Poésies choisies de André Chénier/Derocquigny, 1907/Chanson des yeux

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XIX

CHANSON DES YEUX


Viens : là sur des joncs frais ta place est toute prête.
Viens, viens, sur mes genoux, viens reposer ta tête.
Les yeux levés sur moi, tu resteras muet,
Et je te chanterai la chanson qui te plaît.
Comme on voit, au moment où Phœbus va renaître,
La nuit prête à s’enfuir, le jour prêt à paraître,
Je verrai tes beaux yeux, les yeux de mon ami,
En un demi-sommeil se fermer à demi.
Tu me diras : « Adieu, je dors, adieu, ma belle.
— Adieu, dirai-je, adieu, dors, mon ami fidèle,
Car le … aussi dort le front vers les cieux. »
Et j’irai te baiser et le front et les yeux.
— Adieu, dirai-je, adieu, dors, mon ami fidèle,
Car le… aussi dort le front vers les cieux,
Et j’irai te baiser et le front et les yeux.
....................
....................
Ne me regarde point ; cache, cache tes yeux ;
Mon sang en est brûlé ; tes regards sont des feux.
Viens, viens. Quoique vivant, et dans ta fleur première,
Je veux avec mes mains te fermer la paupière.
Ou, malgré tes efforts, je prendrai tes cheveux
Pour en faire un bandeau qui te cache les yeux.

(Le commencement est imité de Shakespeare,
Henry IV.)xxxxxxxxxxxxx