Poésies diverses (Jammes)/J’ai vu revenir les choses

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Le Deuil des primevères : 1898-1900Mercure de France (p. 153-154).

J’AI VU REVENIR LES CHOSES…


J’ai vu revenir les choses de l’année dernière :
l’orage, le printemps et les lilas flétris,
et j’ai bu du vin blanc dans le noir presbytère.
Et mon âme est toujours terrible, douce et triste.

Pourquoi mon cœur n’a-t-il pas toujours été seul ?…
Je n’aurais pas ce vide affreux au fond de moi :
et, prêtre paysan, j’aurais orné les croix
de coquelourdes, de fenouil et de glaïeuls.


Notre vie extérieure eût été peu changée,
ô mère… qui aurais porté dans le jardin
le reflet aveuglant de l’eau pour arroser
les terreaux granuleux d’ombre bleue du matin

… Plus rien. Je veux dormir à l’ombre de la lampe,
le front contre les poings et les poings sur la table,
bercé par ce continuel bourdonnement
qu’entendent ceux qui n’entendent pas d’autre voix.