Poésies complètes (Le Goffic)/Sérénade

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Poésies complètesLibrairie Plon (p. 255-256).


SÉRÉNADE


Allez, mes vers, de branche en branche,
Vers la dame des Trawiéro,
Qu’on reconnaît à sa main blanche
Comme la moelle du sureau.

Elle est assise à sa croisée,
Devant la digue des Étangs :
Vous lui porterez ma pensée
Sur vos ailes couleur du temps.


Comme le soir vous favorise
Et que, dans le genêt touffu,
Pour épier votre entreprise,
Aucun barbon n’est à l’affût,
 
Elle vous répondra peut-être
Et se taira peut-être aussi.
Frappez toujours à sa fenêtre,
Mes vers, et n’en prenez souci.

Les Lycidas et les Silvandres
Vous le diront, ô soupçonneux :
Il est des silences si tendres
Qu’on voudrait se blottir en eux

Et là, sans un mot, sans un geste,
Près d’un sein qui bat dans la nuit,
Goûter l’enchantement céleste
De mourir à tout autre bruit