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Poésies de Schiller/La Rencontre

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Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 255-256).



LA RENCONTRE.


Je la vois encore. Elle était là, au milieu de ces femmes, la plus belle de toutes ; elle était douce à contempler comme un riant soleil. Je la regardais de loin et n’osais m’approcher. Devant cet éclat majestueux j’éprouvais un effroi plein de délices ; mais, tout à coup saisi d’un transport nouveau, je fis résonner les cordes de la lyre.

Je cherche en vain ce que j’éprouvais, ce que je chantais alors. Je trouvais en moi un organe ignoré, qui exprimait les saintes émotions de mon cœur. Longtemps enchaînée, mon âme brisait tout à coup ses liens et faisait entendre les sons célestes et inespérés qui jusque-là dormaient dans mon sein.

Et lorsque ma harpe cessa de retentir, lorsque je revins à moi-même, je vis l’Amour sous des traits angéliques en lutte avec une sainte pudeur, et il me sembla que j’avais conquis le ciel, quand j’entendis ces douces et légères paroles (oh ! je le entendrai encore résonner dans le chœur des esprits célestes) :

« Je connais le cœur fidèle qui se torture sans consolation, qui dans sa modestie résignée n’ose se révéler. Je connais sa valeur secrète qu’il ignore lui-même. Je veux venger ce noble cœur. Que la plus belle récompense soit donnée à celui qui souffre. L’amour peut seul cueillir les fleurs de l’amour, et le trésor le plus précieux appartient au cœur qui peut l’apprécier et le rendre. »