Poèmes antiques et modernes/Préface 1822

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Poèmes antiques et modernes, Texte établi par Edmond Estève, Hachette (p. 3-4).


[1822]

INTRODUCTION[1].

Dans quelques instans de loisir j’ai fait des vers inutiles ; on les lira peut-être, mais on n’en retirera aucune leçon pour nos temps. Tous plaignent des infortunes qui tiennent aux peines du cœur, et peu d’entre mes ouvrages se rattacheront à des intérêts politiques. Puisse du moins le premier de ces Poëmes n’être pas sorti infructueusement de ma plume ! Je serai content s’il échauffe un cœur de plus pour une cause sacrée. Défenseur de toute légitimité, je nie et je combats celle du pouvoir Ottoman.

NOTE[2].

On éprouve un grand charme à remonter par la pensée jusqu’aux temps antiques : c’est peut-être le même qui entraîne un vieillard à se rappeler ses premières années d’abord, puis le cours entier de sa vie. La poésie, dans les âges de simplicité, fut tout entière vouée aux beautés des formes physiques de la nature et de l’homme ; chaque pas qu’elle a fait ensuite avec les sociétés, vers nos temps de civilisation et de douleurs, a semblé la mêler à nos arts ainsi qu’aux souffrances de nos âmes ; à présent, enfin, sérieuse comme notre religion et la destinée, elle leur emprunte ses plus grandes beautés ; sans jamais se décourager, elle a suivi l’homme dans son grand voyage, comme une belle et douce compagne.

J’ai tenté dans notre langue quelques-unes de ces couleurs, en suivant aussi sa marche vers nos jours.

  1. Cette « Introduction » (ainsi l’intitule la table des matières de l’édition de 1822), bien qu’elle soit placée eu tête du recueil, est spécialement destinée à présenter Héléna au lecteur. — La dernière phrase fait allusion aux polémiques soulevées dans la presse de 1821 par l’insurrection hellénique. Certains journalistes européens avaient qualifié les Grecs de rebelles et d’ennemis de leur souverain légitime. Dans son numéro du 1er juillet, le Journal des Débats inséra une longue lettre à lui adressée « par un savant distingué originaire de la Grèce ». L’auteur, qui signe N. P., protestait énergiquement contre cette « absurdité ». La question fut discutée et résolue contre la domination turque par de Bonald dans un article des Débats (Sur la Turquie, 20 septembre 1821), qui semble avoir trouvé un écho dans quelques vers d’Héléna (chant 1er, v. 178-180).
  2. Cette « Note » (le titre est fourni par la table des matières) est insérée dans le volume après le poème d’Héléna, et sert de préface aux autres Poèmes, répartis en trois groupes : Poèmes Antiques — Poèmes Judaïques — Poèmes Modernes.