph demeure quitte envers l’église de Charlesbourg et l’église pareillement envers luy ainsi que le dit Frère le recognait par sa quittance couchée par écrit sur la fin de ce livre en datte du 7 mars 1680. »

  11. Liste des bedeaux de la paroisse jusqu’à ce jour :

    1. Jean Boismé.
    2. Jacques Renaud.
    3. Jacques Duhault.
    4. Nicolas Thibault.
    5. Charles Boismé.
    6. Biom.
    7. Joseph Bédard (1er nov. 1808).
    8. Joseph Pépin.
    9. Antoine Desloriers, père.
    10. Antoine Desloriers, fils.

  12. Le recensement de 1681, fait deux ans avant le Plan de Mgr de Laval, dit qu’il y avait alors à Charlesbourg, 111 familles et 596 âmes ; d’où vient l’erreur et cette grande différence de chiffres ? Plutôt sans doute du plan de Mgr de Laval qui ne donne pas le détail des noms. D’un autre côté ce recensement de 1681, place 60 familles au village de la Petite Auvergne et 309 âmes. Cela paraît peu probable. Peut-être que sous le nom de Petite Auvergne on a compris les villages du Gros Pin, de la Commune et du Petit Village.

    D’après le recensement de 1679, il n’y avait alors dans toute la colonie que 9,400 âmes, 21,900 arpents en culture, 145 chevaux, 12 ânes, 6,983 bêtes à cornes, 719 moutons, 33 chèvres, 184 fusils et 159 pistolets.

  13. Le 11 mars de cette même année 1686, Charles Denis de Vitré donna et céda aux Jésuites, le Père Raffeix acceptant pour eux, le lac Saint-Charles et une lieue de terre autour, et cela par considération personnelle pour ces Pères, dit l’acte passé par le notaire François Genaple. Ce lac et les terres qui l’avoisinent avaient été concédés à Charles Denis de Vitré par le gouverneur de La Barre et l’intendant Demeules.
  14. En 1677, on donna une livre « pour payer Jacques Duhaut d’une pièce de bois équarrie pour l’église. »
  15. Le blé était alors évalué à 3 livres le minot pour ceux qui voulaient payer en effet ou en argent.
  16. En 1696, dernière année avant sa destruction, on paya 6 livres pour couvrir l’église en paille.
  17. Voir cet inventaire à la fin du volume.
  18. M. Du Bos fut absent une partie de l’année 1690.

    Le 7 novembre 1686, M. Du Bos fit le baptême d’un enfant dont le parrain fut « Jean Savard, habitant de Saint-Antoine, paroisse de Lorette. » C’est la première fois qu’il est fait mention d’un habitant à Lorette.

    Le 30 août 1687, sépulture d’un enfant de Chauvet, du Gros Pin. C’est la première fois, aussi, qu’il est fait mention de ce village.

  19. Lorsque M. Doucet prit la desserte de Charlesbourg, en 1690, il n’y avait encore dans la paroisse, qui comprenait cependant alors le territoire de Saint-Ambroise, que 1854 âmes, d’après le recensement de cette année là.
  20. Le 7 octobre, dans l’acte de baptême de Vincent François, fils de Vincent Beaumont, M. Doucet se dit pour la première fois « prêtre du Séminaire de Québec, curé de cette paroisse » jusqu’au 5 juillet 1690 inclusivement et au 2 septembre suivant il se dit simplement « curé de la paroisse. » C’est probablement à cette dernière époque seulement qu’il a laissé le Séminaire pour aller résider dans le presbytère qu’il avait fait bâtir à Charlesbourg.
  21. Par cette vente des bancs on voit que dans l’ancienne église la chapelle du côté de l’épitre était dédiée à l’Enfant Jésus et celle du côté de l’évangile à Saint-Joseph. Plus tard, le 10 juillet 1731. on vendit « le banc le plus près de l’autel de la Sainte-Famille, côté de l’épitre. » Il faut croire qu’on avait chargé le nom de cet autel, ou, ce qui est plus probable, qu’on appelait cet autel du côté de l’épitre aussi bien du nom de Sainte-Famille que du nom d’Enfant Jésus, parce c’était sur cet autel qu’on plaçait l’Enfant Jésus à Noël.

    Dans cette ancienne église il y avait : 7 bancs dans chacune des deux chapelles latérales, 49 dans les quatre rangées de la nef et 34 dans le jubé ; en tout 97 bancs. La rangée du Banc-d’Œuvre avait 13 bancs ; la 2ème, 10 bancs ; la 3ème, 10 bancs, et la 4ème ou celle de la chaire, 16 bancs.

    Le banc des Seigneurs ou des Jésuites, était le premier de la rangée du Banc-d’Œuvre ; le banc du Capitaine était le premier banc de la 2ème rangée du côté de l’épitre.

    Ces deux bancs ne payaient rien.

  22. Le dernier acte de M. Doucet dans les régistres est un acte de baptême, le 22 novembre 1700.
  23. Aujourd’hui Charity Island dans le lac Huron.
  24. On a tort de dire quelquefois la paroisse de Sainte-Foi, car on semble par là ignorer l’origine si respectable de cette localité, qu’on doit écrire Sainte-Foy ou Sainte-Foyée.