Poésies et Œuvres morales (Leopardi)/Poésies/XXV

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Traduction par F. A. Aulard.
Alphonse Lemerre, éditeur (Tome deuxièmep. 38-39).

XXV

LE SAMEDI AU VILLAGE.

(Publié en 1831.)


La fillette revient au village, au coucher du soleil, avec son fardeau d’herbage ; elle tient à la main un bouquet de roses et de violettes dont elle s’apprête à orner, comme d’habitude, demain, jour de fête, son sein et sa chevelure. La vieille femme s’assied sur l’escalier, avec les voisines, pour filer, en face du soleil couchant : elle raconte des histoires de son bon temps, alors qu’elle se parait pour les jours de fête et qu’encore légère et vive elle dansait le soir au milieu des compagnons de son bel âge. Déjà tout l’air se rembrunit, l’azur du ciel s’efface, l’ombre descend des collines et des toits que blanchit la lune naissante. La cloche donne le signal de la fête qui vient, et à ce son on dirait que le cœur se réconforte. Les enfants crient en foule sur la place, et sautant çà et là font un bruit joyeux. Cependant le laboureur revient en sifflant vers sa table frugale et pense en lui-même au jour de son repos.

Puis, quand à l’entour toute autre lumière est éteinte et que tout le reste se tait, écoutez le marteau qui frappe, écoutez la scie du menuisier, qui veille à la lampe dans sa boutique fermée, et se hâte et s’efforce d’achever l’ouvrage avant la clarté de l’aube.

C’est le jour le plus agréable des sept, jour plein d’espérance et de joie : demain les heures ramèneront la tristesse et l’ennui et chacun retournera dans sa pensée à son travail habituel.

Adolescent badin, ton âge en fleur est comme un jour plein d’allégresse, jour clair, serein, qui précède la fête de ta vie. Jouis, mon enfant : douce est ta condition, joyeuse est ta saison. Je ne veux pas t’en dire plus ; mais ne t’impatiente pas de ce que ta fête tarde encore à venir.