Poèmes incongrus/Ballade des Derrières froids

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Mac-Nab ()
Poèmes Incongrus : suite aux Poèmes mobiles
Texte établi par Avec une Préface de Voltaire, Léon Vanier, bibliopole (p. 28-31).

BALLADE
DES DERRIÈRES FROIDS


introduction


Gloire soit aux fiers bienséants
Qui règnent sous les jupons blancs !
Doux hémisphères ambulants.

Mappemonde trois fois divine
Que le philosophe devine
Sous chaque croupe féminine !

C’est un pays mystérieux
Qui ne laisse rien voir aux yeux
De ses contours harmonieux !

Température tropicale,
Sol de satin, ciel de percale,
Chacun voudrait y faire escale.


Car ces rivages clandestins
Sont des paradis plus certains
Que ne sont ceux des sacristains.

Vers eux nous naviguons sans cesse
Dès notre plus tendre jeunesse,
Et mon rêve serait, princesse,

De posséder rien que l’envers
De l’intéressant univers
Que chantent mes modestes vers !


BALLADE
DES DERRIÈRES FROIDS


Aux baisers caressants de vos lèvres câlines,
Ô femmes, j’ai parfois ranimé mes ardeurs,
En votre chair rosée enfonçant mes canines
J’ai déjeuné d’amour et dîné d’impudeurs
Au fond de vos boudoirs pleins d’exquises odeurs ;
Et pourtant, c’est en vain que ma main promenée
Sur vos reins a cherché la chaleur incarnée :
Séjour incombustible ainsi qu’un coffre-fort
Où j’ai trouvé toujours (étrange destinée)
La froideur du derrière, image de la mort !

Explorateur hardi des formes féminines,
Que j’ai doublé de caps et franchi d’équateurs !
J’ai vu des reins maigris par les longues famines
Et d’autres étalant d’étonnantes rondeurs,
Et je jure que tous ont les mêmes froideurs !
Aussi quand la luxure ardente, irraisonnée,
Dans les chauds soirs d’automne, ou dans la matinée,
Invisible serpent me poursuit et me mord.
Je redoute à l’égal d’une arme empoisonnée
La froideur du derrière, image de la mort !


N’allez-vous pas bientôt, ô froides messalines,
De vos volcans éteints rallumer les splendeurs ?
Trop longtemps les frimas qui glacent ces collines
Ont prodigué l’onglée à nos doigts maraudeurs
Qui s’en vont, des plaisirs légers ambassadeurs !
Ce qu’il nous faut à nous, viveurs, dont l’hyménée
N’a pas encore tari l’âme passionnée,
C’est la zone torride et non le pôle nord !
Femmes jeunes, laissez à la beauté fanée
La froideur du derrière, image de la mort !


envoi


Ô princesse sans cœur, dont pendant une année
Je n’ai pu réchauffer le royal périnée,
Jetez au feu ces vers qui flamberont bien fort,
Pour chasser un moment de votre chair damnée
La froideur du derrière, image de la mort !