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Poésies de Catulle/44

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Traduction par Charles Héguin de Guerle.
Panckoucke (p. 65-67).

XLIV.

À SA CAMPAGNE.


Ô ma campagne, soit de la Sabine, soit de Tibur ; car tous ceux qui n’ont pas l’intention de me blesser, te font dépendre de Tibur ; tandis que ceux qui veulent me piquer sont toujours prêts à gager que tu appartiens à la Sabine. Enfin, Sabine ou Tiburtaine, quel plaisir, ô ma campagne, j’ai goûté dans ta retraite écartée de la ville ! Je m’y suis délivré de cette toux maudite qui déchirait ma poitrine, de cette toux, juste punition de l’intempérance qui m’a fait rechercher des repas somptueux ! Car, abusant de ma patience de convive, Sextius, mon Amphitryon, m’a lu son plaidoyer contre Antius ; lecture funeste et pestilentielle, qui m’a fait contracter une fièvre de refroidissement et une toux déchirante dont j’ai souffert jusqu’au moment où, réfugié dans ton sein, je me suis guéri par le repos et l’infusion d’orties. Rétabli maintenant, je te rends grâces d’avoir accueilli ma faute avec tant d’indulgence. Aussi je consens, si jamais j’écoute encore les écrits pernicieux de Sextius, que le frisson, la fièvre et la toux tombent, non pas sur moi, mais sur ce bourreau d’orateur qui ne vous invite à dîner que pour vous lire ses plaidoyers à la glace.