Poèmes épars (Lenoir-Rolland)/Nécrologie

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Texte établi par Casimir HébertLe pays laurentien (p. 9-15).


JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE
MONTRÉAL, (Bas-Canada), Avril 1861.


NÉCROLOGIE

M. Joseph Lenoir


Déjà nos lecteurs ont pu apprendre la perte douloureuse que viennent de faire et la rédaction de ce journal et le Département de l’Instruction Publique ; par ce triste événement notre littérature toute entière s’est trouvée frappée, et la presse française du Canada s’est empressée d’accorder à la mémoire de notre habile collaborateur un témoignage de respect bien mérité.

On ne saurait guère exiger de nous, dans l’émotion bien naturelle que nous éprouvons, une étude biographique et littéraire, qui demanderait beaucoup plus de calme et de loisir ; mais nos lecteurs peuvent être certains qu’elle ne tardera point à prendre place parmi les autres esquisses de ce genre que notre recueil leur a déjà offertes.

Il nous suffira pour aujourd’hui de citer les éloges que les autres journaux ont donnés aux talents et aux vertus de notre ami, éloges qui, bien que flatteurs, sont encore au-dessous de tout ce que nous avons pu nous-mêmes observer à son avantage.

Nous devons offrir à nos confrères, tant au nom de la famille de M. Lenoir qu’au nom du Département, les remerciements que méritent ces témoignages spontanés d’estime et de sympathie, qui ne peuvent modifier le sentiment d’une grande perte ; mais auxquels la douleur, même la plus profonde, ne saurait rester indifférente.

Un grand concours d’amis et d’admirateurs du défunt l’ont suivi jusqu’à sa dernière demeure au Cimetière de la Côte des Neiges. Outre les nombreux parents de M. Lenoir, le Surintendant, le Secrétaire et tous les officiers du Département de l’Instruction Publique, on remarquait dans le convoi, le Rév. Père Ouellet, directeur, et d’autres professeurs du Collège Ste-Marie, M. le Principal Verreau et MM. les professeurs et MM. les élèves de l’École Normale Jacques-Cartier, MM. les professeurs et MM. les élèves de l’École Normale McGill, M. le Dr Meilleur, ancien surintendant de l’instruction publique, sous l’administration duquel M. Lenoir était entré au Département, M. Cherrier, membre du Conseil de l’Instruction Publique, et plusieurs hommes distingués dans les lettres, dans le barreau ou dans l’enseignement.

Le service funèbre s’est fait à l’église paroissiale de Notre-Dame et nous a rappelé la belle pièce de vers que le poète écrivait il y a si peu de temps encore, sur cette basilique canadienne, et qui, nos lecteurs, s’en souviennent, se terminait ainsi :

Ô demeure tranquille ! Ô sainte basilique !
Monument élevé sur la place publique,
Comme un phare sur un écueil,
Je m’étonne toujours que parfois l’on t’oublie,
Mystérieux asile, où Dieu réconcilie
Ces voisins ennemis, la vie et le cercueil !


Le DIES IRÆ, et le LIBERA furent chantés par les élèves de l’École Normale Jacques Cartier. Nous avons remarqué dans le chœur plusieurs prêtres de St-Sulpice, maison où M. Lenoir avait reçu son éducation et où il comptait autant d’amis qu’il y avait eu de professeurs et de compagnons d’étude. Parmi ceux-ci se trouvaient ses deux cousins M. Luc Lenoir et M. Charles Lenoir, directeur du Collège de Montréal ; ce dernier officiait.

La veille de ce jour de deuil, M. le Principal Verreau, en commençant une des leçons du Cours Public d’Histoire du Canada à l’École Normale s’excusait de ce qu’il lui avait été impossible d’interrompre son cours, comme marque de respect pour la mémoire de M. Lenoir, et faisait, dans quelques paroles éloquentes et profondément senties, l’éloge du jeune poète si inopinément enlevé à ses travaux et à nos espérances.

Il s’est aussi chanté à la chapelle de l’École Normale samedi le 13 du courant, un service funèbre auquel ont assisté les parents et les amis du défunt.

Puissent ces marques de respect accordées plus encore à l’écrivain qu’au fonctionnaire public, inspirer aux jeunes talents canadiens le noble désir d’inscrire leurs noms dans nos annales littéraires, afin de ne point mourir tout entier, comme nous le disait quelques heures avant l’heure suprême, celui que nous regrettons à si juste titre, et qui, nous l’espérons, vivra longtemps dans la mémoire de ses compatriotes !


(De L’écho du Cabinet de Lecture)


Nous avons la douleur d’apprendre en ce moment la mort de M. Joseph Lenoir, assistant-rédacteur au Journal de l’Instruction Publique.

Né en 1822,[1] il faisait espérer une plus longue carrière, Dieu l’a enlevé ainsi dans la force de l’âge, dans la plénitude de ses facultés ; il l’a donc jugé digne d’un sacrifice plus grand, plus pénible et par conséquent plus méritoire.

Il s’est vu mourir jeune en présence de sa femme, en qui il savait si bien reconnaître des trésors de bonté, de douceur et de piété ; en présence de ses jeunes enfants, pleins d’avenir et d’espérance déjà, grâces à ses soins, regrettant de ne pouvoir faire plus pour leur donner un avenir plus heureux et plus assuré. La mort lui a donc montré toutes ses tristesses et toutes ses amertumes, et il a paru devant elle ferme, calme, doux et résigné devant un coup si terrible et si prématuré.

Quand il n’eût pas rencontré d’autres épreuves dans toute sa vie qui a eu ses difficultés, mais aussi ses satisfactions, cette dernière épreuve suffirait pour payer largement sa dette envers la souveraine justice ; nous pouvons dire, pour la consolation de ses amis et l’exemple de tous, qu’elle a été dignement et pieusement acceptée.


(Du Franco-Canadien)


La littérature canadienne vient de perdre un de ses plus beaux talents dans la personne de M. Lenoir, qu’une mort presque subite a arraché à sa famille, à l’âge peu avancé de 38 ans. Ses écrits sont trop bien connus de tous ceux qui, en Canada, s’occupent de littérature, pour qu’il soit nécessaire d’en faire l’éloge. Depuis douze ans et plus, ses gracieuses poésies ont constamment orné les différentes publications périodiques qui ont vu le jour dans ce pays, et n’ont pas peu contribué aux quelques succès qu’elles ont pu obtenir.

Au moment de sa mort M. Lenoir était un des rédacteurs du Journal de l’Instruction Publique, il laisse une veuve et plusieurs enfants.


(De l’Ordre)


C’est avec douleur que nous annonçons la mort de M. Joseph Lenoir, assistant-rédacteur du Journal de l’Instruction Publique et employé dans le Bureau de l’Éducation. Le pays perd en M. Lenoir un de ses élégants poètes et un de ses bons littérateurs.

L’Hon. Surintendant de l’Éducation, en le nommant son collaborateur, a su, plus d’une fois, rendre hommage à son talent, comme aussi lui fournir l’occasion de paraître avec éclat. M. Lenoir est mort dans la force de l’âge ; il n’avait que trente-huit ans. Il laisse une épouse et une jeune famille, qui perdent en lui leur unique soutien. Au Bureau de l’Éducation, il remplissait les fonctions de clerc de la correspondance française, de bibliothécaire et d’assistant rédacteur du journal.

M. Lenoir n’était pas une de ces natures hardies qui sentent toute la grandeur de leur talent et qui ne rejettent pas l’occasion de le faire briller, aussi, devons-nous féliciter l’Hon. Surintendant de l’Éducation de ce qu’il a su tirer de l’ombre et forcé à se produire, celui qui était une des gloires de notre pays.


(Du Pays)


Les lettres canadiennes viennent de faire une perte qui sera longtemps sentie. Joseph Lenoir avocat, et l’un des rédacteurs du Journal de l’Instruction Publique, est décédé presque subitement dans la nuit de mercredi à jeudi (3 avril 1861), à l’âge de 38 ans. Depuis 12 ans, M. Lenoir a effeuillé les plus douces fleurs de la poésie dans la presse canadienne. Hélas ! qui répandra maintenant dans sa tombe, dans la charmante mélodie à laquelle son oreille et son cœur étaient habitués, les feuilles mortes de l’automne précoce ! M. Lenoir était doué d’une bénignité de mœurs et de caractère qui inspirait une amitié inaltérable à ceux qui se liaient avec lui et qui eût désarmé la plus rude malveillance. Ses poésies respirent la tendresse et la douce rêverie. Elles peignent parfaitement l’auteur. Humble jusqu’à l’insouciance de lui-même, il n’a jamais voulu se rendre au désir de ses amis, qui le suppliaient de recueillir ses poésies, dont la collection sera l’œuvre de quelqu’admirateur. La santé de M. Lenoir n’avait jamais inspiré d’inquiétude à ses amis jusque vers le milieu de mars dernier, où il fut pris soudainement d’une inflammation de poumons, qui faillit l’emporter dans les vingt-quatre heures. La crise une fois passée, on eut l’espoir de le voir rendu à la littérature et à l’amitié ; mais il fut bientôt constaté que cette inflammation était dégénérée en une brûlante consomption. Toutefois, chacun lui comptait encore plusieurs mois de vie, lorsque la désolante nouvelle de sa mort s’est répandue jeudi matin. M. Lenoir s’était marié avant d’être admis au barreau, et il laisse une jeune épouse et six enfants.

Ses funérailles ont eu lieu ce matin, à 7 heures et trois quarts, rue Hermine près de la rue Craig, entre Bleury et McGill.

Le Bureau de l’Éducation de cette ville s’est fermé toute la journée en conséquence des funérailles de M. Lenoir.

  1. Le texte porte la date erronée 1824.