Poèmes épars (Lenoir-Rolland)/Angleterre

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Texte établi par Casimir HébertLe pays laurentien (p. 51-52).

1853

Angleterre

On te reproche à toi, magnanime Angleterre,
D’ouvrir tes larges bras aux proscrits de la terre ;
De les laisser en paix sur ton sol protecteur !
De donner sanction, toi, juste monarchie,
Aux projets factieux, au crime, à l’anarchie ;
De prêter ton égide à tout conspirateur !

Le fanatisme, assis sur les chaînes qu’il forge,
Te signale aux passants, comme un noir coupe-gorge,
Où restent impunis meurtres et trahisons !
Tu n’es plus, selon lui, qu’un immonde élysée,
Où jubile la honte, où la vertu brisée,
Laisse au vice maudit d’immenses horizons !

Ceci n’est rien encore et peut trouver excuse !
Ton forfait le plus lourd, celui dont il t’accuse,
C’est d’ourdir un complot contre l’humanité !
Tes démocrates pairs et tes nobles communes,
Ne servant, hurle-t-il, que tes basses rancunes,
Sont les vils instruments que meut ta vanité !

Et, pour joindre le fait à la stupide insulte,
Il jette de la boue aux prêtres de ton culte ;
D’un stigmate infamant il te marque le front !
L’Espagne, sous son pied se ployant tout entière,
Aux cadavres anglais refuse un cimetière !
De chétifs roitelets te prodiguent l’affront !

Et tout cela, pourquoi ? Parce que dans tes îles,
Ne souille pas qui veut les hommes, les asiles !
Ta loi, garde sévère, a le glaive à la main !
Elle veille partout, partout est forte et digne,
Frappe l’audacieux violant sa consigne,
Et commande aux bourreaux de passer leur chemin !

Les bourreaux de l’Europe ! Oh ! que leur face est sombre !
Tu ne saurais jamais en supputer le nombre,
Tant ces chiffres hideux t’inspireraient d’horreur !
Tant l’odeur du gibet dont s’imprègne leur haine,
Soulève de dégoûts de la poitrine humaine ;
Tant ils sont laids à voir dans leur lâche fureur !

Malheur aux nations qui sucent ces vampires !
Leur étreinte fatale écrase les empires !
Rome se disloquant sous le genou puissant,
La Pologne, n’est plus qu’une esclave avilie,
Le Cosaque, en riant, voit râler l’Italie,
Bonaparte fusille et s’enivre de sang !

Mais l’émeute viendra ! Son ardente colère
Éclatera sur eux comme un coup de tonnerre !
Et les trônes dorés des rois s’écrouleront !
Et tu les recevras, ô tranquille Angleterre,
Honteux, la rage au cœur, chassés de toute terre !
Prends bien garde, pourtant ! leurs doigts t’étrangleront.

Montréal, 24 décembre 1853.