Paysages d’été

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Paysages d’été
Crès (p. 20-21).

Paysages d’été


I


Peindrai-je de ces monts les groupes lumineux.
Que le Soleil enflamme au travers de la nue ;
Ces vallons ombragés de bois majestueux ;
Ce fleuve qui se roule en replis sinueux,
Et renvoie aux rochers, des clartés ondoyantes ;
Ce vent doux qui frémit sur les vagues brillantes ;
Ce long tapis de fleurs, déployé sur les prés ;
Ces collines, ces tours, ces villages dorés,
Ces épis balançant leurs têtes jaunissantes,
Et toutes ces couleurs qui, fuyant par degrés,
Semblent au loin se perdre en vagues transparentes ?

II


Que le sommeil est doux sur un lit de gazon,
Près d’un ruisseau plaintif qui descend des montagnes !
Quel plaisir d’être assis dans le fond des valions,
Et d’entendre à ses pieds le bruit des moucherons
Pendant que le midi brûle au loin les campagnes ?

III


Quel beau soir ! les zéphirs et leurs molles haleines
Courbent légèrement la pointe des guérets ;
Un torrent de parfums sort des bois et des plaines ;
Le Soleil, en fuyant, se projette à longs traits
Sur les monts, sur les tours, sur les eaux des fontaines,
Un éclat vaporeux répandu dans les airs,
Comme un voile de pourpre, embrase l’univers.
Des nuages d’argent, d’azur et d’amarante,
Ornements passagers de la robe des cieux,
Se suivent doucement dans leur forme changeante,
Comme un songe riant qui se peint dans nos yeux…
Quelques restes de jour percent l’obscurité
Et vont frapper les monts qui s’enflamment encore.
Mais d’un rouge foncé l’occident se colore ;
Les plaines, les vallons, le bosquet agité,

Tel qu’un fantôme vain dont l’erreur nous abuse,
N’offrent plus à nos yeux qu’une image confuse.
Près de chaque buisson, dans les bois tortueux,
Le ver étincelant luit au fond des ombrages ;
Les astres sur les eaux réfléchissent leurs feux ;
L’éclair brille au midi sans annoncer d’orages.