Patrimoine et Identité/Introduction

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Mémoire d’histoire
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Introduction[modifier]

Jusqu’en 1997, j’ignorais entièrement l’existence de la commune de Les Fougerêts. Mes déplacements ne m’avaient jamais permis de m’aventurer jusque là, même si j’habitais à Saint-Perreux situé à une douzaine de kilomètres. Toutefois, une heureuse rencontre m’a fait découvrir une commune totalement différente de la mienne. Tout d’abord, l’attraction urbaine de Redon ne semblait pas avoir eu d’influence. Ensuite, de nombreux troupeaux de vaches parsemaient les champs, il y avait un nombre très important de jolies maisons anciennes, un Foyer des Jeunes (actif), et des personnes aux mœurs qui m’étaient totalement inconnues. Enfin, mon intérêt pour l’Histoire était comblé par l’existence d’un livre sur cette commune. Ainsi, lorsque j’ai choisi d’effectuer une maîtrise d’Histoire, une étude sur cette commune m’a semblé évidente avec l’idée sous jacente de m’interroger sur l’homme, son milieu et ses comportements. Un sujet sur le patrimoine m’est apparu comme le plus apte à concilier ce que j’avais pu déjà observer sur place et ce que, à fortiori, je pourrai interpréter.


Le patrimoine est une notion qui a largement évolué. Depuis la Révolution, ce mot a assimilé une multitude de domaines les plus variés. Aujourd’hui, la notion de patrimoine est plus que l’ensemble des chefs-d’œuvre artistiques, elle regroupe autant des milieux naturels que des vestiges industriels. Le patrimoine est devenu culturel. Il est «  (…) un regard porté sur certaines réalités matérielles ou non, (…) et leur a donné un sens, une utilité morale ou culturelle.» [1] Etudier le patrimoine, c’est appréhender les hommes au sein de leurs environnements physique et culturel, savoir quelles sont leurs références, comprendre les relations entre la société et ses productions. Il s’agit d’un vaste champ d’investigation, parfois très proche de l’écologie, de la sociologie et de l’ethnologie sans s’éloigner toutefois de l’histoire. Ces multiples analyses facilitent une réflexion sur l’identité car c’est au travers du patrimoine que se construit une identité. Les membres d’une communauté s’identifient, c’est à dire se considèrent comme mêmes, autour de référents communs à tous, véritables symboles, que sont leurs éléments patrimoniaux. Cela implique une étude moins objective, en ce sens que «  (…) ce qui constitue une identité, c’est essentiellement un ensemble de rapports, de perceptions et de représentations réciproques (…)»[2]. Il me faudra donc essayer de m’approcher au mieux du sentiment individuel d’appartenance à la communauté puisque « (…) les « frontières » sont avant tout « dans les têtes » (…) »[3]. Les références patrimoniales (et donc l’identité) peuvent changer et évoluer. Je veux mettre ainsi en évidence que selon les lieux, même très proches, à l’histoire parallèle, les éléments patrimoniaux peuvent se ressembler mais aussi diverger, voire s’opposer. C’est la sensation que j’ai ressentie, à plus petite échelle, lorsque j’ai connu la commune des Fougerêts. Bien que Saint-Perreux et Les Fougerêts soient, toutes deux, des communes rurales situées dans la basse vallée de l’Oust, les habitants ne se ressemblent pas, ne pratiquent pas les mêmes « traditions » et ne les vivent pas de la même façon. Etudier le patrimoine d’une commune, c’est comprendre ses hommes, ses femmes, et leurs références ; c’est aussi analyser la vision locale du patrimoine, comment elle se manifeste aujourd’hui et quelle a été son évolution. Finalement, tout cela concourt à constituer un ensemble de données auquel les habitants s’identifient, et qui est aussi, pour une personne extérieure, les particularités du lieu et des hommes. Comme le souligne, l’introduction au Dictionnaire du patrimoine breton, « Le patrimoine [est un] réservoir d’identité.»[4]

Ce mémoire de maîtrise d’Histoire va ainsi poser plusieurs questions : quel est le patrimoine des Fougerêts ? L’ensemble de la population se réfère t-il aux même éléments ? Quel est le regard que l’on y porte ? En quoi les éléments du patrimoine peuvent-ils illustrer une identité, et quelle est-elle ? En quoi peut-on dire qu’il s’agit d’un patrimoine breton ? Faut-il s’inquiéter de l’avenir, que restera t-il du passé ?

Je vais tenter de répondre à ces interrogations en dégageant dans une première partie une typologie du patrimoine des Fougerêts qui soulignera les grands éléments patrimoniaux de références à la communauté mais qui sont aussi, me semble t-il, les particularités de la commune. La seconde partie mettra en évidence, un regard, une vision qui transparaît des interventions et des choix des différents acteurs locaux du patrimoine. Je pourrai alors, dans un dernier temps, chercher à démontrer ce qu’est l’identité fougerêtaise, ce que cette identité doit au passé et ce qu’elle pourra être demain.



  1. Alain CROIX et Jean-Yves VEILLARD, «  Pour demain » in Dictionnaire du patrimoine breton, Rennes, Apogée, 2000, page 9.
  2. Pierre CORBEL, La figure du Gallo, Thèse de Sociologie, Paris, 1984, page 71.
  3. Ibid.
  4. Alain CROIX et Jean-Yves VEILLARD, «  Pour demain » in Dictionnaire du patrimoine breton, Rennes, Apogée, 2000, page 11.