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Pays de rêve (Gilkin)

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La NuitLibrairie Fischbacher (Collection des poètes français de l’étranger) (p. 87-89).
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PAYS DE RÊVE



Est-il une eau lustrale, est-il un bain magique
Pour laver les remords de mon cœur ulcéré ?
Est-il une eau lustrale, est-il un bain magique
Pour rafraîchir ce cœur amer et nostalgique
Qui pleure les pays où jamais je n’irai ?

Beaux pays, caressés de lumières soyeuses,
Fuyant sous des forêts mystiques de tilleuls,
Beaux pays, caressés de lumières soyeuses,
Qui de frais baisers d’or frôlent les eaux joyeuses
Des ruisseaux enfantins, heureux de leurs glaïeuls.

Sur le velours songeur des gazons et des mousses,
Aux palpitations lumineuses des fleurs,
Sur le velours songeur des gazons et des mousses
De purs adolescents et des vierges très douces
S’enivrent du silence ingénu de leurs cœurs.

Nus ou vêtus un peu de flottantes ceintures,
Les uns suivent des yeux de rouges papillons ;
Nus ou vêtus un peu de flottantes ceintures,
Quelques-uns, agitant d’odorantes verdures,
Éparpillent dans l’air leurs légers tourbillons.

Des vierges, tendrement l’une à l’autre enlacées,
Rencontrent en chantant sous les bosquets fleuris
Des vierges tendrement l’une à l’autre enlacées,
Et le vol des chansons suit le vol des pensées
Sous le vol gazouilleur des oiseaux favoris.

Là, des adolescents dans la fraîcheur des ondes
Baignent en souriant leur sereine beauté.
Là, des adolescents dans la fraîcheur des ondes
Caressent du regard leurs chairs roses et blondes
Et leur visage ami dans les eaux reflété.

D’autres, autour d’un frère aîné, qui les adore,
— Ô curiosité charmante et noble espoir ! —
D’autres, autour d’un frère aîné, qui les adore,
De sa lèvre au sang pur, qu’un duvet léger dore,
Recueillent les fruits mûrs de son divin savoir.

Les plus doux, les plus fiers, les plus mélancoliques
Contemplent longuement le paysage aimé.

Les plus doux, les plus fiers, les plus mélancoliques
Regardent dans leur cœur leurs rêves magnifiques
Fleurir comme un rosier splendide et parfumé.

Ah ! rêver avec eux l’infini de leur rêve,
Sourire à leur sourire et pleurer à leurs pleurs !
Ah ! rêver avec eux l’infini de leur rêve,
Vivre l’éternité divine en l’heure brève,
Le cœur enfin guéri d’un passé de douleurs !

Est-il une eau lustrale, est-il un bain magique
Pour laver les remords de mon cœur ulcéré ?
Est-il une eau lustrale, est-il un bain magique
Pour rafraîchir ce cœur amer et nostalgique
Qui pleure les pays où jamais je n’irai ?