Pensées de toutes les couleurs/PETITS CONSEILS QUE NUL NE SUIVRA

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Calmann-Lévy, éditeurs (p. 151-166).


PETITS CONSEILS----------
----------QUE NUL NE SUIVRA


Si vous tenez à être aimé de vos amis et applaudi par le public, n’ayez garde de vous laisser oublier.

Pour avoir le droit d’exiger que les autres fassent leur devoir, commençons d’abord par faire le nôtre.

Le travail est un des plus énergiques désinfectants de l’âme.

Donnons de nous-mêmes le plus possible aux autres, afin qu’il nous en reste le moins possible à analyser.

Ne prenons pas trop souci des décisions humaines. Leurs effets ne sont que temporaires. Et Dieu est là-haut, — qui juge en dernier ressort.

Les enfants sont des singes. Tâchons de ne leur donner que du bon à imiter.

Pour reprocher aux autres de n’être jamais désintéressés, commençons par l’être toujours nous-mêmes.

Si le désir n’est pas mort en toi, tâche de désirer toujours quelque chose !

Le meilleur conseil pour la conduite de la vie ? — Avoir toujours quelque chose à faire et quelqu’un à aimer.

Le vrai moyen d’être heureux serait de ne rien regretter du passé, de ne rien demander au présent, de ne rien attendre de l’avenir… Malheureusement, c’est impossible.

Il est dangereux de compter sur le hasard ; c’est pourtant lui qui compte le plus.

Pour agrémenter la vie, tâchons de mettre un peu de gravité dans les choses frivoles et un peu de frivolité dans les choses graves.

Ne dites pas d’un jeu qu’il est stupide ; dites seulement qu’il ne vous amuse pas.

Défions-nous des jugements trop hâtifs. Avant de dire de quelqu’un : « Il aurait faire cela ! » assurons-nous d’abord qu’il aurait pu le faire.

Quand une journée nous semble interminable, songeons, pour nous donner courage, à tant de journées interminables qui se sont terminées.

Pour supporter les souffrances du jour même, pensons à celles de la veille, qui sont déjà loin.

Au fond rien n’a d’importance ; mais notre devoir et notre intérêt est d’en attacher à tout.

Quand nous nous plaignons de n’être pas assez libres (et qui l’est ici-bas ?), pensons aux condamnés à une détention perpétuelle et aussitôt un vent de liberté nous rafraîchira le front.

Quand il pleut au dehors, reste au dedans et tâche de vivre au mieux avec toi-même.

Ne dites pas : « J’aime la musique », mais : « J’aime telle ou telle musique ».

Défions-nous également des bavards et des silencieux : les uns nous forcent à ne rien dire, les autres à parler trop.

Aux heures de mélancolie et de désespérance, accrochez-vous au travail comme le passager à un cordage quand le bateau s’incline, tout près de sombrer.

Gardez-vous de citer un enfant comme modèle à un autre enfant : c’est le meilleur moyen de le lui faire détester.

Chaque matin, en aérant notre chambre, tâchons d’aérer aussi notre âme.

Dès le réveil, pour traverser la journée, jetons-nous dans la vie comme le nageur se jette à l’eau pour traverser un fleuve.

Occupez votre vie afin de l’oublier.

Même si vous n’avez rien à faire, persuadez-vous que vous êtes très occupé : vous finirez par le croire. Et vous en tirerez un bénéfice moral.

« À quoi bon ? » et « Remettons à demain ! » Deux petites phrases de trois mots chacune qui ont fait du tort à des milliers de gens.

Se lamenter sur le passé et se plaindre du temps qu’il fait sont paroles vaines : ce sont pourtant celles auxquelles nous nous attardons le plus volontiers.

La paresse est comme l’ombre fraîche, après une course au soleil. On s’y repose délicieusement… et l’on en meurt.

La plainte peut atténuer la douleur physique ; elle ne fait qu’augmenter la douleur morale.

Rien de plus fatigant que la paresse.

Parler peu et avoir l’air de s’intéresser à ce que disent les autres : deux moyens excellents pour réussir en société.

Tâchons de ne voir que le bon côté des choses. Quand il pleut à verse, répétons-nous :

« C’est fameux pour les petits pois ! »

Quand on s’aime, il ne faut jamais se quereller, même en plaisantant. Un mot échappe parfois, involontaire et exagérant la pensée, qui perce le cœur, tel qu’une flèche barbelée, et s’y incruste pour toute la vie.

« Rien ne vaut la peine de rien ! » — D’accord !… Mais… « faut pas l’dire » !

Respectons toutes les religions, et aimons la nôtre.

Un vieux magistrat me disait : « Répondez le moins possible aux attaques de la Presse. Si on vous a accusé d’avoir assassiné quelqu’un, à la suite de votre réponse, on ajoutera que vous l’avez coupé en morceaux. »

L’art n’existe qu’à condition d’être sincère. Si tu n’as rien à exprimer, tais-toi !

Ne dites jamais : « Je voudrais être un tel ! » Un tel, à la même heure, fait peut-être le même souhait à votre endroit.

Pour supporter la vie, tâchons d’avoir toujours quelque chose à faire et quelqu’un à aimer.

Étant lui-même capable de tout, en bien comme en mal, l’homme, logiquement, ne devrait jamais s’étonner de ce que peuvent faire les autres.

Pour n’être pas tout à fait malheureux, pénétrons-nous de cette vérité qu’on n’est pas né pour être heureux.

Homme ! si âgé que tu sois, fais des projets comme si tu avais toujours cent ans à vivre !

On a envie de crier à l’orgueilleux :

« Pense donc un peu à ce que tu seras huit jours seulement après ta mort, mon bonhomme ! »