Pierre Curie (Marie Curie)/6

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


CHAPITRE VI

LA LUTTE POUR LES MOYENS DE TRAVAIL. — LE FARDEAU DE LA CÉLÉBRITÉ. — PREMIER EFFORT DE L’ÉTAT. — IL EST TROP TARD.


Malgré notre désir de concentrer tout notre effort sur le travail dans lequel nous étions engagés, et malgré la modicité de nos besoins, nous dûmes reconnaître vers 1900 qu’une augmentation de nos ressources devenait indispensable. Pierre Curie se faisait d’ailleurs peu d’illusions sur ses chances d’obtenir à Paris une des chaires importantes, qui, sans être largement rétribuées, permettaient alors à une famille peu exigeante de subsister sans revenu supplémentaire. N’ayant passé ni par l’École normale, ni par l’École polytechnique, il manquait de l’appui souvent décisif que ces grandes Écoles donnent à leurs élèves ; des postes auxquels il eût pu prétendre en raison de ses travaux, furent attribués sans qu’on songeât seulement à la possibilité de sa candidature. Au début de 1898, il demanda sans succès la chaire de chimie-physique, devenue vacante à la mort de Salet, et cet échec le confirma dans l’opinion qu’il n’avait pas de chance d’avancement. Il obtint, cependant, en mars 1900, le poste de répétiteur à l’École polytechnique, qu’il ne conserva, d’ailleurs, que six mois. En été 1900, il lui vînt une proposition inespérée : une chaire de physique lui était offerte par l’Université de Genève. Le doyen de cette Université lui communiqua cette offre de la manière la plus cordiale, en insistant sur ce fait que son Université était disposée à faire un effort exceptionnel pour s’attacher un savant aussi estimé ; les avantages envisagés étaient un traitement supérieur au taux normal, la promesse du développement du Laboratoire de physique pour les besoins de nos travaux et une situation officielle pour moi dans ce Laboratoire. Cette proposition méritait l’examen le plus attentif : nous fîmes donc une visite à l’Université de Genève, dont l’accueil fut aussi encourageant que possible.

La décision qu’il s’agissait de prendre était pour nous d’une gravité considérable. Genève nous offrait une bonne situation matérielle avec une possibilité de vie tranquille, comparable à la vie de campagne. Pierre Curie fut donc très tenté d’accepter, et c’est l’intérêt immédiat de nos recherches sur le radium qui lui fit prendre finalement la décision opposée. Il craignait, en effet, l’interruption de ces recherches nécessitée par le changement de situation.

Une chaire de physique était alors libre dans l’enseignement du P. C. N. ; il la demanda et fut nommé chargé de cours, grâce à l’appui d’Henri Poincaré qui tenait à lui éviter l’obligation de quitter la France. En même temps, j’étais chargée de Conférences de physique à l’École normale supérieure des jeunes filles, à Sèvres.

Ainsi nous restions à Paris avec un revenu augmenté. Par contre, nos conditions de travail étaient devenues plus difficiles. Pierre Curie avait la charge d’un double enseignement ; celui du P. C. N. le fatiguait en raison du très grand nombre d’élèves. De mon côté, je devais consacrer beaucoup de temps à la préparation de mes Conférences à Sèvres et à l’organisation des manipulations que je jugeais très insuffisantes.

Il n’existait point de laboratoire attaché aux nouvelles fonctions de Pierre Curie ; un petit bureau et une salle de travail unique était tout ce dont il disposait dans l’annexe de la Sorbonne destinée à l’enseignement du P. C. N., et située 12, rue Cuvier. Et pourtant Pierre Curie avait le besoin absolu de travailler lui-même, et de plus, dans sa nouvelle situation à la Sorbonne, il avait la ferme volonté de recevoir et de faire travailler des élèves, ainsi que l’exigeait d’ailleurs l’extension rapide des recherches sur la radioactivité. Il commença donc des démarches en vue de l’augmentation du local disponible. Ceux qui ont fait des démarches semblables savent les difficultés financières et administratives auxquelles on se heurte, et se souviennent du nombre considérable de lettres officielles, de visites et de réclamations indispensables pour obtenir le moindre avantage. Pierre Curie en était extrêmement fatigué et découragé. Il devait, de plus, circuler constamment entre le P. C. N. et le hangar que nous occupions toujours à l’École de physique.

D’ailleurs notre travail ne pouvait plus progresser qu’avec l’aide de moyens industriels pour le traitement de la matière première. Cette question a été résolue grâce à des expédients et à des concours bénévoles Dès 1899, Pierre Curie réussit à organiser un premier essai de traitement industriel, en utilisant une installation de fortune, facilitée par la Société Centrale de produits chimiques, avec laquelle il était en relations pour la construction de ses balances. Les détails techniques ont été mis au point, d’une manière très heureuse, par A. Debierne, et les opérations conduisirent à un bon résultat, bien qu’il ait fallu former un personnel pour ce travail chimique demandant des précautions spéciales.

Comme nos travaux avaient déterminé un mouvement scientifique général, des essais analogues furent entrepris à l’étranger. Pierre Curie adopta, en cette circonstance, l’attitude la plus désintéressée et la plus libérale. D’accord avec moi, il renonça à tirer un profit matériel de notre découverte : en conséquence, nous n’avons pris aucun brevet et nous avons publié, sans aucune réserve, tous les résultats de nos recherches, ainsi que les procédés de préparation du radium. Nous avons, de plus, donné aux intéressés tous les renseignements qu’ils sollicitaient. Cela a été un grand bienfait pour l’industrie du radium, laquelle a pu se développer en toute liberté, d’abord en France, puis à l’étranger, fournissant aux savants et aux médecins les produits dont ils avaient besoin. Cette industrie utilise, d’ailleurs, encore aujourd’hui presque sans modifications, les procédés que nous avions indiqués[1].

Bien que notre traitement industriel ait donné de bons résultats, il nous était difficile de le continuer avec le peu de moyens dont nous disposions. S’inspirant de cet essai, un industriel français, Armet de Lisle, eut en 1904 l’idée qui pouvait paraître hardie à cette époque, de fonder une véritable usine de radium, pour fournir cette matière aux médecins dont l’intérêt était éveillé par les travaux qui venaient de paraître sur ses effets biologiques et ses applications thérapeutiques. Le projet a été mis en exécution avec succès, grâce à l’emploi de collaborateurs déjà formés auprès de nous pour cette fabrication délicate, en particulier F. Haudepin et J. Danne. Le radium a donc été régulièrement mis en vente, à un prix élevé, il est vrai, en raison des conditions spéciales de cette industrie et des prix, aussitôt augmentés, des minéraux exploitables[2]. Il convient d’apprécier le sentiment qui engagea Armet de Lisle à nous offrir son concours, et de mettre à notre disposition, d’une manière entièrement désintéressée, un petit local appartenant à son usine et une partie des moyens nécessaires pour y travailler. D’autres moyens ont été fournis soit par nous-mêmes, soit par des subventions, dont la plus importante, accordée en 1902 par l’Académie des sciences, se montait à 20.000 francs.

C’est ainsi que le minerai que nous possédions a été utilisé peu à peu pour la préparation d’une certaine quantité de radium, qui a été constamment utilisée pour nos recherches. Le baryum radifère était extrait à l’usine, et je m’occupais au laboratoire de la purification et de la cristallisation fractionnée. J’ai réussi à préparer en 1902 un décigramme de chlorure de radium pur ne donnant plus que le spectre de l’élément nouveau radium. J’ai fait une première détermination du poids atomique, très supérieur à celui du baryum. Ainsi l’individualité chimique du radium se trouvait entièrement établie, et la réalité des radioéléments était désormais un fait acquis sans controverse possible.

Ce travail m’a servi de thèse de doctorat, présentée en 1903.

Plus tard, la quantité de radium extraite pour le laboratoire a été augmentée ; en 1907, j’ai pu faire une deuxième détermination plus précise du poids atomique (225,35) ; on admet actuellement le nombre 226. J’ai pu aussi, en commun avec A. Debierne, obtenir le radium à l’état de métal. La quantité de radium finalement préparée, et donnée par moi au laboratoire, d’accord avec les intentions de Pierre Curie, dépasse un gramme de radium-élément.

L’activité du radium pur a été reconnue supérieure à toutes nos prévisions. À poids égal, cette substance émet un rayonnement plus d’un million de fois plus intense que l’uranium. En revanche, la quantité de radium contenue dans les minéraux d’urane ne dépasse guère trois décigrammes de radium par tonne d’uranium. Il y a une connexion étroite entre ces deux substances ; on sait aujourd’hui que le radium se produit aux dépens de l’uranium dans les minerais.

Les années qui suivirent sa nomination au P. C. N. ont été dures pour Pierre Curie ; il lui fallait faire face aux nombreux soucis d’une organisation de travail compliquée, alors qu’il ne pouvait être heureux qu’en concentrant son effort sur un sujet déterminé. La fatigue physique due aux nombreuses courses auxquelles il était obligé lui était d’autant plus pénible qu’il souffrait de crises de douleurs aigues, rendues de plus en plus fréquentes par le surmenage.

C’était donc pour lui un besoin vital de voir alléger sa tâche professionnelle, afin d’épargner ses forces et de préserver sa santé. Il se décida à demander la chaire de minéralogie devenue vacante à la Sorbonne, pour laquelle il était entièrement qualifié, en raison de ses connaissances approfondies et des travaux importants qu’il avait publiés sur les théories de la physique cristalline. Il ne fut cependant pas nommé. Pendant cette période pénible, il réussit néanmoins, par un effort véritablement surhumain, à mener à bien et à publier plusieurs recherches faites seul ou en collaboration :

Recherches sur la radioactivité induite (en collaboration avec A. Debierne) ;

Recherches sur le même sujet (en collaboration avec J. Danne) ;

Recherches sur la conductibilité provoquée dans, les diélectriques liquides par les rayons du Radium et les rayons de Rœntgen ;

Recherches sur la loi de décroissance de l’émanation du radium et sur les constantes radioactives qui caractérisent cette émanation et son dépôt actif ;

Découverte du dégagement de chaleur produit par le radium (en collaboration avec A. Laborde) ;

Recherches sur la diffusion de l’émanation du radium dans l’air (en collaboration avec J. Danne) ;

Recherches sur la radioactivité des gaz des sources thermales (en collaboration avec A. Laborde) ;

Recherches sur les effets physiologiques des rayons du radium (en commun avec Henri Becquerel) ;

Recherches sur l’action physiologique de l’émanation du radium (en commun avec Bouchard et Balthazard) ;

Sur un appareil pour la détermination des constantes magnétiques (en commun avec G. Chéneveau).

Toutes ces recherches sur la radioactivité sont fondamentales et s’adressent à des sujets très variés. Plusieurs ont pour but l’étude de l’émanation, ce corps gazeux étrange que produit le radium, et qui est responsable, pour une forte part, du rayonnement intense, communément attribué à ce dernier. Pierre Curie mit en évidence, dans une étude approfondie, la loi rigoureuse et invariable, suivant laquelle l’émanation se détruit quelles que soient les conditions dans lesquelles elle se trouve. Aujourd’hui, l’émanation du radium, récoltée dans de fines ampoules, est couramment employée par les médecins comme agent thérapeutique ; des considérations techniques font fréquemment préférer son emploi à l’utilisation directe du radium, et nul médecin ne peut alors se dispenser de consulter le tableau numérique qui lui dit combien il a disparu chaque jour de cette émanation, pourtant cloîtrée dans sa prison de verre.

C’est cette même émanation qui se trouve en petite quantité dans des eaux minérales et qui peut intervenir dans leurs effets curatifs.

Plus frappante encore a été la découverte du dégagement de chaleur du radium. Sans s’altérer en apparence, ce corps dégage en chaque heure une quantité de chaleur plus que suffisante pour fondre son propre poids de glace. Bien protégé contre la déperdition extérieure, le radium s’échauffe, et sa température peut s’élever de 10° et davantage au-dessus de celle du milieu ambiant. C’était un défi à l’expérience scientifique contemporaine.

On ne peut, enfin, passer sous silence, en raison de leurs répercussions, les expériences relatives aux effets physiologiques du radium.

Dans le but de contrôler ces effets qui venaient d’être annoncés par F. Giesel, Pierre Curie a exposé volontairement son bras à l’action du radium pendant quelques heures. Il en est résulté une lésion semblable à une brûlure, qui se développa progressivement et mit plusieurs mois à guérir. Henri Becquerel eut une brûlure analogue par accident, alors qu’il transportait dans une poche de gilet un tube de verre contenant un sel de radium. Il vint nous raconter le résultat néfaste produit par le radium et s’écria d’un air à la fois ravi et contrarié : « Je l’aime, mais je lui en veux ».

Comprenant l’intérêt considérable de ces résultats, Pierre Curie entreprit, en collaboration avec des médecins, l’étude citée ci-dessus, faite sur des animaux soumis à l’action de l’émanation du radium. Ces recherches ont été le point de départ de la radiumthérapie. Les premiers essais de traitement par le radium ont été faits avec des produits prêtés par Pierre Curie et avaient pour objet la guérison du lupus et autres lésions de la peau. Ainsi la radiumthérapie, branche importante de la médecine, fréquemment désignée sous le nom de curiethérapie, a pris naissance en France et a été développée tout d’abord par les travaux de médecins français (Danlos, Wickham, Dominici, Degrais, etc. [3]).

Cependant, la grande impulsion qui avait été donnée à l’étude de la radioactivité à l’étranger, détermina une succession rapide de découvertes nouvelles. Plusieurs savants s’étaient engagés dans la recherche de radioéléments nouveaux, suivant la méthode nouvelle d’analyse chimique, avec l’aide du rayonnement, que nous avions inaugurée. Ainsi ont été trouvés : le mésothorium qu’utilisent maintenant les médecins et qui fait l’objet d’une fabrication industrielle : le radiothorium, l’ionium, le protactinium, le radioplomb et autres substances solides. Actuellement, nous connaissons, en tout, environ trente radioéléments, (parmi lesquels trois gaz ou émations), mais, entre tous, le radium joue toujours le rôle le plus important, grâce à l’intensité considérable de son rayonnement qui ne s’affaiblit au cours des années qu’avec une lenteur extrême.

L’année 1903 a été particulièrement importante dans l’évolution de la nouvelle science. En France, le travail sur le radium, élément chimique nouveau, venait d’être achevé, et Pierre Curie mettait en évidence le surprenant dégagement de chaleur auquel donne lieu cet élément, tout en restant en apparence inaltéré. En Angleterre, Ramsay et Soddy annonçaient une grande découverte : ils constataient que le radium donne lieu à une production continue de gaz hélium, et cela dans des conditions qui obligent à croire à une transformation atomique. Si, en effet, un sel de radium fondu est conservé pendant quelque temps dans un tube de verre scellé, complètement vide d’air, on peut, en fondant le sel à nouveau, lui faire dégager une petite quantité d’hélium, facile à mesurer et à reconnaître à l’aspect de son spectre. Cette expérience fondamentale a reçu des confirmations nombreuses ; elle nous offre le premier exemple d’une transformation d’atomes, indépendante, il est vrai, de notre volonté, mais pourtant réduisant à néant la théorie de la fixité absolue de l’édifice atomique.

Tous ces faits, ainsi que quelques autres précédemment connus, ont fait l’objet d’une synthèse de la plus haute valeur, œuvre de E. Rutherford et F. Soddy, qui ont proposé une théorie des transformations radioactives, aujourd’hui universellement adoptée. D’après cette théorie, tout radioélément, même quand il paraît inaltéré, est en voie de transformation spontanée, et plus la transformation est rapide, plus le rayonnement est intense[4].

Un atome radioactif peut se transformer de deux manières : il peut expulser de son intérieur un atome d’hélium qui, lancé avec une vitesse énorme et avec une charge positive, constitue un rayon α ; ou bien, il peut détacher de sa structure un fragment beaucoup plus petit, un de ces électrons auxquels nous a habitués la physique moderne, et dont la masse, 1800 fois plus petite que celle d’un atome d’hydrogène, quand la vitesse est modérée, grandit démesurément quand la vitesse devient voisine de celle de la lumière ; ces électrons qui portent une charge négative forment les rayons β. Quel que soit le fragment détaché, l’atome résiduel ne ressemble plus à l’atome primitif ; ainsi quand l’atome de radium a expulsé un atome d’hélium, le résidu est un atome gazeux d’émanation. Ce résidu se transforme à son tour, et le processus ne s’arrête qu’en atteignant un dernier résidu qui est stable et n’émet aucun rayonnement. La matière stable est de la matière inactive.

Les rayons α et β résultent ainsi de la fragmentation des atomes ; les rayons γ sont une radiation analogue à la lumière qui accompagne le cataclysme de la transformation atomique. Ils sont très pénétrants, et ce sont eux que l’on utilise le plus souvent dans les méthodes thérapeutiques jusqu’ici élaborées[5].

Ainsi les radioéléments forment des familles, dont chaque membre dérive d’un membre précédent par filiation directe, et dont les éléments primaires sont l’uranium et le thorium. On peut, en particulier, établir que le radium est un descendant de l’uranium et le polonium un descendant du radium. Puisque chaque radioélément se détruit en même temps qu’il est formé par la substance mère, il ne peut s’accumuler en présence de celle-ci que jusqu’à une proportion limite déterminée, et c’est ainsi que le rapport du radium à l’uranium est constant dans les minéraux très anciens inaltérés.

La destruction spontanée des radioéléments a lieu suivant une loi fondamentale, dite loi exponentielle, d’après laquelle la quantité de chaque radioélément diminue de moitié en un temps toujours le même, nommé période, et susceptible de caractériser sans ambiguïté l’élément considéré. Ces périodes, qui ont pu être mesurées par diverses méthodes, sont très variées. La période de l’uranium est de quelques milliards d’années, celle du radium d’environ 1600 ans, celle de son émanation d’un peu moins de quatre jours, et parmi les descendants suivants il en est dont la période est une petite fraction de seconde. La loi exponentielle a un sens philosophique profond ; elle indique que la transformation se produit suivant les règles du hasard. Les raisons qui déterminent la transformation sont restées mystérieuses, et l’on ne sait encore si elles dérivent de causes extérieures à l’atome ou de considérations d’instabilité interne. En tout cas, aucune action extérieure ne s’est montrée efficace jusqu’à présent pour influencer la transformation.

Cette succession rapide de découvertes bouleversant les conceptions scientifiques acquises par la physique et la chimie, n’a pas été sans rencontrer tout d’abord des doutes et de l’incrédulité, mais une grande partie du monde scientifique l’accueillit avec enthousiasme. En même temps, la notoriété de Pierre Curie grandit en France et à l’étranger. Déjà en 1901, l’Académie des sciences lui avait accordé le prix Lacaze. En 1902, Mascart qui lui avait bien des fois prêté un appui précieux, l’engagea à poser sa candidature à l’Académie des Sciences ; Pierre Curie ne se décida qu’avec difficulté, son opinion étant que l’Académie devait élire ses membres sans que ceux-ci aient à solliciter leur élection et à faire des visites. Il se présenta néanmoins, sous l’insistance amicale de Mascart, mais surtout en considération de ce fait que la Section de physique de l’Académie s’était déclarée unanime en sa faveur. Malgré cela, sa candidature échoua, et c’est seulement en 1905 qu’il devint membre de l’Institut, dont il ne fit même pas partie pendant une année.

Au cours de l’année 1903, Pierre Curie se rendit avec moi à Londres, sur l’invitation de la Royal Institution, pour y faire une conférence sur le radium. Une réception très enthousiaste lui fut faite à cette occasion. Il a été heureux de revoir en cette circonstance lord Kelvin, qui lui avait toujours témoigné de l’affection et qui, déjà très âgé à cette époque, avait un intérêt toujours jeune pour la science. L’illustre savant montrait avec une satisfaction touchante une ampoule de verre contenant un grain de sel de radium qui lui avait été donnée par Pierre Curie. Nous avons rencontré aussi d’autres savants célèbres : Crookes, Ramsay, J. Dewar ; Pierre Curie publia, en collaboration avec ce dernier, un travail sur le dégagement de chaleur par le radium aux très basses températures, ainsi que sur la formation d’hélium dans les sels de radium.

Quelques mois plus tard, la médaille Davy lui était décernée (en commun avec moi) par la Société Royale de Londres, et presque en même temps nous obtenions, en commun avec Henri Becquerel, le prix Nobel de physique. Des considérations de santé nous empêchèrent de nous rendre à la cérémonie de la remise de ce prix en décembre, et c’est seulement au mois de juin 1905 que nous avons pu aller à Stockholm, et que Pierre Curie y a fait sa conférence Nobel. L’accueil que nous avons reçu a été plein de sympathie, et nous avons pu admirer l’aspect du pays dans l’éclat des beaux jours d’été.

L’attribution du prix Nobel a été pour nous un événement important en raison du prestige qui s’attachait à la fondation Nobel, encore récente (1901). Au point de vue pécuniaire, la moitié du prix représentait une somme sérieuse. Pierre Curie put désormais se faire remplacer dans son enseignement à l’École de physique par Paul Langevin, un de ses anciens élèves, et physicien de grande compétence [6]. Il prit aussi un préparateur particulier pour l’aider dans ses travaux.

Toutefois la publicité déterminée par cet heureux événement pesa aussitôt très lourdement sur un homme qui n’y était ni préparé, ni habitué. Ce fut une avalanche de visites, de lettres, de demandes d’articles et de conférences, causes constantes de perte de temps, d’énervement et de fatigue. Il était bienveillant et n’aimait pas répondre à une demande par un refus ; mais, d’autre part, il se rendait compte qu’il ne pouvait céder aux sollicitations qui l’accablaient, sans conséquences funestes pour sa santé, pour la paix de son esprit et pour son travail. Dans une lettre à Ch.-Ed. Guillaume, il disait : « On nous demande des articles et des conférences, et quand plusieurs années se seront écoulées, ceux-là même qui nous les demandent s’étonneront de voir que nous n’avons pas travaillé ».

Voici comment il s’exprimait, dans d’autres lettres de la même époque, adressées à E. Gouy qui a bien voulu me les communiquer, ce dont je le remercie sincèrement.


20 mars 1902.

Comme vous avez pu voir, la fortune nous favorise en ce moment, mais ces faveurs de la fortune ne vont pas sans de nombreux tracas. Jamais nous n’avons été moins tranquilles qu’en ce moment. Il y a des jours où nous n’avons pas le temps de souffler. Et dire que nous avons rêvé vivre en sauvages loin des êtres humains.


22 janvier 1904.

Mon cher ami, je voulais vous écrire depuis bien longtemps ; excusez-moi si je ne l’ai pas fait. Cela tient à la vie stupide que je mène en ce moment. Vous avez vu cet engouement subit pour le radium. Cela nous a valu tous les avantages d’un moment de popularité. Nous avons été poursuivis par des journalistes et des photographes de tous les pays du monde : ils ont été jusqu’à reproduire la conversation de ma fille avec sa bonne et à décrire le chat blanc et noir qui est chez nous, puis nous avons eu des demandes d’argent en grand nombre, enfin des collectionneurs d’autographes, des snobs, des gens du monde et même quelquefois des gens de science, sont venus nous voir dans le magnifique local de la rue Lhomond que vous connaissez. Avec tout cela plus un instant de tranquillité au laboratoire et une volumineuse correspondance à expédier tous les soirs. À ce régime, je sens l’abrutissement m’envahir. Tout ce bruit n’aura peut-être pas été inutile cependant pour me faire avoir une chaire et un laboratoire. À vrai dire, il faut créer une chaire, et je n’aurai pas tout d’abord le laboratoire ; j’aurais préféré l’inverse, mais Liard veut profiter du mouvement présent pour faire créer la chaire nouvelle qui sera ensuite acquise pour l’université. Ils créent une chaire sans programme, ce sera quelque chose comme un cours au Collège de France, et je crois que je serai obligé de changer de sujet chaque année ce qui me donnera beaucoup de mal.


31 janvier 1905.

J’ai dû renoncer à aller en Suède. Nous sommes, comme vous voyez, tout ce qu’il y a de moins en règle avec l’Académie suédoise. À la vérité, je n’arrive à me maintenir en état qu’en évitant toute fatigue physique. Ma femme est dans le même cas que moi, et il ne faut plus songer aux grandes journées de travail d’autrefois.

Comme travail, je ne fais rien pour le moment ; avec mon cours, les élèves, les appareils à installer et la procession interminable de gens qui viennent me déranger sans raison sérieuse, la vie se passe sans que j’aboutisse à rien de bien utile.


24 juillet 1905.
Mon cher ami,

Nous avons bien regretté d’avoir été privés cette année de votre visite et nous espérons vous voir en octobre. Si l’on ne réagit pas de temps en temps, on finit par perdre de vue ses amis les meilleurs et les plus sympathiques et on fréquente d’autres personnes uniquement parce que l’on a facilement l’occasion de les rencontrer.

Nous menons toujours la même vie de gens très occupés pour ne rien faire d’intéressant. Voilà plus d’un an que je n’ai fait aucun travail, et je n’ai pas un moment à moi. Évidemment, je n’ai pas encore trouvé le moyen de nous défendre contre l’émiettement de notre temps, et c’est cependant bien nécessaire. C’est une question de vie ou de mort au point de vue intellectuel.


Au total, malgré ces complications extérieures, notre vie, par un effort de volonté commune, resta aussi simple et aussi retirée que précédemment. Vers la fin de 1904, notre famille s’accrut par la naissance d’une deuxième fille, Ève-Denise, dans la modeste maison du boulevard Kellermann, où nous vivions, toujours avec le docteur Curie, ne voyant que des amis peu nombreux.

Notre fille aînée, en grandissant, commençait à devenir une petite compagne pour son père qui s’intéressait beaucoup à son éducation et se promenait volontiers avec elle à ses moments de liberté, surtout aux jours de vacances. Il entretenait avec elle des conversations graves, répondait à toutes ses questions et jouissait du développement progressif de son jeune esprit.

Avec le grand succès de Pierre Curie à l’étranger, son appréciation complète en France, quoique tardive, était enfin venue. Il était à quarante-cinq ans au premier rang des savants de son pays, et pourtant il occupait dans l’enseignement une situation inférieure. Cet état de choses anormal émut l’opinion publique en sa faveur ; sous l’influence de ce courant d’opinion, le recteur de l’Académie de Paris, Liard, demanda au Parlement la création d’une chaire de professeur à la Sorbonne. À l’entrée de l’année scolaire 1904-1905, Pierre Curie était nommé professeur titulaire à la Faculté des sciences de Paris ; un an plus tard il quittait définitivement l’École de physique où son suppléant Paul Langevin prenait sa succession.

Cette nouvelle création n’a pas été sans soulever quelques difficultés ; le projet primitif prévoyait une chaire nouvelle, mais point de laboratoire. Pierre Curie ne croyait pas pouvoir accepter une situation dans laquelle il risquait de perdre les moyens de travail déjà si médiocres dont il disposait, au lieu d’en acquérir de nouveaux ; il écrivit donc à ses chefs qu’il était décidé à rester au P.C. N. Sa fermeté obtint gain de cause ; la création de la chaire nouvelle fut complétée par l’attribution d’un crédit de laboratoire et d’un personnel pour le nouveau service (un chef de travaux, un préparateur, un garçon de laboratoire). La situation de chef de travaux m’était offerte, ce qui était aussi une grande satisfaction pour Pierre Curie.

Ce n’était point sans regret que nous quittions l’École de physique où nous avions connu des journées de travail si heureuses, quoique dans des conditions difficiles. Notre hangar nous était particulièrement cher ; ce bâtiment subsista encore pendant quelques années dans un état d’abandon croissant, et il nous arrivait de lui rendre visite. Plus tard, il a fallu le détruire pour faire place au nouveau bâtiment de l’École de physique, mais des photographies en ont été conservées. Prévenue par le fidèle Petit, j’y fis, seule, hélas ! un dernier pèlerinage : au tableau noir était encore restée l’écriture de celui qui avait été l’âme de ce lieu ; l’humble asile de son travail était tout imprégné de son souvenir. La cruelle réalité semblait un mauvais rêve ; on espérait presque voir paraître la haute silhouette et entendre résonner la voix familière.

Bien qu’ayant voté la création d’une nouvelle chaire, le parlement n’alla pas jusqu’à envisager la fondation simultanée d’un laboratoire, lequel était cependant nécessaire pour le développement de la nouvelle science de radioactivité. Pierre Curie conserva donc le petit local du P. C. N. et obtint comme solution provisoire la disposition d’une grande pièce détachée des services du P. C. N. et la construction, dans la cour, d’un petit bâtiment composé de deux pièces et d’un atelier.

On ne peut s’empêcher d’éprouver quelque amertume à la pensée que cette concession a été la dernière, et qu’en définitive un des premiers savants français n’eut jamais à sa disposition un laboratoire convenable, alors que cependant son génie s’était révélé dès l’âge de vingt ans. Sans doute, s’il eût vécu plus longtemps, il eût bénéficié tôt ou tard de conditions de travail satisfaisantes, mais lors de son décès prématuré, à quarante-huit ans, il en était encore dépourvu. Imagine-t-on le regret de l’ouvrier enthousiaste et désintéressé d’une grande œuvre, retardé dans la réalisation de son rêve par le manque constant de moyens ? Et pouvons-nous songer sans un sentiment de peine profonde au gaspillage, irréparable entre tous, du plus grand bien de la nation : le génie, les forces et le courage de ses meilleurs enfants.

Le besoin extrême d’un bon laboratoire était toujours présent à la pensée de Pierre Curie ; quand, en raison de sa grande notoriété, ses chefs se crurent obligés d’insister auprès de lui, en 1903, pour qu’il acceptât la décoration de la Légion d’Honneur, il déclina cette distinction afin de rester fidèle à ses opinions déjà signalées dans un chapitre précédent, et la lettre qu’il écrivit à ce sujet s’inspire du même sentiment que celle citée plus haut, écrite à son directeur pour refuser les palmes académiques ; j’en extrais ces termes :

« Veuillez, je vous prie, remercier le Ministre et L’informer que je n’éprouve pas du tout le besoin d’être décoré, mais que j’ai le plus grand besoin d’avoir un laboratoire ».

Nommé professeur à la Sorbonne, Pierre Curie eut à préparer un enseignement nouveau. La chaire venait d’être créée avec un caractère personnel et avec une désignation très générale, d’où pour lui une grande liberté dans le choix des matières enseigner. Il en profita pour revenir à un sujet qui lui était cher, et consacra une partie de ses leçons aux lois de symétrie, à l’étude des champs de vecteurs et de tenseurs, et à l’application de ces notions à la physique cristalline. Il avait l’intention de compléter ces leçons, et d’en faire un cours complet de physique des milieux cristallisés, ce qui eût été d’autant plus utile qu’il s’agissait de questions très peu connues en France. Ses autres leçons ont eu pour objet la radioactivité et mettaient en évidence les découvertes faites dans ce nouveau domaine, et la révolution apportée dans la science par ces découvertes.

Très préoccupé de la préparation de son cours et souvent souffrant, Pierre Curie continuait cependant à travailler au laboratoire, dont l’organisation se faisait progressivement. Ayant un peu plus de place, il put recevoir quelques élèves. En collaboration avec A. Laborde, il fit un travail sur la radioactivité des eaux minérales et des gaz, dégagés dans les sources ; ce fut le dernier travail qu’il a publié.

Ses facultés intellectuelles étaient alors en plein développement ; on pouvait, admirer la sûreté et la rigueur de ses raisonnements sur les théories de la physique, sa compréhension claire des principes fondamentaux et un certain sens profond des phénomènes qu’il avait d’instinct, mais qu’il avait formé et perfectionné au cours de toute une vie consacrée à la recherche et à la réflexion. Son habileté expérimentale, remarquable dès ses débuts, s’était augmentée par la pratique. Il éprouvait un plaisir d’artiste à réaliser un montage délicat. Il se plaisait aussi à imaginer et à construire des appareils nouveaux, et il m’arrivait de lui dire en plaisantant qu’il n’aurait pu être heureux sans faire au moins un essai de ce genre tous les six mois. Sa curiosité naturelle et la vivacité de son imagination le poussaient à s’engager dans des directions très variées ; il pouvait changer d’objet de recherche avec une souplesse surprenante.

Il était extrêmement soucieux de probité scientifique et d’une entière correction dans ses publications. Celles-ci, très parfaites dans leur forme, ne l’étaient pas moins en ce qui concerne l’esprit critique appliqué à soi-même, et la volonté de ne rien affirmer qui ne parût entièrement clair. Voici, à ce point de vue, une expression de sa pensée :

« Dans l’étude de phénomènes inconnus, on peut faire des hypothèses très générales et avancer pas à pas avec le concours de l’expérience. Cette marche méthodique et sûre est nécessairement lente. On peut, au contraire, faire des hypothèses hardies, où l’on précise le mécanisme des phénomènes ; cette manière de procéder à l’avantage de suggérer certaines expériences, et surtout de faciliter le raisonnement en le rendant moins abstrait par l’emploi d’une image. En revanche on ne peut espérer imaginer ainsi une théorie complexe en accord avec l’expérience. Les hypothèses précises renferment presque à coup sûr une part d’erreur à côté d’une part de vérité. Cette dernière part, si elle existe, fait seulement partie d’une proposition plus générale à laquelle il faudra revenir un jour ».

Aussi, bien qu’il n’hésitât point à faire des hypothèses, il n’en admettait pas la publication anticipée. Il ne pouvait s’accommoder d’un régime de travail accompagné de publications hâtives, et se sentait plus heureux dans un domaine où peu de chercheurs travaillent avec tranquillité. La vogue considérable de la radioactivité le faisait souhaiter d’abandonner pour quelque temps ce champ de recherches et de reprendre ses études de physique cristalline interrompues ; il songeait aussi à l’examen de diverses questions théoriques.

Son enseignement, sans cesse perfectionné, le préoccupait beaucoup et lui suggérait des réflexions sur l’orientation générale des études et sur les méthodes d’enseignement qu’il voulait basées sur le contact avec l’expérience et la nature. Il songeait à faire adopter ses vues par l’Association des professeurs de Facultés, dès la création de celle-ci, et à obtenir la déclaration : « que l’enseignement des sciences doit être l’enseignement dominant des lycées de garçons ét de jeunes filles. » Mais, disait-il, « une telle motion n’aura guère de succès ».

Cette dernière période si féconde de sa vie devait, hélas, avoir une fin prochaine. Son admirable carrière scientifique a été brusquement brisée au moment même où il pouvait espérer que les années de travail à venir seraient moins dures que celles qui les avaient précédées.

En 1906, assez souffrant et fatigué, il vint passer les journées de Pâques dans la vallée de Chevreuse avec moi et avec nos enfants. Ce furent deux douces journées, où le soleil se montra clément, et où la fatigue de Pierre Curie lui fut moins lourde, dans un repos bienfaisant auprès des êtres qui lui étaient chers ; il s’amusait dans la prairie avec ses petites filles et s’entretenait avec moi de leur présent et de leur avenir.

Il retourna à Paris, pour une réunion et un dîner de la Société de physique. Assis à côté de Henri Poincaré, il eut avec lui un long entretien sur les méthodes d’enseignement. Tandis que nous retournions à pied à la maison, il continua à développer ses idées sur ce que pourrait être la culture qu’il imaginait, heureux de sentir que son sentiment était partagé par moi.

Le lendemain, le 19 avril 1906, il assistait à la réunion de l’Association des professeurs des Facultés des sciences, avec lesquels il s’entretenait très cordialement des buts que pouvait se proposer l’association. En sortant de cette réunion, à la traversée de la rue Dauphine, il ne put éviter un camion qui venait du Pont Neuf, et tomba sous les roues. La contusion à la tête fut instantanément mortelle, et ainsi fut détruite l’espérance que l’on pouvait fonder sur l’être merveilleux qui venait de disparaître. Dans le cabinet de travail où il ne devait plus revenir, les renoncules d’eau, qu’il avait rapportées de la campagne, étaient toutes fraîches encore.

  1. Lors de mon récent voyage en Amérique, où un gramme de radium m’a été généreusement remis en don par les femmes américaines, la « Buffalo Society of Natural Sciences » m’a offert en souvenir une publication relative au développement de l’industrie du radium aux États-Unis, accompagnée de reproductions photographiques des lettres dans lesquelles Pierre Curie avait répondu de la manière la plus complète aux questions posées par les ingénieurs américains (1902 et 1903).
  2. Le prix du milligramme de radium élément était alors fixé à 750 francs environ.
  3. Ces derniers ont bénéficié du concours de l’industriel Armet de Liste, qui mit à leur disposition le radium nécessaire pour les premiers essais ; il fonda, de plus, en 1906, un laboratoire d’études cliniques, pourvu d’une dotation de radium, et subventionna la première publication spéciale consacrée à la radioactivité et aux applications, sous le nom du journal : Le Radium dirigé par J. Danne. Il y a là un exemple d’appui bénévole de l’industrie à la science, bien rare encore actuellement, mais que l’on aimerait voir généralisé, dans l’intérêt commun de ces deux branches d’activité humaine.
  4. L’hypothèse d’après laquelle la radioactivité est liée à la transformation atomique des éléments, avait été envisagée par Pierre Curie et par moi, à côté d’autres hypothèses possibles, avant d’avoir été utilisée par E. Rutherford et F. Soddy (Revue Scientifique 1900, Mme Curie, etc.).
  5. L’emploi de l’énergie individuelle des rayons α a permis à E. Rutherford d’obtenir récemment la rupture de certains atomes légers tels que ceux de l’azote.
  6. On doit à P. Langevin deux articles étendus sur la vie et l’œuvre de Pierre Curie ; le premier a paru dans l’Annuaire de Association des Anciens Élèves de l’École de Physique et de Chimie (1904), le second dans la Revue du Mois (1906).