Pierrot chien de Belgique/Préface

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Traduction par Fanny Mathot.
Paul Ollendorf (p. i-iv).


PRÉFACE



Depuis l’époque la plus reculée de l’Histoire, le chien est le plus sincère et le plus dévoué compagnon de l’homme.

Le robuste mâtin qui défend la ferme ; le vigilant « berger » qui garde le troupeau ; l’infatigable chien de trait qui aide l’homme dans les fertiles campagnes des Flandres comme dans les régions glaciales ; le Saint-Bernard qui sauve les victimes des neiges qu’accumulent les avalanches, ou des flots que fait surgir l’inondation, sans citer le chien de chasse dont les merveilleuses facultés nous déconcertent et le chien de l’aveugle qui nous attendrit par son attitude résignée et méditative, tous sont dignes de notre admiration et de notre sollicitude.

Le chien a pris une grande place dans notre existence : enfants, nous en faisons le jouet docile de nos caprices ; hommes, nous l’associons à toutes les manifestations de la vie domestique et ce sont là des raisons suffisantes pour que nous l’aimions, cet animal qui a avancé si loin les bornes de l’instinct qu’on le confond avec l’intelligence.

Il a fallu qu’un grand fléau, un grand cataclysme ; qu’une guerre gigantesque s’abattit sur le monde pour nous faire apprécier que notre dévoué compagnon peut aussi participer à notre vie sociale. De chien de police il est devenu chien de guerre, traînant la mitrailleuse dans le bruit et la mêlée des batailles, pour se faire, après le combat, l’auxiliaire conscient de l’ambulancier.

Pour perpétuer la vie des héros, nous écrivons leur panégyrique ; pour faire valoir le mérite et les vertus de notre meilleur et plus fidèle ami aux jours de joie comme aux jours de tristesse, nous n’avons jamais songé à écrire l’histoire d’un de ces héros muets et modestes qu’est le chien.

La grande guerre a donné à M. Walter A. Dyer l’occasion de combler cette lacune. Il a décrit en termes à la fois simples et touchants, qui attendriront les petits comme les grands, l’histoire glorieuse de Pierrot, ce chien de Belgique. Il nous a conté avec pittoresque et sincérité la vie calme qu’il menait à la ferme de ses maîtres (car Pierrot n’était pas un chien aristocratique), son existence de travail laborieux, puis sa belle carrière… militaire ! Le tout si empreint d’esprit d’observation minutieux, qu’à lire ces lignes on revit l’existence paisible du brave métayer brabançon dont le labeur quotidien est partagé entre la ferme des champs aux grands horizons ondulés et le marché agité de la capitale.

L’histoire de Pierrot aurait au reste été celle de tous ses congénères si les hasards du sort et de la naissance les avaient mis à sa place.

Cependant, si certaines circonstances de la vie des bêtes, comme de celle des hommes, ont une influence sur leur destinée, on peut dire que Pierrot n’a pas échappé à la sienne. Ne fut-il pas élevé à Waterloo ? humant à plein museau, aux heures apaisantes de la sieste, l’âpre vent de gloire qui balaie la grande plaine, tombeau de l’Epopée…


FANNY MATHOT.

New-York, le 15 février 1916.