Poésies (Mallarmé, 1914, 8e éd.)/« Sur les bois oubliés quand passe l’hiver sombre »

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
PoésiesNouvelle Revue française (p. 48-49).
◄  Aumône




SONNET


(Pour votre chère morte,2 novembre 1877

son ami)


— « Sur les bois oubliés quand passe l’hiver sombre
Tu te plains, ô captif solitaire du seuil,
Que ce sépulcre à deux qui fera notre orgueil
Hélas ! du manque seul des lourds bouquets s’encombre.
  
Sans écouter Minuit qui jeta son vain nombre,
Une veille t’exalte à ne pas fermer l’œil
Avant que dans les bras de l’ancien fauteuil
Le suprême tison n’ait éclairé mon Ombre.
  

Qui veut souvent avoir la Visite ne doit
Par trop de fleurs charger la pierre que mon doigt
Soulève avec l’ennui d’une force défunte.
  
Âme au si clair foyer tremblante de m’asseoir,
Pour revivre il suffit qu’à tes lèvres j’emprunte
Le souffle de mon nom murmuré tout un soir.