Pascal et le « Discours sur les passions de l’amour »

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Pascal et le « Discours sur les passions de l’amour »
Revue des Deux Mondes6e période, tome 58 (p. 599-607).
Pascal et le « Discours sur les passions de l’amour »


A propos de la découverte, parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale, d’un manuscrit, jusqu’alors ignoré, du Discours sur les passions de l’amour, je posais, ici même, la question de savoir si, oui ou non, le Discours était bien de Pascal [1]. Et je concluais, en donnant mes raisons, non pas que le Discours n’est sûrement pas de Pascal, mais que l’attribution de ce texte célèbre au grand écrivain, ne reposant sur aucune preuve positive et probante, ne méritait pas notre créance, et que, jusqu’à plus ample informé, il fallait s’abstenir de toute affirmation dans l’un ou l’autre sens.

Trois « pascalisants, » à ma connaissance, ont repris publiquement la question. C’est d’abord M. Léon Brunschvicg, dans sa grande édition des Œuvres de Pascal. Puis, ce fut Emile Faguet, dans le juste volume où il a recueilli ses commentaires du Discours sur les passions de l’amour. Et enfin c’est M. Gustave Lanson, dans un tout récent article de the French Quarterly. Ces divers travaux ont, assez inégalement, mais, au total, profondément modifié mes vues primitives. Il n’est que loyal, ce me semble, d’en prévenir mes lecteurs et de leur dire très simplement pourquoi.


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Les quelques pages que M Brunschvicg a placées en guise d’introduction à sa publication du Discours sont plutôt un élégant résumé des débats qu’une étude approfondie et personnelle de la question. M. Brunschvicg n’aime visiblement pas à prendre nettement parti, et sa pensée, subtile, fuyante, et parfois obscure, esquive plus volontiers les difficultés qu’elle ne les aborde de front. Il avait cru jadis que « le Discours est bien de Pascal ; » il le croit encore ; mais il est manifeste que sa foi est un peu ébranlée, et qu’elle ne repose pas sur des arguments bien solides ; elle s’exprime en termes moins compromettants, et elle s’abstient désormais de certaines imprudences de langage et de certains cercles vicieux où elle se laissait entraîner jadis Au reste, sur Pascal mondain et amoureux, les commentaires de M Bruuschvicg sont justes, fins, ingénieux, marqués au coin d’une très prudente sagesse.

Emile Faguet, on le sait de reste, écrivait un livre aussi facilement que d’autres écrivent un article Son Commentaire du « Discourt sur les passions de l’amour » est daté d’avril 1910. Il venait de recevoir mon volume sur Blaise Pascal. Piqué au jeu par mon étude sur Pascal amoureux et sur le Discours, et se trouvant disponible, il eut l’idée de revenir sur la question qu’il avait jadis soulevée et discutée dans ses Amours d’hommes de lettres, mais cette fois d’une manière aussi peu didactique que possible. Il reprit le Discours, et, « en lisant » ce beau texte, mais comme il savait lire, lentement, posément, voluptueusement, rêvant et méditant entre les lignes, discutant avec l’auteur, avec un interlocuteur imaginaire, ou avec lui-même, se laissant aller à toutes les saillies, à toutes les fantaisies de son humeur un peu vagabonde, à tous les souvenirs, à tous les rapprochements que lui suggérait sa riche mémoire, il se mit à noter librement les réflexions de, toute espèce qui lui venaient à l’esprit. Et au bout d’un mois, un livre — de 324 pages — fut écrit comme en marge du Discours : livre charmant, amusant et piquant, qui eût enchanté Montaigne, et qui est proprement un livre d’Essais ; livre de lettré et de moraliste où il y a un peu de tout : des notes d’exégèse et presque de philologie ; de fines remarques de critique littéraire et d’histoire ; d’abondantes conjectures sur la vie sentimentale de Pascal, ou de l’auteur, quel qu’il soit, du Discours ; des rêveries, des méditations, des observations psychologiques, toujours ingénieuses, souvent pénétrantes ; bref, toutes les libres démarches d’une pensée singulièrement originale, souple et compréhensive, et qu’une autre pensée supérieure a mise en branle. Le Commentaire du « Discours sur les passions de l’amour » est de la même époque et de la même veine que les Dix commandements, et il n’est pas sans ajouter quelques traits à la définition d’Emile Faguet moraliste.

Emile Faguet avait fait précéder son Commentaire d’un court Avertissement où il discutait à son tour la question de l’attribution du Discours. Des arguments que j’avais présentés pour combattre la thèse de l’attribution à Pascal, les uns lui paraissaient « excellents, » et les autres « faibles. » Et il concluait : « Pour moi, je ne suis pas sûr du tout que le Discours sur les passions de l’amour soit de Pascal ; mais je le crois très fort, parce que, quand je le lis, je me trouve à toutes les lignes en plein Pascal, et je crois que, le Discours n’eût-il jamais été attribué à Pascal, je le lui attribuerais spontanément, comme un amateur expérimenté attribue un tableau à Véronèse. Mais ceci, — avouait-il, — n’est aucunement scientifique ; il est tout littéraire et par conséquent inintellectuel. » Et comme pour mieux montrer encore que sa conviction première était maintenant moins assurée, il déclarait qu’il examinerait le Discours « sans pensée de derrière la tête et comme s’il était de n’importe qui, » et il intitulait même son livre : Discours sur les passions de l’amour ATTRIBUE A PASCAL. AU fond, mon scepticisme n’en demandait pas davantage.

Les choses en étaient la quand, reprenant à fond toute la question, M. Gustave Lanson l’a examinée sous ses divers aspects dans un vigoureux, solide et savant article. Si quelques-uns des arguments par lesquels j’essayais de justifier mon incrédulité lui semblaient un peu « légers, » il acceptait tout l’essentiel de ma démonstration, qu’il voulait bien qualifier de « péremptoire. » Mais, alors que, m’en tenant à l’inexistence de preuves extrinsèques de l’origine pascalienne du Discours, je me refusais à l’examen des preuves intrinsèques, qui me paraissaient ne pouvoir conduire à rien de substantiel et de précis, M. Lanson, plus hardi que moi, sa livrait à cet examen, et par une discussion minutieuse, subtile et fort bien conduite, il aboutissait à des résultats beaucoup plus positifs et concluants que je ne m’y serais attendu. Sans doute, il lui arrivait, chemin faisant, comme il nous arrive à tous, d’abonder un peu trop dans son sens, et de s’attarder à des arguments faciles à rétorquer et sans grande force probante. Mais il ne m’en coûte nullement de reconnaître que, sur le fond des choses, il a raison contre moi : le fort de son argumentation me parait décisif, et il aura l’honneur d’avoir restitué, je crois, définitivement, à Pascal un texte, d’ailleurs admirable, — dont j’avais indûment failli déposséder le grand écrivain.


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Car, je dois l’avouer, — et tant il est vrai que le scepticisme pur est une attitude intellectuelle difficile à soutenir ! — j’avais eu le tort de ne pas m’en tenir au doute provisoire en ce qui concerne l’attribution du Discours à Pascal. Je laissais entendre que l’hypothèse avait contre elle « des présomptions très fortes, » et j’en signalais rapidement quelques-unes : l’ignorance où nous avons été pendant deux siècles de l’existence du Discours, le contraste violent que forme l’opuscule avec tout ce que nous savons de l’œuvre et de la vie de Pascal. Emile Faguet et M. Lanson m’ont fait observer que ces deux faits peuvent donner lieu à toute sorte d’hypothèses contraires, et qu’en tout cas, il ne prouvent ni pour, ni contre l’attribution du Discours à Pascal. Réflexion faite, je reconnais le bien-fondé de leurs observations.

Mais, à vrai dire, ces observations n’entament pas le fond de la thèse que j’avais défendue, et puisqu’à cette thèse tout le monde s’est rallié, Emile Faguet comme M. Brunschvicg, et M. Lanson comme Emile Faguet, je suis, ce me semble, fondé à croire qu’elle est inattaquable. M. Lanson résume exactement ma pensée en ces termes : « On ne sait pas d’où viennent les copies du Discours sur les passions de l’amour ; on ne sait pas par qui, pour qui, ni pour quoi elles ont été faites ; on ne sait pas dans quel milieu elles ont circulé : personne n’a parlé de l’ouvrage, ni nommé l’auteur, hormis une voix inconnue dont un scribe inconnu s’est fait l’écho. » Nous n’avons donc aucune autorité extérieure digne de ce nom qui puisse nous garantir qu’en attribuant le Discours à Pascal, nous ne commettons pas une fausse attribution. Et jusqu’à plus ample informé, la seule attitude qu’on bonne critique nous ayons le droit de prondre est celle qui consiste à dire : « Je ne sais pas. » En la prenant, nous obéissons encore à Pascal, qui nous enseigne à « douter où il faut. »

En fait, à cette attitude, aucun critique, — suivant on cela mon déplorable exemple, — n’a pu se tenir.

Emile Faguet constate que toute investigation concernant la personnalité de l’auteur du Discours « se ramène ou à Pascal ou à quelqu’un qui aurait l’âme de Pascal, les sentiments ordinaires de Pascal, les idées ordinaires de Pascal et tout le talent de Pascal. » Et le fond de sa pensée est que ce quelqu’un, qui ressemble à Pascal comme un frère, ne peut être que Pascal lui-même.

M. Brunschvicg partage cet avis, mais il l’exprime avec plus d’ambiguïté. J’avais écrit : « Ni littérairement, ni même moralement, le Discours n’est assurément indigne de l’auteur des Pensées, voilà tout ce que l’on peut dire. » M. Brunschvicg s’empare de cette phrase, et il écrit à son tour : « Or, répondrons-nous, il suffit qu’on puisse dire cela pour que, — réserve faite d’une découverte future qui fournirait une preuve définitive dans un sens ou dans l’autre, — un écrit attribué par les manuscrits [il faudrait dire : l’une des deux copies] au seul Pascal, soit considéré comme une œuvre de Pascal. » Je ne suis pas très sûr de bien comprendre ; mais passons.

M. Lanson, serrant la question de plus près, mot en regard les uns des autres les passages des Pensées et les passages du Discours qui lui paraissent offrir entre eux quoique ressemblance, et qui sont, en effet, assez nombreux et frappants ; et il conclut avec raison que ces rencontres ne peuvent être fortuites, et que, « des lors, on est forcé de choisir entre trois hypothèses, les seules qui soient possibles : » ou bien le Discours est de Pascal ; — ou bien il est de quelqu’un que Pascal imite ; — ou bien il est de quelqu’un qui imite Pascal. Et il examine successivement ces trois hypothèses.

La dernière, celle qui forait du Discours un pastiche ou une imitation involontaire, — et pour laquelle, M. Lanson l’a justement noté, j’avais quelque tendresse, — lui paraît « séduisante, » et même, « à condition de ne pas mettre en avant de noms propres sur lesquels la discussion aurait prise » « la position » lui semble « inattaquable. » Au moins à première vue. Car, à la réflexion, suivant lui, des objections surfissent. M. Lanson ne se représente pas un bel esprit du XVIIe siècle se nourrissant des Pensées comme d’un livre classique et s’en inspirant, plus ou moins consciemment, pour écrire sur l’amour. D’autre part, la langue du Discours lui paraît, jusqu’à l’évidence, celle de la première moitié du XVIIe siècle, et il se trouve ainsi amené à en dater la rédaction d’avant 1670, date de la publication des Pensées.

Ces deux objections ne me frappent pas beaucoup, je l’avoue. Supposez un contemporain de Bossu-d, — ou de Pascal, mais ayant survécu à Pascal, — écrivant vers 16S0 ou 1690 : en quoi sa langue, je le demande, pourrait-elle bien différer de celle de l’auteur, quel qu’il soit, du Discours ? D’autre part, je crois que les Pensées, dès leur apparition, ont eu un très vif succès, aussi bien dans le monde profane que dans le monde dévot. Mme de La Fayette a pu dire que « c’était méchant signe pour ceux qui ne goûteraient pas ce livre, » et le. P. Griselle nous a révélé qu’il s’était formé tout un groupe d’admirateurs de Pascal, que l’on appelait les Pascalins. A priori, pourquoi veut-on qu’entre 1670 et 1700 il ne se soit pas trouvé quelque pascalin, — mondain plutôt que dévot, — pour écrire le Discours [2] ? Les difficultés soulevées contre une hypothèse, que par ailleurs on qualifie de « séduisante, » ne me paraissent donc pas insurmontables.

Il en va tout autrement de l’hypothèse qui ferait de l’auteur du Discours l’un des inspirateurs du Pascal des Pensées. Elle n’offre guère de consistance, et il n’y a pas lieu d’y insister bien longuement. Le Discours, — s’il n’est pas une imitation de Pascal, — révèle une personnalité littéraire et morale bien supérieure à toutes celles, de nous connues, qui, à l’époque de sa vie mondaine, ont entouré Pascal. On a prononcé, j’ai prononcé moi-même, en passant, et avec toute sorte de réserves, le nom de Méré. Mais, sans aller jusqu’à dire, avec Emile Faguet, que « Méré est un imbécile, » Méré n’eût, évidemment pas été capable d’écrire le Discours. Je passe sur d’autres raisons, que donne M. Lanson, et qui me semblent irréfutables. Et j’admets bien volontiers avec lui que, plutôt que d’attribuer à Méré, Milon, ou à je ne sais quel mystérieux inconnu de l’entourage mondain de Pascal le Discours sur les passions de l’amour, il est plus sage, plus simple et plus « économique » de l’attribuer à Pascal lui-même.

Et M. Lanson de conclure, provisoirement, que la balance qui, selon moi, « restait en équilibre, » maintenant « fléchit fortement du côté de Pascal. » Les raisons que j’ai fait valoir pour justifier l’hypothèse d’un pastiche ou d’une imitation involontaire de Pascal m’empêchent de souscrire pleinement à ce langage. Mais, pour suivre la métaphore, que la balance commence à fléchir du côté de Pascal, c’est ce que je reconnais sans la moindre difficulté.


* * *

« Cependant, dira-t-on, il n’y a rien dans tout cela de décisif. Rien ne fait preuve. C’est vrai. » C’est M. Lanson lui-même qui parle ainsi, et nous reconnaissons bien là la parfaite probité de sa pensée et sas légitimes exigences en matière de preuves. Et il en vient, quittant le terrain des hypothèses et des vraisemblances historiques, où, quoi que nous fassions, un peu de subjectivisme se mêle nécessairement à nos ignorances, à « essayer la seule méthode qui, dans l’espèce, puisse fournir une preuve, » j’entends une preuve positive.

« Pour établir, — avais-je écrit ici même, — d’une manière péremptoire l’authenticité du Discours, il faudrait découvrir, — et je ne crois pas que l’on y parvienne, — entre certaines des Pensées retrouvées au cours du XIXe siècle et certains passages du Discours des rapports si étroits, que l’identité de l’auteur s’imposerait. » M. Lanson veut bien approuver et reprendre cette observation ; il la complète avec raison, en remarquant qu’aux Pensées retrouvées au XIXe siècle il faudrait joindre celles qu’on a découvertes au XVIIIe siècle, puisque les manuscrits du Discours sont manifestement du XVIIe siècle. Et il se livre à ce minutieux travail de comparaison de textes dont les résultats ne m’inspiraient qu’une médiocre confiance. Je raisonnais, non. pas tout à fait a priori, mais d’après des impressions un peu superficielles. Au total, j’avais tort.

Car l’enquête de M. Lanson l’a conduit à des résultats que l’on peut considérer comme décisifs. Il les résume lui-même en ces termes : « Nous sommes en présence de trois passages du Discours qui ont un rapport plus frappant avec le texte du manuscrit des Pensées qu’avec le texte de Port-Royal, et en présence de trois autres, qui n’ont de rapport qu’avec des fragments de Pascal omis dans les éditions de Port-Royal et publiées par Bossuet, ou Faugère, ou au plus tôt en 1728. »

« De là vient, — lit-on dans Port-Royal, — que les hommes aiment tant Ie bruit et le tumulte du monde. » — L’auteur du Discours dit pareillement : « Il lui faut du remuement et de l’action. » Mais l’analogie est beaucoup plus grande, si l’on se reporte au texte original des Pensées : « le bruit et le remuement, » avait dit Pascal, que Port-Royal a cru devoir corriger et banaliser. L’auteur du Discours a donc retrouvé le texte primitif.

Simple et curieuse coïncidence, dira-t-on peut-être. Mais elle n’est pas unique. Et je voudrais pouvoir ici reproduire, ou tout au moins analyser les pages ingénieuses et subtiles où M. Lanson, rapprochant le texte du Discours de certaines pensées, montre, d’une part que, le Discours nous offre comme une forme « embryonnaire » de l’une des conceptions les plus originales de Pascal dans les Pensées, — sa théorie du bonheur, — et d’autre part, que le texte édulcoré et incomplet de Port-Royal n’aurait pu exercer quelque influence appréciable sur l’auteur du Discours.

« Ils (les esprits médiocres) sont machines partout, » lisons-nous dans le Discours, qui emploie ailleurs encore celle originale expression en rappliquant à l’homme. Or, le Pascal des Pensées emploie à trois reprises, dans un sens identique, cette même expression, mus le Pascal de l’édition Faugère, et non pas celui de Port-Royal. Si l’auteur du Discours n’est point Pascal, il est bien extraordinaire qu’il réinvente, en quelque sorte, le vrai Pascal, travesti par Port-Royal.

La théorie de la machine est commune au Discours et aux Pensées. « À force de parler d’amour, — lit-on dans le Discours, — on devient amoureux… L’on ne peut presque faire semblant d’aimer que l’on ne soit bien près d’être amant. » — Et dans les Pensées : « Suivez la manière par où ils ont commencé : c’est en faisant tout comme s’ils croyaient, en prenant de l’eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même, cela vous fera croire. » Evidemment, ces deux textes traduisent en termes très voisins la même pensée, appliquée à deux « ordres » différents, et rien ne serait plus vraisemblable que de les supposer issus pour ainsi dire l’un de l’autre. Mais à la condition qu’on lise les Pensées dans nos éditions modernes, et non pas dans celle de Port-Royal, qui a simplement écrit : « Suivez la manière par où ils ont commencé ; imitez leurs actions extérieures, si vous ne pouvez encore entrer dans leurs dispositions intérieures ; quittez ces vains amusements. » — « Aucune suggestion, a dit spirituellement et justement M. Lanson, ne pouvait sortir de cette rédaction timidement camouflée. »


Ces exemples suffisent sans doute, et la démonstration souhaitée est maintenant faite. Cette fois, la balance a fléchi totalement du côté de Pascal. « La philologie grecque ou latine s’estimerait fort heureuse d’avoir autant de raisons d’attribuer à Platon certains dialogues qu’on a renoncé à contester, et à Tacite le Dialogue des Orateurs. » Cette conclusion de M. Lanson sera la mienne. Rendons désormais à Pascal ce qui appartient à Pascal. Si l’on pouvait douter que le Pascal de Port-Royal fût l’auteur du Discours sur les passions de l’amour, le doute n’est plus permis pour le Pascal des vraies Pensées que nous a restituées la critique du XIXe siècle. Et je ne me repens pas d’avoir publiquement exprimé mon scepticisme, — un scepticisme d’ailleurs tout provisoire, — puisque ce scepticisme même a fait progresser la question, et a été l’occasion d’une nouvelle et plus précise enquête et l’origine d’une plus rigoureuse certitude.


VICTOR GIRAUD.

  1. Voyez, dans la Revue du 15 octobre 1917, notre article intitulé : Pascal a-t-il été amoureux ? à propos d’un nouveau manuscrit du « Discouru sur les passions de l’amour, » et notre Blaise Pascal, études d’histoire morale, 2e édition, Paris, Hachette, 1911. — - Cf. Œuvres de Blaise Pascal, publiées suivant l’ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notes par Léon Brunschvicg et Pierre Boutroux, t. III ; Paris, Hachette, 1908 ; — Discours sur les passions de l’amour, attribué à Pascal, avec un commentaire d’Emile Faguet ; Paris, Bernard Grasset, 1911 ; — Gustave Lanson, le « Discours sur les passions de l’amour » est-il de Pascal ? (The French Quarterly, january-march 1920.)
  2. Sans s’y arrêter longuement, M. Bruschvicg a envisagé avec une certaine complaisance cette hypothèse — Voyez dans la Revue de Fribourg de juillet 1907, l’article du P. Griselle sur Pascal et les Pascalins d’après des jugements contemporains.