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Poésies (Poncy)/Vol. 1/À Fréjus

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PoésiesI (p. 117-118).

À FRÉJUS


Lorsque à terre, le soir, Le vent du golfe arrive,
Il s’élève dans l’air des murmures confus.

Est-ce la lyre de Gallus
Qui vient pleurer sur cette rive
La décadence de Fréjus ?

Fréjus, fille de Rome, imposante ruine !
Triste et dernier lambeau du colosse puissant

Qui va toujours en s’effaçant
Sous le pied du temps qui te mine,
Tu n*as pas même su garder

La pierre que César jeta pour te fonder ?

Où donc est l’aqueduc aux arcades superbes,
Qu’en tes jours glorieux Octave avait bâti ?

Deux mille ans l’ont anéanti,

Et son front orgueilleux gît au niveau des herbes.

Amphithéâtres, cirques, aériens gradins,
Où le peuple, affamé de spectacles atroces,
À l’aspect des lions et des tigres féroces,
Aux douleurs des captifs, à leurs cris surhumains,

S’agitait et battait des mains !

Édifices pompeux, coupoles étagées,

Magnifiques temples païens

Qui croulâtes, fondus par le sang des chrétiens,
Arcs de triomphe, tours de vingt siècles chargées,

Pleurez, sur le gazon d’un jour,

Votre ancienne grandeur éteinte sans retour !



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