Poésies diverses (Jammes)/Bruges

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Le Deuil des primevères : 1898-1900Mercure de France (p. 162-163).

BRUGES


À Thomas Braun.


Bruges tu me rappelles les reliques
que l’on me faisait, quand j’étais enfant,
avec deux clairs morceaux de vitre
et de frais pétales de roses dedans.
 
Dans l’estaminet, de tristes jeunes gens
fumaient, dès le matin, par ce Dimanche,
où ils avaient, dans une chambre,
fondé un club de lettres et de sciences.


Et l’un disait : Voici uq livre rare,
mais nous ne savons pas ce que c’est.
L’autre disait : cette figure de femme
dans le canal a été ramassée.

On y vendait beaucoup de comestibles,
des poissons qui nageaient morts dans l’oignon,
et, sèches comme des fouets, des anguilles
et aussi des espèces d’esturgeons.

Les carillons sonnaient comme des verres
qui tomberaient l’un après l’autre
et, près du béguinage propre et sévère,
il n’y avait que la mort noire et blanche de l’eau.

Et je longeais les maisons, pareilles
à des découpures très vertes,
une à une à une, vertes
comme des bateaux et des treilles.